vendredi 9 septembre 2016

Un discours plus tard… ça suffit !

Photo © M. Chaumeil / Libération.

L’homme a de la résistance. Il revient même pas « groggy » par ce qu’indiquent les sondages. 88 % des Français estiment l’avoir assez vu et ne souhaitent pas qu’il se représente. D’autres auraient compris la portée de la lettre de licenciement. Lui, non, il fait comme si son rejet par une écrasante majorité de ses concitoyens n’était que péripétie sans conséquence. Qu’on le veuille ou non, François Hollande viole ainsi une constante démocratique qui veut que nul ne saurait être élu contre la volonté générale, confirmée plutôt cent fois qu’une. Le discours de Wagram, fût-il de bonne facture dans le genre, a contourné le problème. La question est désormais posée à tous les socialistes et au-delà à celles et ceux qui voteront à la primaire. Remplit-il les conditions pour être candidat ? D’évidence, non !

Vient ensuite cette propension à vanter des valeurs auxquelles il a tourné le dos. Il en fut ainsi de la déchéance de nationalité, chère à Le Pen, à propos de laquelle le Président sortant nous  a infligé un interminable feuilleton fait de son obstination à vouloir imposer une mesure qui méconnaissait les principes démocratiques solidement établis en France comme dans la communauté internationale et à l’Onu. Rien n’y a fait. Ni les mises en garde innombrables à gauche, ni la confirmation que cette mesure « déshonorante » ne servirait à rien dans la lutte contre le terrorisme, ni la démission de Christiane Taubira. Jusqu’à l’ultime moment, il s’est arc-bouté sur une position intenable jusqu’à l’humiliation finale quand, seul contre tous ou presque, il a dû enfin renoncer. De cela non plus, il n’a rien dit dans son discours de Wagram.

Viennent ensuite les fractures sociales qu’il aura creusées. Que plus de 4 ans après après son élection de 2012, près de 15 % des Français – 8,8 millions d’hommes, de femmes et d’enfants – vivent sous le seuil de pauvreté ne le trouble pas plus que cela. Que 23 000 familles soient « parquées » dans moins de 9 m2 ne le bouleverse pas davantage. Que ce pays compte quelque 6 millions de sans-emplois ne l’émeut plus. Il a voulu, porté, avec une obstination sans bornes, une loi Travail qui fragilise les salariés et menace gravement le modèle social. Il l’a même imposée par un recours à l’une des procédures les plus illégitimes de la Ve République, le 49.3, qui dépouille le Parlement de son droit inaliénable à délibérer. Le discours de Wagram a consisté sur ce plan en une auto-amnistie.

Alors, bien sûr, tout homme, toute femme de gauche partage le jugement de François Hollande sur une droite française, « décomplexée », radicalisée, qui annonce la couleur sans fard. De ce côté-là, tous pensent venu le temps d’une revanche sociale qui ne dit pas son nom. Le temps de politiques économiques propres à casser ce qui reste de l’État-providence. Le temps de politiques  sécuritaires d’exception où au prétexte de « sécuriser » le pays et ses habitants, l’on restreindrait les libertés publiques et les droits démocratiques.  De tous, Sarkozy est le pire sans doute parce que lui entend, à la différence de Juppé, faire la synthèse entre droite dure et extrême-droite. Ce qui signifie que l’on ne saurait pour cette simple raison les tenir dans la même opprobre. 

Mais la gauche ne gagnera pas l’élection présidentielle ni même les élections législatives par défaut. Il lui faut, c’est un préalable, un programme crédible si possible unitaire, où la dimension sociale comme la dimension démocratique auraient un contenu réel parce que concret. L’éradication des inégalités sociales les plus marquées en fait partie qu’il s’agisse de l’emploi, du logement ou de manière plus générale de l’égalité au travail et dans la cité. Le pouvoir d’achat des ménages qui conditionne un retour durable à la croissance doit être garanti par une forme d’indexation fondée sur la réalité économique et donc autant si ce n’est davantage sur l’augmentation de la productivité que sur l’inflation. La refonte de l’impôt sur le revenu pour le rendre plus juste, plus progressif et l’étendre à l’ensemble du corps social est également indispensable.

Les questions démocratiques exigent la même traduction pratique au-delà des formules ronflantes vides de sens. Il en va ainsi de la réforme radicale des institutions antidémocratiques de la Ve République qui sont par ailleurs à bout de souffle. Il en va ainsi de l’iniquité du mode de scrutin majoritaire qui doit laisser la place à une proportionnelle. Il en va ainsi du non cumul des mandats sur le principe un élu, une élue, un mandat, limité dans le temps. Il en va ainsi de l’organisation territoriale empêtrée dans les redondances qui appelle une efficacité et une lisibilité plus grande passant par la disparition des Départements et le renforcement des métropoles et des régions. Il en va ainsi des réformes judiciaires pour assurer le contrôle permanent de la police et de l’administration par la justice, sans possibilité d’y déroger jamais.

Les questions de coopération intra-européennes et internationales ne sauraient être négligées. Sur ce terrain, Hollande joue sur du velours par rapport aux dérapages répétés et inacceptables de Mélenchon ou de Montebourg notamment. La construction européenne dans une perspective fédérale, celle des États-unis d’Europe, est la clé de voûte d’un combat de tous les instants pour de nouvelles solidarités démocratiques et sociales en Europe et dans le monde. Elle suppose d’aller partout de l’avant dans le domaine budgétaire avec une vraie loi de finance communautaire votée chaque année, dans le domaine de l’harmonisation des taxes et des normes de production, dans la définition d’un droit social européen, dans la collaboration intégration en matière de défense…etc.

Reste que nous « sommes en guerre » contre un ennemi implacable, la barbarie islamiste, qui entend imposer sa loi à la faveur de la terreur, en Europe et ailleurs comme elle l’a fait au Proche et Moyen-Orient. Point besoin de tomber dans le panneau et d’invoquer à ce propos les citoyens de confession musulmane. Ils doivent être protégés comme tous les autres citoyens, ni plus, ni moins. En revanche, on ne saurait confondre les genres, prétendre organiser par l’intermédiaire de l’État « un Islam de France » sur la base d’un compromis avec le Conseil français du culte musulman (CFCM), dominé par un courant ultra-réactionnaire, celui de l’Union des organisations islamiques de France liée aux Frères musulmans. L’État n’a pas à discuter avec un organisme qui fait de l’apostasie le pire des crimes, ici et maintenant, tout simplement parce que c’est intolérable. 

Un ordre du jour au vu duquel François Hollande est tout simplement disqualifié pour porter les couleurs d’une gauche de transformation sociale, forte de ses acquis et prête à en conquérir de nouveaux face à la droite et à l’extrême-droite. Il n’y a pas d’échappatoire en effet. Soit la gauche, toute la gauche ou presque, saura se retrouver sur quelques grands axes pratiques lui permettant de recréer l’espoir, soit divisée, défigurée par un candidat qui ne l’incarnera plus jamais, elle ira à une défaite sans appel, probablement dès le premier tour et disparaîtra du champ des possibles pour un temps du moins. Tel est l’enjeu principal qui suppose que Hollande renonce, de gré ou de force, à nuire à cette perspective de reconstruction qu’il a contribué à démolir.

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