mardi 30 août 2016

Parti pris du 30 août 2016

D. Rousseff (photo © AFP), M. Rajoy (photo © Reuters), N. Sarkozy (photo © AFP), E. Macron (photo © AFP).

Le « coup » de Brasilia. Aujourd’hui se joue devant le Sénat brésilien l’achèvement d’un « coup d’État institutionnel » qui aboutit à l’expulsion de la Présidente élue, Dilma Rousseff, et de la gauche du pouvoir sans recours à de nouvelles élections. Un drame pour le plus grand pays d’Amérique latine qui se voit ainsi privé d’un fonctionnement démocratique élémentaire acquis de haute lutte contre la dictature militaire, jusqu’aux élections générales de 2018 au moins. Certes, ce « Golpe » a été perpétré sans un coup de fusil à la différence de ceux du passé par lesquels l’armée imposait, avec la bienveillance quand ce n’était pas avec la complicité de Washington, des « dictatures gorilles » particulièrement meurtrières. Ce temps est révolu. Mais qu’une coalition d’intérêt rassemble pêle-mêle des corrompus souvent eux-mêmes mis en examen et des assoiffés de pouvoir pour se débarrasser d’une gauche dont Lula fut la figure de proue en dit long sur l’état de crise du pays. Une crise multiforme sur fond de récession, de crise sociale, de corruption endémique et où la culture démocratique si chèrement acquise vacille. Aucune force politique n’y échappe. C’est ainsi que même au sein du Parti des Travailleurs (PT), il s’est trouvé une majorité de la direction pour refuser la consultation de la base pour exiger le retour devant les électeurs, comme l’avait proposé Dilma Rousseff soutenu par Lula. Mieux valait perdre en effet dans un cadre démocratique que subir la défaite des mains d’apprentis dictateurs. La peuple de gauche, celui de la rue brésilienne, ne peut en sortir que davantage déboussolé parce qu’il perd sans même avoir combattu et ce sera là sans doute que les conséquences du drame se feront le plus durablement sentir. 

Le traité transatlantique abandonné. C’est ce qu’exige désormais Paris de la Commission de Bruxelles après que le Vice-chancelier allemand, Sigmar Gabriel (SPD), a fait part de son scepticisme sur cet accord négocié dans le dos de l’opinion. On doit s’en réjouir tant les exigences américaines dépassaient l’entendement. L’on aurait tort cependant d’abandonner une telle perspective à la condition évidemment qu’elle résulte d’un vrai compromis respectueux des intérêts de l’UE comme de ceux de Washington. La dissymétrie était cependant flagrante entre une administration américaine qui a fait feu de tout bois pour promouvoir les échanges mondiaux en Asie et ailleurs quand Bruxelles restait empêtrée dans ses contradictions et soumise aux diktats des autres puissances monde. Les retards pris sur la voie de l’intégration européenne en sont la cause. La Commission a négocié en s’efforçant de réunir une large majorité d’États membres pour la soutenir distribuant des garanties « nationales » qui n’avaient pas lieu d’être. Elle a travaillé dans le dos des opinions publiques avec des procédures d’information aussi bureaucratiques qu’inefficaces parce qu’elles étaient placées sous le sceau du secret, du non-dit et des petites et grandes manœuvres en tout genre. Une fois de plus, une fois de trop sans doute, car l’Union en paiera chèrement le prix au lendemain d’un « Brexit » qui l’a beaucoup affaibli et alors qu’elle ne joue déjà pas le rôle de moteur et de régulateur des échanges qui devrait être le sien. Reste l’accord avec le Canada, en moins mauvaise posture, sans qu’il soit exempt du même type de défaut de conception. Pendant ce temps, le Japon, pourtant malade part à la conquête économique de l’Afrique. Et l’on se plaindra ensuite d’une croissance en berne…

Rajoy en échec à répétition. Après de longs mois de crise politique, Rajoy, l’homme du Parti populaire espérait jouer sur la lassitude des électeurs espagnols après deux scrutins improductifs pour être investi par défaut même en l’absence de majorité. Il aura tout tenté pour passer en force, de l’accord avec les centristes de Ciudadanos d’Albert Rivera au grappillage des voix de quelques élus régionalistes, en vain. Il n’a pas plus de majorité – 176 voix sur 350 – aujourd’hui qu’au sortir des élections de décembre 2015 et de juin 2016. Sa personnalité de père l’austérité et l’image d’une droite engluée dans la corruption le desservent. La relative fermeté du PSOE de Sanchez, qui se refuse à concéder quelques abstentions au Cortes pour permettre à Rajoy de l’emporter formellement à la majorité relative, est à saluer bien qu’elle procède davantage d’un souci d’appareil – garder une courte tête d’avance à gauche face à Podemos – que d’une ferme opposition aux arrangements avec la droite. La volonté unitaire forte en bas ne se retrouve pas dans les « appareils » de gauche, ni au PSOE, ni même à Podemos. C’est la raison pour laquelle Podemos a reperdu entre les deux derniers scrutins une partie des électeurs qui l’avaient rejoint par défiance envers la vieille maison socialiste. Pourtant, comme au Portugal, seule une perspective de mobilisation unitaire sur un programme de législature partagé par-delà les différences serait en mesure de donner une chance à la gauche de commencer à changer le cours des choses. Jusqu’alors Sanchez comme Iglesias ont préféré le statu quo, l’œil rivé sur le partenaire adversaire, empêchant une claire victoire contre la droite. Pour combien de temps encore…

Rentrée tapageuse en France. Avec un débat « haineux » entre les protagonistes de la primaire de droite. Sarkozy chasse sans vergogne sur les terres de l’extrême-droite quand Fillon, son « ex-collaborateur » lui remet le nez dans les affaires. Juppé tente le coup de la hauteur de vue. La base des « Républicains » veut, elle, « du sang »… Cela laissera des traces quel que soit le vainqueur, à supposer que le processus aille à son terme et que personne ne s’en dispense. Juppé y aurait en effet tout intérêt. Le Pen, goguenarde, regarde les caïmans se déchirer, espérant qu’ils finiront par mourir à ses pieds. À gauche, ce n’est guère mieux entre petites phrases assassines et annonces de candidature au cas où Hollande viendrait à défaillir, du Premier ministre à sa ministre de l’Éducation. Macron démissionne du gouvernement et court-circuite Valls qui n’y peut ‡rien. Le conseiller du Château va pouvoir dériver davantage vers la droite. Mélenchon s’enferme dans une campagne qui lui ressemble, du déni de réalité à l’imposture anti-européenne. De quoi écœurer un peu plus les citoyens qui croyaient et espéraient encore un vrai débat sérieux et démocratique. Et pendant ce temps, Cazeneuve, plus avocat conseil que ministre de l’Intérieur, caresse le Conseil français du culte musulman (CFCM) dans le sens du poil quand Valls dénonce, non sans raison, un islamisme à l’offensive contre la République et la démocratie. Les polyphonies gouvernementales, devenues inaudibles, s’adonnent au « bruit ». Et loin de tout ce cirque, on en « bave » avec la rentrée des gosses, les impôts à régler bien souvent après des vacances amères quand il y en a eues. Qui peut croire que l’on mobilisera ainsi pour l’emporter en avril.

Bruxelles rattrape Apple. 13 milliards d’amende ou plus exactement d’impôts – pour la période 2004-2014 – à reverser à l’Irlande qui lui avait fait « illégalement » un pont d’or consistant à ne plus payer que 0,005 % – contre une taxation de 1 % auparavant ! – sur ses bénéfices mondiaux rapatriés à Dublin. Le géant américain et le gouvernement irlandais font évidemment appel. Il n’en demeure pas moins vrai que c’est la première fois que la Commission fait un exemple de ce genre. EDF n’avait écopé que d’un peu plus de 1 milliard pour ses malversations. Ce qui est courant aux États-Unis n’est pas habituel en Europe. À ce titre, on ne peut que s’en féliciter à la condition que les autres, tous les autres tricheurs patentés, soient poursuivis avec la même célérité – deux ans d’enquête – et avec une sanction à la clé aussi proportionnée. Avis aux amateurs des paradis fiscaux européens. Mais cela ne suffit pas car dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, les gouvernements spoliateurs qui ont ainsi détourné des dizaines, des centaines de milliards d’euros de fonds publics ne sauraient s’en tirer à si bon compte. À tout le moins, ils méritent l’interdiction d’exercer le moindre mandat pendant de longues années… mais de cela, à Bruxelles, il n’est point question. Pas encore ! La « cohésion » de la Commission n’y résisterait pas. Comment, par ailleurs, après avoir servi l’Union, ferait-on carrière chez Goldman Sachs ou ailleurs, à la manière de Barroso ?


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