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| Dans une agende de Pôle Emploi (photo © DDM), Benoît Hamon (photo DR), Orban (photo © consilium.europa.eu). |
Chômage en recul mais… de manière fragile et limitée. Sauf à faire comme Le Figaro qui a vu dans les chiffres du chômage au second trimestre publié par l’Insee un « fort recul » de celui-ci, il convient d’être beaucoup plus mesuré. En premier lieu parce que ces chiffres sont calculés avec les normes du Bureau international du travail et différeront de ceux de Pôle emploi qui est censé compter tous les chômeurs. Le premier de ces modes de calcul est utilisé par la plupart des pays et permet à ce titre des comparaisons internationales sérieuses. L’Insee est par ailleurs mieux armé en matière de statistiques que Pôle emploi. Le décompte trimestriel est sans doute également plus fiable qu’une approximation mensuelle pour fonder une politique publique de l’emploi. Il est donc souhaitable que le gouvernement cesse de naviguer entre ces deux méthodes selon ce qui l’arrange du point de vue de sa communication. Ensuite, le fait que le chômage aurait reculé au point de revenir à ce qu’il était au troisième trimestre 2012 serait malgré tout une bonne nouvelle, puisque seraient effacées les augmentations successives, quatre ans durant, du nombre de chômeurs provoquées par la politique économique de l’offre des gouvernements Ayrault et Valls. Mais même dans ce cas, une grande prudence s’impose pour la suite car deux facteurs limitent largement la portée de ces chiffres. Ils correspondent au second trimestre après un rebond de croissance soutenu – 0,7 % – au premier trimestre. Le second trimestre a été désespérément plat ou nul au plan de la croissance. Autant dire que les effets différés de ce trimestre calamiteux sont à venir en termes d’emploi. Et puis, l’entrée en formation quelque peu forcée de nombre de chômeurs relativise aussi les chiffres annoncés. Il en faudra bien davantage pour parler d’une « inversion durable » de la courbe sinistre et à la condition que l’on agisse en conséquence pour y parvenir. Par le biais d’une politique de soutien à la croissance et d’investissements publics – en panne aujourd’hui – notamment dans le domaine des infrastructures et des grands chantiers, de répartition du temps de travail avec une nouvelle réduction du temps de travail – 32 heures en 4 jours – et d’un strict encadrement des conditions de recours à l’emploi précaire à temps partiel. Ce n’est pas à l’ordre du jour de cette fin de quinquennat. Il faut se battre pour que ce soit à celui du prochain.
Échauffement à gauche, pugilat à droite pour les éliminatoires. L’élection présidentielle interviendra en avril 2017 et du coup chaque camp se met en ordre de bataille pour cette campagne inédite où les jeux ne sont pas faits en ce qui concerne la phase finale. Bien malin, celle ou celui qui peut dire aujourd’hui connaître le prétendant le plus probable au second tour étant entendu que la représentante de l’extrême-droite devrait en être. À gauche comme à droite, on se bouscule au portillon parfois dans le seul espoir de gagner en notoriété si ce n’est en popularité quoi qu’il arrive. Hollande dit pour la forme ne pas avoir pris sa décision mais la machine à promouvoir sa candidature tourne déjà à plein régime. La parution du livre d’entretiens privés d'Antonin André et Karim Rissouli en donne la mesure et permet au Président sortant de prendre ses distances avec son Premier ministre. Le passage en force voyez-vous ce n’est pas sa méthode mais plutôt celle de Valls. Que l’on sache quand il s’est agi de faire passer en force, sans débat au Parlement, la loi El Khomri, Hollande n’a pas eu la moindre retenue. On y apprend aussi que Hollande n’est pas adepte de la théorie des deux gauches. Il faut bien paraître unitaire au moins une fois tous les cinq ans… Parmi les autres candidats déclarés à la primaire, Benoît Hamon met le doigt où ça fait le plus mal en estimant que « Hollande n’a même pas essayé de faire une politique de gauche ». Marie Noëlle Lienemann insiste sur les propositions sociales – Smic à 1 300 € nets, semaine de 4 jours, sixième semaine de congés payés. D’autres issus de la critique à gauche de la politique suivie par Hollande comme Cécile Duflot et Arnaud Montebourg devraient à leur tour entrer dans la danse. Sans compter Mélenchon parti seul sur le sentier d’une campagne de contournement d’une partie de la gauche. Tout cela s’avérera dérisoire si un programme de législature unitaire et un accord de répartition pour les élections législatives ne voient pas le jour. La saga des ego n’a en revanche aucune chance de passionner les foules. À droite, Sarkozy et Juppé s’affronteront sur rien moins que la manière de contenir l’extrême-droite, le premier lui faisant du pied, le second s’y refusant. Mais là encore, point de programme partagé ni même crédible, en particulier en matière économique et sociale. Enfin, l’extrême-droite n’aura même pas eu à « arrondir les angles » d’un programme issu des fondamentaux fascistes des années trente.
L’Europe en grande confusion face à de nouvelles menaces. On votera en effet dans plusieurs États de l’Union cet automne. En Autriche où le second tour de l’élection présidentielle qui avait permis de repousser de justesse le candidat d’extrême-droite du FPÖ sera rejoué le 2 octobre dans des termes plus clairs que jamais. Ils ne doivent sous aucun prétexte pouvoir l’emporter à Vienne et cela mérite d’être dit partout en Europe. Le vote contre les fascistes est un vote démocratique d’autant plus nécessaire qu’il augurera les futures élections générales où la menace extrémiste sera probablement encore plus forte. On votera le même jour en Hongrie pour refuser ou accepter le plan de répartition des migrants réfugiés en Europe adopté l’été dernier. Un véritable défi provocateur d’Orban à l’adresse de Bruxelles et des Européens. Sans compter les suites d’un « Brexit » qui n’en finit pas d’affaiblir la Grande-Bretagne au plan économique et dont le gouvernement de Theresa May essaie de partager la note avec ses partenaires en repoussant les échéances peut-être même jusqu’à fin 2019. Sans compter les élections régionales partielles en Allemagne en septembre où les sondages laissent prévoir une nouvelle poussée des populistes de l’AFD (Alternative pour l’Allemagne). Beaucoup d’échéances électorales risquées pour la démocratie et où la Commission Junker fait figure de « digue ». C’est dire le désarroi à gauche, l’absence de perspectives mobilisatrices de transformation sociale au moment où si le Pib de l’Union et celui de la zone euro croissent, le chômage n’y recule que faiblement en moyenne. La crise bancaire se fait pressante en Italie. La crise politique se poursuit en Espagne. Et l’Europe voit s’accumuler les situations délicates où elle devrait jouer les premiers rôles et ne le fait pas vraiment. Face à Poutine cherchant à traduire sur le terrain en Ukraine l’avantage qu’il estime avoir acquis au plan diplomatique par son intervention en Syrie. Face à Erdogan qui met l’Europe au défi de suspendre les négociations d’adhésion en multipliant les provocations à l’occasion de la purge sans fin qui a suivi la tentative de coup d’État. Le plan de « rétention » et de « tri » des réfugiés par la Turquie en dépend et sans cela l’Union serait secouée par une crise politique et démocratique sans précédent. Heureusement la menace d’une élection de Trump en novembre aux États-Unis semble s’éloigner. Rarement rentrée européenne ne se sera faite sous d’aussi mauvais auspices.

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