vendredi 30 septembre 2016

La croissance mondiale aux abois

Christine Lagarde lors d'une conférence au FMI en 2015 (photo © Susan Walsh).

À en croire l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les échanges mondiaux vont encore reculer pour n’atteindre finalement en 2016 qu’une faible progression de 1,7 % contre une prévision qui était encore de 2,8 % en avril dernier. Tout l’indique, révision à la baisse après révision à la baisse, l’économie mondiale s’enfonce dangereusement dans une logique d’hibernation dont rien ne semble pouvoir la tirer. Par la voix de sa directrice générale, il y a deux jours encore à Chicago, le FMI ne dit pas autre chose : « Nous continuons d’être confrontés au problème d’une croissance mondiale trop faible, pendant trop longtemps et profitant à trop peu ». Le diagnostic n’est pas contestable même si tous ne sont pas logés à la même enseigne, le tout mondialisé pesant néanmoins sur chacun. Cette situation de croissance mondiale « molle » entraîne une série de conséquences négatives aux quatre coins de la planète engendrant en effet des risques de replis « protectionnistes » et de conflits préjudiciables pour tous ainsi qu’une limitation des marges de manœuvre pour résoudre les défis auxquels est confrontée l’humanité.

Le défi climatique et la nécessité de préserver des conditions de vie acceptables pour l'humanité supposent, par exemple, d’importants investissements dans la transition énergétique. Sans croissance plus forte, ceux-ci risqueraient de rester hors de portée contrairement à la fable des tenants irresponsables des théories de la décroissance. La vie des générations futures ne se conjuguera positivement qu’avec plus de croissance et non pas moins. Il ne suffit pas en effet que l’accord de la COP 21 soit formellement ratifié si les investissements pour sa mise en œuvre se heurtent à l’étroitesse de marges de manœuvre financières amputées par l’atonie de la croissance locale conséquence d’une économie mondiale à l’arrêt ou presque. Sur ce plan, toutes les zones de la planète ont intérêt à une relance rapide, de la Chine et l’Inde aux États-Unis en passant par l’Europe et le Japon – toujours en déflation. On peut évoquer de nécessaires transferts de valeurs pour combler les inégalités de développement mais ceux-ci seront d’autant plus conséquents qu’un retour à la croissance fera reculer les égoïsmes étroits qui en limitent l’ampleur, y compris au sein de l’Union européenne. Sans croissance, la lutte contre les inégalités à l’échelle locale comme à l’échelle planétaire est un leurre. La redistribution lui est inextricablement liée.

La production de pétrole et la stabilisation des prix des hydrocarbures en dépendent également. L’accord surprise des pays membres de l’OPEP à Alger est à ce titre révélateur. En dépit de leurs colossales réserves financières, des États comme l’Arabie saoudite ou les Émirats connaissent une crise qui se décline en lourds déficits publics qui tourneront cette année autour de 15 %. Ce n’est évidemment pas tenable sur le long terme. L’accord formel pour une limitation volontaire des capacités de production – en réalité pour tenter d’éponger la surproduction – entre 32,5 et 33 millions de barils par jour contre 33,24 millions aujourd’hui ne résout rien même s’il a soutenu une petite embellie boursière sur les cours de l’or noir. Ce d’autant que toute augmentation des cours rend le recours aux gaz de schiste plus rentable avec à la clé des capacités de production largement excédentaires sur le marché mondial. Un retour de la croissance mondiale largement supérieure aux 3 % de progression annualisée est en revanche susceptible de stabiliser les prix de manière durable.

La situation d’un pays comme la France le confirme encore. Quel que soit le bilan calamiteux du pouvoir hollandais, les candidats à la primaire de droite sont disqualifiés parce que tous ont en commun la perspective d’une réduction drastique de la dépense publique autrement dit le renoncement aux moyens d’une éventuelle relance tant il serait « invraisemblable » de miser sur une action coordonnée du secteur privé pour le faire. Cela ne s’est jamais produit nulle part. Le bilan du quinquennat met cette question au centre des débats. L’explosion de la dette – 2170 milliards d’euros soit plus de 98 % du Pib selon l’Insee –, l’effet du CICE en matière d’emploi, tout au plus de 50 000 à 100 000 emplois créés à la faveur de dizaines de milliards d’exonération fiscale au profit des entreprises – rapport d’évaluation de France stratégie – et le projet de budget 2017 qualifié « d’improbable » par le Haut comité des finances publiques disent sans appel l’échec des politiques mises en œuvre par Macron, Ayrault, Valls et Hollande. La croissance et la relance de l’activité ne sont pas au programme du candidat Président, pas plus qu’à celui de la droite. Reste donc à trouver, à inventer une alternative à ces logiques mortifères.

Il n’est pas jusqu’à la disparition de Shimon Peres qui ne mette la question de la croissance à l’ordre du jour. Il était l’incarnation d’une autre époque celle d’un État israélien au sein duquel pouvait se faire entendre une voix laïque et « raisonnable » parce qu’elle avait compris que sans paix durable il n’y aurait pas de développement possible pour les uns comme pour les autres, pour la société israélienne comme pour les sociétés palestinienne et arabes voisines. La guerre comme seul horizon dans un Proche et Moyen-Orient ravagés par la barbarie islamiste a fini par tout « casser » au moins provisoirement. La dissymétrie des responsabilités historiques ne change rien à l’affaire. C’est pourquoi la participation courageuse de Mahmoud Abbas aux obsèques de Peres tranchant avec la logorrhée haineuse du Hamas et le silence pesant des capitales arabes est utile et positive. Les dirigeants de la planète réunis à cette occasion devraient prendre la mesure de leur responsabilité partagée qui, pour redonner une chance à la paix, doit en créer les conditions, dont un retour rapide à davantage de croissance à la faveur d’un indispensable « new deal » mondial. Non pas un rêve fou, mais une impérieuse nécessité !


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