mardi 20 septembre 2016
Au fil d’une actualité brouillonne…
Comme la calomnie chantée par Don Basilio – Le Barbier de Séville de Rossini –, la démagogie électoraliste commence par une brise légère avant d’enfler jusqu’à devenir une tempête de bêtise censée tout balayer sur son passage. Voilà à quoi on assiste dans ce début de campagne électorale à la française qui n’est pas sans rappeler le niveau accablant de la campagne américaine. Sarkozy, le puissant de Neuilly-sur-Seine, assène ses mensonges et autres approximations avec un recours aux clichés les plus éculés dont il pense qu’ils sont au niveau de ceux à qui il s’adresse. Mépris des électeurs auxquels il ne voue aucun respect. Le voilà expliquant que « Quand on devient français, nos ancêtres sont gaulois ». Le niveau zéro de l’histoire comme de la politique pour obtenir les faveurs d’électeurs de la primaire de droite réduits à ses yeux à une masse d’analphabètes. Il est vrai que Juppé et les autres candidats tentent, peut-être en vain, de résister à cette forme de crétinisme électoral qui agite la droite à un niveau inconnu jusqu’alors mais, plus c’est gros plus ça marche, au moins auprès des médias qui n’ont que micros et caméras pour le sulfureux démagogue.
En comparaison les discours de la gauche en général dont ceux de Hollande sont évidemment d’une autre tenue sur le fond comme sur la forme même si l’on peut en contester les fondements, les dérapages occasionnels et surtout la sincérité. Ce fut encore le cas cette semaine à la cérémonie d’hommage national aux victimes du terrorisme dans les jardins des Invalides. Des « couacs » cependant avec « l’oubli », dû au choix d’une date restrictive, des victimes de janvier 2015, celles de Charlie et de l’Hyper Cacher. La distinction du prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, désigné comme « le père Jacques Hamel » à la différence de toutes les autres victimes citées par leurs seuls prénoms et nom, n’était pas davantage heureuse. La part trop « belle » faite par l’État aux associations qui sont loin de représenter toutes les victimes n’est pas non plus satisfaisante car si quelques fonctionnaires obtus se sont parfois comportés de manière tatillonne, c’est bien une mission régalienne de venir en aide au nom de leurs concitoyens à ceux qui souffrent. Elle ne saurait être déléguée au risque d’alimenter les surenchères y compris marchandes ne serait-ce qu’au titre de l’indemnisation au cas par cas.
Et puis, il y a cette enquête de l’Ifop pour l’Institut Montaigne qui n’a rien d’ethnique et qui donne une vision inquiétante des dérives qui agitent la communauté musulmane en France. Moins d’un tiers – 28 % – des 3,7 millions de Français de confession musulmane serait tenté de placer la Charia au-dessus des lois de la République. Deux tiers d’entre eux seraient favorables au port du voile, certains soutenant même la polygamie. Beaucoup se revendiquent du prêcheur Tariq Ramadan et des Frères musulmans. Ce sont chez les jeunes que la proportion d’Islamistes – un peu plus d’un million tout de même – atteint des niveaux alarmants. Qu’en conclure ? D’abord que c’est un échec cuisant des politiques d’intégration passées qui ont été incapables, souvent faute de moyens et de volonté politique, d’offrir à ces populations d’autres alternatives à la montée de l’intégrisme politique et religieux. Ensuite que seule la conjugaison d’une politique de grande fermeté contre les remises en cause des lois et d’une politique d’intégration ouverte au niveau de la lutte contre les discriminations devant l’emploi notamment, est à même de nous sortir de cette impasse porteuse de risques majeurs au plan civique comme au plan sécuritaire, sans avoir comme interlocuteurs privilégiés des religieux inféodés à l’UOIF et premiers responsables de cette situation très dégradée.
Au plan européen, le résultat des élections dans la Ville-État de Berlin est moins « catastrophique » que prévu par beaucoup car même si la CDU – 17,6 % – poursuit sa chute de scrutin en scrutin, contestée par une Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui engrange sur sa droite 14, 2 % des suffrages, la gauche obtient la majorité absolue dans cette élection – 21,6 % pour le SPD, 15,6 % pour Die Linke, 15,2 % pour Die Grünen. De quoi ouvrir la perspective d’un changement d’alliance, comme en Thuringe, pour gouverner le land où le SPD devrait se tourner vers ses partenaires de gauche en contrepoint de la coalition droite gauche qui dirige le pays au niveau fédéral. Bien sûr, Berlin n’est pas toute l’Allemagne et pour l’instant une telle alliance semble exclue dans un avenir prévisible dans la plupart des autres Lands et à plus forte raison au niveau central mais c’est un signe parmi d’autres que les choses bougent, certes lentement, en Allemagne comme dans d’autres États européens. Non comme une lame de fond bien sûr mais comme un début de commencement pour faire face aux populistes et autres fascistes.
Au plan européen toujours, après l’échec en demi-teinte du sommet informel de Bratislava où l’on s’est donné six mois pour « relancer l’Union » sans plus de perspectives pratiques, ce sont les poursuites diligentées par la Commission à l’initiative de Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence, qui retiennent l’attention. Après Starbucks aux Pays-Bas et Apple en Irlande – les deux condamnations sont en appel devant la Cour de La Haye –, c’est le groupe français Engie – ex. GDF-Suez – qui est dans la tourmente pour un montage frauduleux au Luxembourg qui lui aurait permis de s’exonérer de tout impôt en jouant sur les rapports entre quatre filiales, les unes étant emprunteuses et les autres prêteuses à la faveur d’un simple échange d’actions. Signe particulier dans ce cas d’espèce, l’État français est actionnaire à 33 % d’Engie et n’ignorait rien de ces malversations. Le trop fameux « patriotisme économique » se découvre en pratique pour ce qu’il est. Amazon, McDonald's et Ikea patientent déjà en salle d’attente. Suffisamment nouveau pour être souligné même si pour l’heure l’Union est encore très loin du rendement des poursuites diligentées aux États-Unis.
Au plan international, le début de l’Assemblée générale des Nations unies devrait faire acte de vœux pieux, une nouvelle fois, en ce qui concerne la crise des migrants réfugiés. Palabres et bonnes intentions sont au menu mais sans concrétisation en dépit du plaidoyer réaliste de Tsipras – un devoir humanitaire et le seul moyen de conjurer la montée des populismes – pour qu’enfin une politique d’aide soit mise en œuvre avec les moyens correspondants, tout à fait à la portée de la communauté internationale. S’ajoutent la reprise qui était prévisible des combats en Syrie et une litanie d’attentats islamistes revendiqués ou non par l’EI-Daesh aux États-Unis et surtout au Proche-Orient et en Asie, un rapport du Parlement britannique mettant gravement en cause Cameron et Sarkozy pour leur intervention intéressée en Libye et la déstabilisation qui s’en est suivie au profit des djihadistes. Poutine et Russie unie ont par ailleurs remporté une écrasante victoire lors des élections à la Douma probablement et comme toujours en bourrant les urnes, vieille habitude. Bongo lui noie son opposition dans le sang à Kinshasa, tradition familiale.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire