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| Hollande (photo © LP/O. Corsan). |
On croyait avoir tout vu, tout lu et tout entendu de la part de ce Président stagnant dans les profondeurs des sondages après avoir tenu pour négligeable l’opposition de ses concitoyens à la loi Travail de Madame El Khomri. C’était sans compter sa capacité à tourner le dos aux acquis communs de toute la gauche sur la démocratie et les institutions. Le voilà métamorphosé en homme de droite, héritier du gaullisme d’antan, défendant les institutions antidémocratiques de la Ve République dans ce qu’elles ont de plus suranné, la prééminence d’un Président qui une fois élu peut décider seul au nom de tous sans avoir de comptes à rendre. Il fut un temps où le candidat Hollande ambitionnait de « présider en laissant le gouvernement gouverner et l’Assemblée légiférer ». Même à cela, il aura renoncé. Le gouvernement est devenu un cénacle de conseillers et collaborateurs. L’Assemblée dont il envisage d’accélérer les procédures a été bâillonnée par l’utilisation à répétition du 49.3 qui lui a permis d’imposer la loi El Khomri sans même que les députés n’aient à en débattre. Le voilà donc lancé dans une théorisation des pratiques insupportables qui furent les siennes sur le plan démocratique. Décider seul, si besoin contre tous, voilà ce qu’il propose désormais. Il est devenu à ce titre un danger pour la démocratie, pour les libertés et pour la gauche dont il est issu.
Cette sortie antidémocratique proférée sur un ton bonhomme doit interroger en premier lieu les socialistes engagés dans la primaire. À moins de se laisser réduire au statut de parti godillot, le PS ne peut pas considérer que les propositions de Hollande sont compatibles avec son programme. Comment pourrait-il dans ces conditions se résoudre à le voir participer au processus de la primaire ? Comment les autres candidats pourraient-ils songer à se rallier à lui s’il devait être choisi par les électeurs ? Comment toute la gauche pourrait-elle accepter de « figurer » à l’élection présidentielle avec un sortant qui non seulement n’a en rien réformé les institutions de la Ve République, mais entend désormais les « sacraliser » au nom de ce pouvoir personnel honni que des générations d’hommes et de femmes de gauche ont combattu avec constance. Mitterrand, lui, s’était rallié aux dites institutions, se glissant dans la peau du « monarque républicain » sans les défendre bec et ongles. Hollande va plus loin, beaucoup plus loin, en les pérennisant comme le seul moyen de gouverner en lieu et place du gouvernement et de « faire la loi » sans avoir à passer par le Parlement. Cela porte un nom, celui de « forfaiture », et rend la candidature de Hollande sans objet. Pas lui, pas cette ligne.
À l’écouter, il assume tout de son quinquennat calamiteux. Il s’efforce de le conclure sur une série de choix qui vont à l’encontre de l’intérêt général. Il en va ainsi de la propension à investir des sommes considérables en cadeaux électoraux qui grèveront d’autant le budget de l’État. Or, d’évidence, le prochain budget, le projet de loi de finance 2017, est construit sur une hypothèse de croissance à laquelle personne ne croit – « au moins » 1,5 % en 2016 – si ce n’est Sapin. L’Insee vient pourtant de l’abaisser « au mieux » à 1,3 %, rejoignant ainsi la moyenne des prévisions des organisations internationales. Ce qui signifie que le déficit budgétaire en 2017 sera très probablement beaucoup plus élevé que prévu. Dans ces conditions, la perspective de rentrer enfin dans les clous européens sera inaccessible. Et la stagnation n’entraînant à terme que la récession, il y a fort à parier que le pays connaîtra une situation difficile avec une consommation des ménages au plancher, une dette en forte expansion et une nouvelle perte de compétitivité par rapport à ses voisins et autres concurrents sur les marchés. Non qu’il s’agisse d’une fatalité, mais de la conséquence logique d’un choix de l’offre qui perdure et étrangle consommation et relance.
Tout donc plutôt que la poursuite de cette orientation économique qui handicape la France et l’Europe avec elle et ruine le pouvoir d’achat des Français, des plus fragiles en particulier. Et comme si cela ne suffisait pas à notre malheur, s’égrènent quotidiennement des décisions aussi solitaires que douteuses. Celle de sauver le site de production belfortin d’Alstom en engloutissant quelque 700 millions dans l’affaire en espérant que la procédure utilisée – achat direct par l’État de locomotives sans le moindre appel d’offres – ne sera pas retoquée par Bruxelles. Sinon, l’amende s’ajoutera au coût initial du sauvetage de pure circonstance. Celle qui consiste à arroser une nouvelle fois le secteur agricole sans le réformer ni le restructurer. Celle consistant à monter une nouvelle usine à gaz pour éviter le paiement par les entreprises utilisatrices des rapports d’optimisation fiscale « mère-fille » de ce qu’elles doivent soit environ deux milliards d’euros. Sans compter les annonces aussi gratuites que provocatrices du préposé de Matignon qui projette dans ses fantasmes la construction de nombreuses nouvelles prisons. On préférera toujours, avec le meilleur de la tradition de la gauche, l’éducation à la détention. La coupe est pleine, pleine d’une amertume difficilement contenue devant ce programme de droite, tout à la fois de régression sociale et démocratique.
Il ne suffira pas en effet de pointer du doigt les risques si la droite devait revenir au pouvoir, même dans la version à peine plus modérée de Juppé, pour que la « gauche » figure honorablement et puisse peut-être l’emporter en mai prochain. Le précédent du trop fameux « Au secours la droite revient » le démontre suffisamment. Seule une vraie candidature de gauche appuyée sur une logique de rupture avec le quinquennat qui s’achève et articulée à un rassemblement unitaire pour les législatives est susceptible de faire mentir les prévisions et autres sondages. Pour y parvenir le temps presse cependant, non sur le choix de telle ou telle personnalité pour l’illustrer, mais pour écrire sur le fond ce qui reste une page blanche d’un programme partagé entre tous les courants de la gauche ou à défaut la plupart d’entre eux. En tout cas, ce programme, pour correspondre aux attentes des citoyens, ne pourrait qu’affirmer une nouvelle approche du fonctionnement des institutions et de la manière de gouverner à l’opposé de ce que revendique Hollande. Une sixième République à la fois plus sociale et infiniment plus démocratique que la Ve et ses présidents successifs dont le dernier et le plus impopulaire de tous. La clarification sur ce point n’est plus à venir, elle est acquise.

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