vendredi 2 septembre 2016

Macron n’est qu’un symptôme

Photo © WITT/SIPA.

Un symptôme parmi d’autres de la crise profonde que traverse la seconde puissance européenne, c’est sans doute ce que l’on retiendra demain d’Emmanuel Macron. L’ex-banquier d’affaires, l’ex-conseiller du Château, l’ex-titulaire de Bercy se retrouve sur l’avant-scène médiatique en raison du vide qui y règne. Macron est encore jeune et cela fait la différence avec ses aînés. Il a compris que s’il accompagnait Hollande à qui il doit tout jusqu’au bout, il ne s’en remettrait pas de si tôt. Alors, il est parti comme prévu en tentant une OPA de com’ sur l’opinion. Peu importe qu’elle soit lourde, mal ajustée et quelque peu ridicule comme cette Une de VSD où le couple dit « oui, à l’Élysée ». Serait-ce là la fameuse « modernité » qui met en transe certains « journalistes » en mal de sensation ? Le plus surprenant, c’est que l’affaire a pris un retentissement certain. Au point où, jamais en manque de manœuvre d’appareil contreproductive, Cambadélis tance les socialistes qui seraient tenter par l’aventure de l’histrion, les menaçant de sanctions… pauvres socialistes.

Macron ne peut prétendre s’exonérer du bilan du quinquennat tant il a façonné celui-ci en tant que plus proche conseiller économique de Hollande. La vision caricaturale de la théorie de l’offre, c’est lui qui la portait. La restauration des marges financières des entreprises sans la moindre contre-partie pour ne pas en limiter « l’efficacité », c’est encore lui. L’accompagnement par l’État de projets industriels douteux, comme celui d’EDF en Grande-Bretagne ces derniers temps, davantage traités sur un mode d’opération financière que sur celui de projets industriels, c’est toujours lui. Les deux lois les plus iniques du quinquennat, celle qui porte son nom et celle qui est attribuée à El Khomeri, en particulier en ce qui concerne les arbitrages les plus durs, c’est toujours lui. Cela n’atténue en rien la responsabilité de Hollande, ni même celle de Valls, mais à l’Élysée comme à Bercy, c’est bien lui qui faisait la pluie et le beau temps comme ministres et cabinets le constataient.  

Certains voulurent voir chez Macron une originalité dans l’approche des questions économiques et financières. Socialement, il reste un homme de droite tout ce qu’il y a de plus classique. Il venait en effet de la banque d’affaires Rothschild et avait fait corps avec ce qui la distingue d’autres établissements réputés moins « performants », à savoir le fait d’inscrire la « profitabilité » en tête des priorités à la différence de ceux qui s’engagent dans la course au gigantisme, souvent source de moindres profits. Voilà la petite musique d’un conseiller qui sut déclencher sur ces bases « un vrai coup de foudre » chez Hollande. Tout ce qui était « petit » et « rentable » trouvait grâce à ses yeux, des start-up aux TPE et autres PME. Avec les résultats que l’on sait dans l’industrie laissée pour morte dans de nombreux secteurs. Dans un pays, habitué au mécano industriel depuis les années soixante du siècle précédent, Macron a pu faire illusion et passer pour une nouveauté.

Mais que reste-t-il de son « apport » direct à l’économie en dehors de la circulation de bus sur les routes avec un chiffre d’affaires annuels de 40 millions pour 3,4 millions de passagers transportés en 2015 et un peu plus de 1200 emplois créés ? Rien, absolument rien même en cherchant bien. Ce qui a été dépensé, gaspillé à destination des entreprises – plus de 40 milliards par an en année pleine et au bas mot – n’a profité ni à la consommation des ménages bien sûr, ni même à l’investissement privé. Tout simplement parce qu’une fois la manne distribuée, elle filait pour l’essentiel vers des placements financiers et non vers des investissements productifs. Résultat, le pays s’est appauvri et a vu ses marges de manoeuvres, étroites mais réelles, se restreindre. Là réside la principale faiblesse d’une économie contrainte qui n’a même plus les moyens de suivre ses partenaires européens et à plus forte raison ceux d’initier de nouvelles politiques de relance. Cela on le doit à une présidence calamiteuse toujours inspirée pour le pire par Macron.

Au plan plus directement politique, Macron n’est rien ou presque. Son « mouvement » En marche est une coquille vide, serait-elle généreusement financée. Il s’inscrit dans un centre mou, déjà largement encombré par Bayrou et même par Juppé qui entend occuper le créneau. Particularité idéologique que les tartuffes font mine de découvrir, ces gens- se disent ni de droite, ni de gauche, c’est selon ce qui les arrange. Macron va jusqu’à subvertir les mots dans cette optique quand il prétend avoir trouver le Graal qui lui inspirerait « le rassemblement des progressistes de droite et de gauche face aux conservateurs ». La belle affaire, sur la scène politique et historique, les mots ont un sens. Le « progrès » non technique mais humain ne vaut que s’il est socialement partagé. Or, sur ce plan, Macron et « l’aristocratie » petite bourgeoise dont il s’est fait le porte-voix n’entend jamais rien partager sans y être contrainte. C’est vieux comme la lutte de classe en effet, mais c’est toujours d’actualité.

On s’oriente donc vers une mauvaise série à l’américaine où l’on nous rebat les oreilles des moindres faits et gestes d’un jeune homme, moderne et dynamique, au-dessus de tout soupçon. De quoi amuser le tapis quelque temps avant que n’éclate la supercherie. Soit il ira au combat présidentiel mais avec peu de chance d’y figurer aux premières loges, soit il renoncera après avoir fait son tour de piste et ira se trouver une autre occupation lucrative. Ceux qui l’accompagnent le poussent à prendre le risque d’une candidature, lui est sans doute beaucoup plus hésitant, différence oblige entre conseillers et payeurs. Ce type de personnages préfèrent en général ce qui leur est offert sur un plateau à ce qu’ils doivent conquérir. Il est d’ailleurs souhaitable que l’on referme rapidement le ban sur cette improbable histoire sans queue ni tête à la française. 


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