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| Carte postale des congés payés, la plage de Trouville en 1936 (image © Rue des Archives/coll. Bou). |
Les faits et chiffres affectant la vie quotidienne de beaucoup de nos concitoyens tombent au milieu de l’été dans une indifférence à peu près générale. Ils sont pourtant souvent le signe d’un malaise, d’une attente, voire d’une urgence sociale qui appellent de vraies réponses politiques. Faute de quoi et à force de dépolitiser la réalité au quotidien, l’on s’enferme dans une logique où l’intérêt général, quand il est invoqué, ne correspond plus à rien de concret, de pratique. Rien d’étonnant ensuite si de plus en plus de Français et d’Européens – le phénomène n’a rien de national – jugent la politique et ceux qui en font métier sans rapport avec ce qu’ils vivent. Les exemples de cette cassure civique sont hélas légions.
Ainsi en va-t-il du sort des étudiants en voie de « précarisation » pour beaucoup d’entre eux. Avant chaque rentrée, les organisations censées les représenter – par-delà leur faible représentativité – sonnent l’alarme, en général en vain. Le coût des études supérieures – 1 156 € par mois à Paris – est devenu prohibitif dans trop de territoires d’autant que l’écart entre Paris et la Province tend à diminuer, la seconde s’alignant de plus en plus sur la première même si les disparités sont encore significatives. Premier poste en cause, le logement. Depuis le temps, ce pays ou plus exactement ses gouvernements successifs se montrent incapables de résoudre la question. Pas assez de production de logements à destination de cette population, c’est une évidence. Mais surtout refus de la mesure la plus simple et la plus efficace qui consisterait à encadrer le montant des loyers pour cette catégorie de logements dans les territoires concernés. Il est significatif que ni Cécile Duflot hier, ni Emmanuelle Cosse aujourd’hui en charge de ce département ministériel n’aient rien tenté de sérieux sur ce plan. Les maires des villes universitaires n’ont en général pas fait mieux. Les droits d’inscription ne peuvent pas dépendre du seul bon vouloir des présidents et conseils universitaires. Le transport ne peut pas varier du simple au triple comme entre Toulouse – 100 € – et Lyon – 301€. Enfin, toute une série de mesures sociales concernant la restauration, l’accès à la Culture ou à la santé, du ressort au moins partiel des grandes agglomérations, sont trop souvent sacrifiées sur l’autel des équilibres budgétaires, les étudiants ne votant qu’assez peu. À l’évidence, il s’agit pourtant d’une question d’intérêt général où la responsabilité de la puissance publique est engagée au premier chef. De la bonne parole aux actes il y a dans ce cas un gouffre.
Ainsi en va-t-il de la sécurité routière où l’on constate une vraie difficulté à épargner des vies tout au long de l’année en dépit de l’argent investi à cette fin dans les campagnes de communication et parfois heureusement dans les infrastructures. Le compte n’y est pas. L’on apprend à l’occasion d’une enquête que l’on respecte plus ou moins le code de la route en fonction de son lieu de résidence. Les Marseillais grilleraient plus volontiers les feux rouges que le reste des résidents de ce pays. Cela en dépit de tous les systèmes de vidéosurveillance déployés aux carrefours de la plupart des villes. Ce n’est pas acceptable parce qu’au bout du compte ce sont des vies humaines qui sont fauchées et des familles brisées. Le coût induit pour la société, des services de secours et de santé aux équilibres sociaux et démographiques, ne sont pas davantage négligeables. Une association ose pourtant se pourvoir en justice contre les limitations de vitesse. Question d’intérêt général s’il en est, mais où l’idéologie des tenants du tout-automobile sans règles ni contraintes conduit à considérer que c’est « la route qui tue » et non le comportement irresponsable de ceux qui prennent le volant sans être, souvent, en état de le faire. C’est la même chose avec la complaisance pour le diesel du ministre Macron quand on sait les conséquences désastreuses qui en résultent pour la santé publique. Personne ne s’est pourtant engagé ni à Matignon, ni à l’Élysée, à recadrer l’insolent et irresponsable ministre de l’Économie. Les mesures à prendre ne sont pas inaccessibles pour peu que l’on considère l’intérêt général et non celui des lobbies en général, celui des constructeurs tricheurs en particulier. Les mesures de sécurité routière qui ont fait leurs preuves pourraient être généralisées partout sur l’ensemble des territoires. S’il n’en est rien, c’est tout simplement faute de volonté politique sur des questions de vie quotidienne dites sensibles, relèveraient-elles là encore de l’intérêt général le plus élémentaire.
Ainsi en va-t-il de cette tension que l’on laisse dangereusement monter autour du port du burkini, déclinaison pour le bain de la burka. L’acte de propagande des Islamistes n’est guère contestable à Marseille, à Sisco et ailleurs même si bien sûr pour l’instant le phénomène n’est pas encore généralisé. Le laisser prendre de l’ampleur reviendrait à offrir un thème de campagne en or aux fascistes de toute obédience. L’on assiste pourtant à l’un de ces débats de société invraisemblables dont certains se sont fait une « religion » sans rapport avec la vraie vie et le contexte politique et social. Considérer que si l’on ne fait rien, ce sont demain des centaines voire des milliers de jeunes filles qui se verront imposer par leur famille radicalisée ce « déguisement », cette autre prison de toile, porterait atteinte aux droits humains… à ceux des femmes en particulier. Laurence Rossignol a raison sur ce point. « Ce qui est en cause, c'est l'émancipation des femmes, mais il ne faut pas le faire pour d'autres raisons que pour l'émancipation des femmes », précise la ministre des droits des femmes dans Le Point. La protection de ces jeunes et de ces enfants parce que mineures incombe à la puissance publique au nom de l’intérêt général. D’autant que l’espace public est ciblé par ceux qui entendent y imposer leur ordre moyenâgeux. Les Islamistes ne sont ni les premiers, ni les seuls à prétendre régir un espace où les libertés publiques ne vont pas sans le strict respect du caractère laïque de celui-ci. C’est tout aussi vrai quand François Hollande et Bernard Cazeneuve caressent de manière inappropriée les Catholiques pratiquants dans le sens du poil à Lourdes, où l’on suscite des « miracles », et demain à Rome après l’affront diplomatique qui a vu le Vatican refuser un ambassadeur nommé par la République. Il était homosexuel assumé et partisan du mariage pour tous. Les identitaires catholiques seront d’ailleurs dans la rue en octobre mettant en pièce pour l’occasion l’illusion électoraliste de François Hollande. Mais où est donc passé le sens de l’intérêt général face aux confréries ?

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