vendredi 23 septembre 2016

Prélude autour des bilans du pouvoir

 
Hollande et le gouvernement Valls "première période" (photo © Maxppp). 

Avant une entrée en campagne, il est de bon ton de faire l’inventaire quand on a été plus de quatre ans en situation de changer le cours des choses, avec tous les moyens institutionnels pour y parvenir sans encombre, faut-il le rappeler. Globalement, le bilan du quinquennat de François Hollande sera jugé négatif en grande partie en raison d’une politique économique et sociale inspirée d’un bout à l’autre par un conseiller, ministre et homme de confiance, Macron, fanatique de la théorie de l’offre et qui des premières mesures de la loi de finances 2013 jusqu’aux derniers développements de la loi El Khomri aura tout mis en œuvre pour orienter le cours du pouvoir vers les impasses libérales les plus folles. La faiblesse de la demande des ménages, l’état inquiétant de la dette au moment où la remontée des taux se dessine, le commerce extérieur toujours en berne, l’industrie sinistrée, l’inégalité fiscale et les discriminations sociales toujours aussi criantes sont autant de marqueurs de cette faute de Hollande par laquelle il a tout sacrifié à une vision irréaliste et dangereuse de l’économie. Au point d’entraîner une rupture à gauche sans retour avec la majorité des salariés et de leurs organisations syndicales.

Pour autant, tous les secteurs de la gouvernance hollandaise ne tombent pas sous le coup d’une sentence aussi lourde au-delà des errements politiques dont la déchéance de nationalité. Lorsque l’on rentre dans le détail, les bilans sont souvent en demi-teinte avec quelques réussites et des promesses à concrétiser. Il en va ainsi de l’école où le bilan de trois ministres successifs aboutit à une réorganisation de l’enseignement dans le primaire, une réforme des collèges qui n’a pas convaincu mais n’a pas non plus mobilisé les enseignants et l’opinion contre ses orientations et une revalorisation certes faible mais réelle de la condition des professeurs. La remise au goût du jour par Najat Vallaud-Belkacem de la perspective d’une école pour tous, obligatoire de 3 à 18 ans, est positive si elle devait passer le temps de la campagne électorale. Toute la gauche a intérêt à la faire sienne pour l’imposer demain. Non seulement parce qu’elle permettrait de ne plus laisser dans la « nature » chaque année des dizaines de milliers de jeunes « décrocheurs » entre 16 et 18 ans, mais aussi parce que cela correspond à l’exigence d’une solide formation initiale pour trouver sa place sur le marché du travail à l’opposé d’un apprentissage prématuré.

La gestion des comptes sociaux dont Marisol Touraine fait grand cas fait apparaître une situation plus contrastée. Certes, le trou abyssal de la sécurité sociale, s’il n’est pas totalement épongé, se trouve nettement redressé. Avec un déficit de 7,1 milliards cette année – contre 10,8 l’an passé –, il faut même revenir à 2002 pour trouver situation meilleure – 4,8 milliards. Personne ne pourra démontrer que cette amélioration n’est que la résultante de « déremboursements » à la chaîne. L’extension de la CMU et la généralisation du tiers payant suffiraient à le démentir. En revanche, en matière de santé, le gouvernement s’est montré incapable de négocier une quelconque contrepartie en matière de développement de l’offre de soins contre l’augmentation de la consultation accordée aux médecins. Erreur funeste tant il est vrai que rarement les conditions ne sont réunies de la sorte pour se faire entendre de ce secteur généralement rétif à toute réforme surtout si elle doit impliquer, même à la marge, la perte d’avantages indus - le niveau moyen des salaires – qui sont l’apanage de la médecine libérale. Il reste que pour parvenir à l’équilibre, en dépit de la désindexation et de la non-revalorisation injustes des retraites, la clé d’un succès durable réside dans le recul du chômage et là le bilan négatif est sans appel.

Et puis, il y a la politique extérieure dont Hollande s’est prévalu à la tribune des Nations unies. Il est vrai que l’intervention en temps et heure contre la menace djihadiste au Mali ou encore la prise de position sans ambiguïté contre la dictature de Damas sont à mettre à son crédit. On doit y ajouter une COP21 qui fut la promesse d’un cours nouveau de la communauté internationale en matière climatique même si elle tarde à se concrétiser et que Ségolène Royale mérite un zéro pointé pour sa gestion du « dieselgate »… Mais, en contrepoint, il y a cette incapacité à peser sur le cours réel de la politique européenne, en partie parce que le pays est affaibli, en partie parce que le renoncement de Hollande s’y est inscrit dès les premiers jours du quinquennat. Or, ce n’est que portée au plan communautaire qu’une politique extérieure « progressiste » est susceptible de peser sur la situation mondiale, quel que soit le secteur géographique concerné. En y renonçant de fait, l’on prend le double risque d’une paralysie toujours plus grande de l’Union et de la relégation de la France dans les profondeurs des classements communautaires et internationaux.

Au total et sans qu’il soit besoin d’examiner dans le détail tous les bilans sectoriels, il est clair que le quinquennat qui s’achève a été « plombé » dès le départ par le cours économique inspiré par Macron et porté par Hollande et ses deux Premiers ministres, Ayrault et Valls. Sans le formidable gâchis d’une politique de guichet ouvert et de bourses déliées aux entreprises, payée par les salariés et les contribuables, en échange de rien, l’on n’en serait pas là. Les 40 milliards par an consacrés en pure perte à améliorer les marges financières des entreprises, sans effet ni sur la compétitivité, ni sur les restructurations nécessaires, ni même sur l’emploi expliquent à eux seuls le triste état des finances publiques comme des performances de l’économie française. L’Insee ne vient-elle pas de réévaluer à la baisse sa première estimation de la croissance française au second trimestre qui ne stagne pas mais recule ? L’OCDE ne vient-elle pas de souligner que la persistance des discriminations devant l’emploi en particulier coûte des centaines de milliards ? Alors, stop ou encore avec le même compositeur-interprète ? Ce sera stop !  


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