mardi 6 septembre 2016

Parti pris du 6 septembre 2016

Merkel (photo © dpa/AFP), le G20 en 2015 à Antalya (photo © afp.com/POOL PHOTO), Cahuzac (photo © AFP).

Une partielle allemande pipée. Elle se jouait dans le Mecklenburg - Poméranie occidentale, dans l’ex partie orientale du pays, dans un territoire rural, autour de Berlin mais sans Berlin qui votera le 18 septembre, la capitale fédérale disposant d’un statut de Ville-État. L’alternative pour l’Allemagne (AfD), la principale force d’extrême-droite, y rafle 21,6 % des suffrages et entrera ainsi au Parlement du Land, le dixième cas du genre puisqu’elle était déjà présente dans 9 parlements locaux sur 16. C’est beaucoup et inédit puisque elle bat la droite – 19,4 % – dans ce qui fut la terre d’élection de Merkel. Le symbole est fort mais ne saurait effacer le fait que SPD – 30,3 % –, Verts – 4,8 % – et Die Linke – 12,4 % – totalisent 47,5 % des votes exprimés, soulignant l’absurdité d’une situation où quasi majoritaires par delà ce qui les oppose, les trois formations soient incapables de trouver un accord a minima pour gouverner et que le SPD préfère aller chercher le soutien de la CDU comme au plan national. Ces élections partielles soulignent donc à la fois une poussée des extrémistes de droite et le fait qu’ils ne sont nullement en situation de peser au sein du Parlement. La thématique de la campagne de l’AfD, parti frère du FN, comme celle du NPD néonazi – 3,5 % –, a consisté en un prurit de haine anti-immigrés avec une opposition violente à la politique d’accueil de la coalition et de Merkel au plan national. Le Mecklenburg accueille moins  de 5 % de réfugiés, ce qui n’a en rien empêché une campagne haineuse des tenants de « Allemands d’abord ». S’y ajoute d’une manière diffuse un mécontentement croissant dans l’électorat populaire, singulièrement chez les retraités qui ne comprennent pas pourquoi les excédents, commerciaux et budgétaires, au niveau fédéral ne se traduisent jamais par de quelconques retombées pour eux. C’est évidemment le point crucial d’une relance par la consommation qui est en cause et qui devrait être au coeur des débats en vue des élections générales de 2017 avec, il est vrai, des situations très différentes socialement et territorialement. Les employés des services comme ceux de l’Industrie et les retraités de ces secteurs ont obtenu de significatives augmentations de salaires, mais c’est loin d’être le cas partout dans les territoires ruraux de l’ex partie orientale du pays en particulier.

Un G20 prometteur sur le papier. Ce n’est ni le premier, ni le dernier à l’être si l’on s’en tient au seul communiqué final qui détaille des priorités propres à réorienter globalement l’économie mondiale. Le G20 en a les moyens, représentant les 19 pays les plus riches plus l’UE soit les deux tiers de la population de la planète et quelque 85 % de la richesse mondiale. Ouvert en fanfare après la ratification de l’accord de Paris sur le climat (COP 21) par Pékin et Washington, il énonce un ordre du jour fort pour éviter la rechute dans une crise dont les effets cumulés à ceux des précédentes risqueraient d’être particulièrement pénalisants. Accord de façade donc pour poursuivre la lutte contre la fraude fiscale et les paradis fiscaux… mais ensuite chaque État fait en fonction de ses intérêts supposés bien compris. L’ampleur des pratiques Offshore révélées par le scandale des Panama papers ou le redressement fiscal de 13 milliards de dollars à l’encontre d’Apple en Irlande sont là pour le prouver. Faiblesse de l’investissement sur lequel le FMI insiste depuis des mois ensuite. Ce serait la seule manière de venir à bout du chômage de masse. Là encore tous en sont d’accord mais comment faire quand la dette – souveraine cumulée à celle des banques et des entreprises – atteint des sommets astronomiques et que rien n’est fait pour la gérer dans un cadre commun, ne serait-ce que dans l’Union européenne qui dispose pourtant des outils pour le faire. Et puis le G20 après les grandes organisations de coopération internationale – FMI, BM, OCDE –  prend conscience de l’impasse d’une mondialisation marchande qui ne profite guère à la population, alimentant partout ou presque les poussées populistes et risquant de déboucher sur des situations difficilement contrôlables, ici ou là, avec un ferme rappel à l’ordre contre les tentations protectionnistes. Seulement, là encore, il y a loin du verre aux lèvres en pratique. La Grande-Bretagne du Brexit noue par exemple et en toute « illégalité » des accords de libre-échange sans la moindre régulation dans le dos de l’UE dont elle est encore formellement membre. Et l’on s’y précipite de Cambera à Ottawa, au grand dam d’un Junker qui a sur ce point parfaitement raison. Un G20 qui promet beaucoup et qui dans les faits se traduira une fois de plus par bien peu de choses. En l’absence de gouvernance politique, la régulation de l’économie est tout simplement impossible.

Une France qui s’enfonce dans les crises. Celle provoquée par les fraudeurs et autres affairistes, de Cahuzac à Sarkozy. Leur morgue n’a d’égale que le mépris qu’ils portent à l’opinion au travers de l’abaissement de la justice qu’ils poursuivent pour sauver leur peau. Sur ce plan rien de bien nouveau si ce n’est la dimension politique de ces affaires. Comment ceux qui prétendent accéder à l’Élysée à droite peuvent-t-ils concourir avec « le principal bénéficiaire et donneur d’ordre » comme l’écrit le Parquet général financier d’un doublement des frais de campagne en 2012 ? Comment à gauche pourrait se représenter celui qui s’est laissé « berner » par Cahuzac comme par Macron, témoignant pour le moins d’un manque de discernement ? Vient ensuite la crise de la Jungle de Calais avec cette manifestation inquiétante des agriculteurs, commerçants et camionneurs qui marque l’émergence dans la rue d’une petite bourgeoisie anti-immigrés, prête à en découdre et qui constitue le terreau de nouvelles poussées d’extrême-droite au plan politique par-delà l’incapacité du pouvoir à gérer correctement l’accueil des réfugiés. Enfin, la pré-campagne de l’élection présidentielle met en lumière le gâchis qu’aura représenté la politique économique suivie par l’Élysée et Matignon. Le rapport de l’OFCE le détaille de manière implacable estimant que la consolidation budgétaire – l’austérité – a coûté 0,8 point de croissance en moyenne entre 2012 et 2017. Il souligne que la politique de l’offre a certes redressé les marges des entreprises mais « aura diminué le pouvoir d’achat des ménages et la croissance à court terme ». Le pouvoir d’achat des ménages est encore inférieur de 350 € à ce qu’il était en 2010. Autre chiffre sans appel, la crue indigne du chômage, estimé à 6 millions de sans-emploi soit 8 % de plus qu’au début du quinquennat. De quoi normalement inciter le sortant qui dit avoir fait les choses « complètement » quand Macron lui reproche de les « avoir faites à moitié » à sortir de scène, d’autant que les Français sont selon les sondages et sans surprise avant tout préoccupés par la situation économique, la leur comme celle du pays et qu’en la matière cela ne va décidément pas mieux. Ne reste plus que quelques « boulettes » supplémentaires à commettre comme sortir de nouveaux ménages de l’impôt citoyen sur le revenu plutôt que de rendre celui-ci enfin plus juste ou encore inventer quelques nouvelles niches pour les PME et le ras-le-bol sera à son comble…  


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