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| Trump et Sarkozy (photos © AFP). |
Étrange coïncidence qui loge à la même enseigne Donald Trump et Nicolas Sarkozy, l’un et l’autre paraissant désormais à la dérive comme emportés par des circonstances qui les dépassent. Le premier est lâché par la plupart des dirigeants républicains lassés par ses frasques et convaincus que s’ils ne veulent pas connaître un désastre au Congrès, il leur faut prendre leurs distances avec l’infâme candidat investi par leur parti. C’est le cas de Paul Ryan, le Président de la chambre des représentants, qui annonce qu’il ne soutiendra pas Trump, comme John MacCain, Mitt Romney, Condoleeza Rice, Georges Busch ou encore Arnold Schwarzenegger, ex-gouverneur de la Californie. Sans compter Hollywood qui cogne depuis le début sur cette candidature improbable. Au-delà des turpitudes passées et actuelles du candidat, de ses propos obscènes, c’est tout un « système » où tout serait permis, insultes, mensonges et autres coups bas, qui semble s’écrouler. La démagogie sans bornes ne semble plus faire recette aux États-Unis et si cela devait se confirmer, ce serait bien sûr une excellente nouvelle pour les Américains comme pour le reste de la planète. Certes, Trump a réussi à se faire investir par le Parti républicain, certes des sondages ont montré qu’il paraissait faire jeu égal avec Hilary Clinton, mais la vraie vie l’a rattrapé. Ses saillies accablantes parce qu’il ne peut rien faire d’autre, les révélations en chaîne qui détruisent les prétentions du personnage et enfin ses menaces révélant son côté le plus sombre ont fini par déconstruire l’épouvantail emblématique d’une Amérique recroquevillée sur elle-même, raciste et antidémocratique. Elle existe mais elle est minoritaire.
Nicolas Sarkozy est confronté au même test grandeur nature. À un détail près, lui a été Président de la République française à une époque qui paraît déjà lointaine. Ses sorties ne sont pas moins démagogiques que celles de Trump. Son « avenir » judiciaire, comme le suggère Juppé, l’attend. Il a donc tenté le tout pour le tout en reprenant les rênes de l’UMP, transformée en « Les Républicains » – ce qui dénotait déjà une vision particulièrement sectaire du champ politique – pour tenter de gagner la primaire à droite et dans la foulée l’élection présidentielle. Lui aussi semble aujourd’hui avoir perdu la partie en dépit des meetings où se pressent les mêmes obligés. Il multiplie les propositions irréalisables comme ces référendums de la haine par définition inconstitutionnels. Il occupe certes le terrain médiatique mais voit parallèlement nombre d’élus de droite rejoindre ses opposants et le premier d’entre eux en particulier. Il a beau dire ne pas vouloir s’appuyer sur les corps intermédiaires, sur les « élites », le simple fait que ceux-ci lui fassent défaut le condamne. Face à lui, les rôles sont distribués entre celle et ceux qui préparent avenir et carrière en cultivant leur notoriété et celui qui défend son statut d’homme d’État et de favori à la primaire comme à la présidentielle. Juppé en effet surjoue mais dans un registre qu’il maîtrise, ne promettant rien de plus qu’une politique de droite assumable parce que ne mettant pas le feu aux poudres dans un pays déjà mal en point. L’agression meurtrière de Viry-Châtillon le prouve. Entre lui et Sarkozy, tout sépare celui qui s’apprête à exercer les responsabilités du pouvoir et celui qui joue crânement sa peau.
Ces deux élections, celle de novembre outre-Atlantique et celle du printemps en France, dépassent les enjeux strictement locaux et internes. Elles sont susceptibles de changer la donne en amorçant un recul des populismes, de la démagogie et de la réaction la plus noire. Et sans doute aussi celui de l’extrême-droite. Le fait que le G20 pour la première fois de son histoire ait cru utile de « plomber » Trump sans le nommer le souligne. En France, la levée en masse discrète mais réelle des corps intermédiaires volant au secours de la victoire contre Sarkozy ne dit pas autre chose. Alors, certes, la partie n’est pas encore gagnée. La poussée populiste fait toujours des dégâts comme en Tchéquie le week-end dernier où l’Ano 11 – formation populiste née en 2011 – qui gouverne avec les « sociaux-démocrates » du CSSD a remporté le premier tour des sénatoriales et surtout neuf des treize régions sur fond de désertion des urnes par la population – 34 % de participation. Il faut y ajouter la victoire des Islamistes du PJD – Parti de la Justice et du Développement – aux législatives marocaines avec là encore une participation qui en dit long sur le désaveu des pouvoirs en place. Mais à l’inverse, Viktor Orban a perdu il y a quinze jours son pari anti-réfugiés et anti-européen en Hongrie faute de participation suffisante. Le gouvernement catholique polonais a lui aussi dû reculer face à la mobilisation des femmes sur son projet de loi visant à interdire « totalement » le recours à l’IVG. La « balance » ne penche pas encore clairement dans un sens ou dans l’autre mais l’on vit probablement un moment charnière où les lignes de force se réorganisent dessinant d’autres possibles que le pire. Cela reste encore à confirmer mais le fond de l’air devient sans doute plus respirable.
Reste le drame que constitue partout ou presque la relégation des gauches à un rôle minoritaire, voire subalterne. Ce n’est pas le cas partout même si en Europe la tendance ne semble pas près de s’inverser. La raison principale tient à l’un des facteurs qui a permis la poussée populiste, le décalage entre une gauche de gouvernement sans la moindre ambition sociale et parfois démocratique et les aspirations, seraient-elles confuses, des populations à davantage d’égalité et de participation citoyenne. Le PS français comme son homologue d’outre-Rhin en sont les caricatures. Que le SPD envisage de présenter Martin Schulz, actuel Président du Parlement européen, comme candidat à la Chancellerie face à Angela Merkel ou que la Cour élyséenne prétende porter la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle témoignent d’une incompréhension profonde de ce qui se trame dans les opinions publiques. On est forcé de constater, par ailleurs, l’inconsistance navrante des challengers d’un côté comme de l’autre. Pas ou peu de propositions nouvelles, reflétant souvent un déni de réalité, toujours sous le drapeau de l’alternance et jamais sous celui de l’alternative pour une République sociale et démocratique, à l’échelle d’un ou plusieurs États nationaux ou mieux à celle de l’Union dans son ensemble. Voilà ce qui « cloche » à gauche et appelle à un examen sans complaisance et à une redéfinition de fond en comble d’un programme d’aujourd’hui pour demain. Faute de quoi, les mêmes causes produiront les mêmes effets sous d’autres formes et les figures de droite, de Merkel, Juppé ou même Macron et d’autres encore auront de beaux jours électoraux devant elles.

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