samedi 13 août 2016

Quand l’Europe délaisse sa jeunesse…

À Varsovie le 7 mai dernier, la "Schumann Parade" (photo © AFP).

Au comble des débordements chauvins à propos des JO dans les pays européens en général et particulièrement en France où le service public ne couvre plus les épreuves mais les chances de médaille pour les seuls ressortissants nationaux, il est utile de jeter un œil à la dernière livraison de l’institut statistique européen sur la situation des jeunes de moins de 29 ans dans l’Union et ses entités régionales. Ils ne sont pas moins de 90 millions, soit 17 % de la population européenne totale, entre études et emploi. Une part significative d’entre eux n’étudient plus et ne travaillent pas pour autant par-delà des disparités marquées d’un pays à l’autre. Ceux du sud sont les principaux pourvoyeurs de cette catégorie de jeunes abandonnés à eux-mêmes. En Italie, ils représentent environ 30 % de la population concernée, plus de 20 % en Grèce, en Espagne, à Chypre et 18 % en France. Un énorme gâchis qui résulte bien sûr de la situation économique générale même si elle n’explique pas tout. Des politiques publiques adaptées seraient en effet susceptibles d’améliorer significativement le tableau. L’Allemagne a ainsi gagné plus de 5 points en dix ans sur ce front de la jeunesse pour passer en dessous de la barre des 10 % de jeunes hors étude et hors emploi. Les Pays-Bas, la Suède, le Danemark et le Luxembourg comptent moins de 10 % de leurs jeunes en galère. Il est donc possible d’agir non en généralisant un apprentissage qui pénalise bien plus qu’il n’aide ces jeunes à s’insérer dans la société par le marché du travail mais en s’assurant de conditions de formation en rapport avec l’époque. Cela suppose un solide bagage initial et général ouvrant la voie à des spécialisations, souvent multiples au long d’une vie, par la suite. Cela suppose aussi des dispositions légales qui sécurisent ces jeunes lors de leur embauche et de leurs premiers pas dans l’univers impitoyable d’un marché du travail fragmenté et largement dérégulé. Une politique contradictoire à celle imposée par Hollande et Valls à travers la loi El Khomri, qui fragilise les salariés au profit du petit et moyen patronat dans l’entreprise et laisse perdurer la « règle » de fait des contrats précaires à courts voire très courts termes.  

Une autre statistique, cette fois en provenance de l’Insee, semble indiquer que pour la première fois depuis bien longtemps, l’économie française créerait de l’emploi. Le solde entre création et destruction au second trimestre 2016 s’établit à 24 100 emplois avec un rythme annualisé de l’ordre de 143 000 créations nettes soit 0,9 %. Ce chiffre global masque cependant une réalité inquiétante qui voit le secteur tertiaire progresser tandis que l’industrie et la construction continuent de perdre des emplois. Plus d’un million ont disparu dans l’industrie en un peu plus d’une décennie. Comment dans ces conditions assurer une fluidité entre les études et l’emploi chez les jeunes quand on sait que l’apprentissage justement n’est pas vraiment adapté au tertiaire et que les formations industrielles débouchent souvent sur des impasses. La solution réside pour une part dans l’investissement public dans les infrastructures, comme le préconise le FMI, mais à la condition d’en avoir les moyens. Or, sur ce plan, l’économie française ne dispose plus des marges budgétaires gaspillées en pure perte dans les dispositifs gouvernementaux – CICE, Pacte de responsabilité… – visant à restaurer les marges des entreprises sans contreparties en matière d’investissement privé. Si bien que ce qui a été mis en œuvre depuis 2012 se retourne en lourd handicap pour une politique de l’emploi digne de ce nom. Précisément au moment où les indicateurs virent de nouveau au rouge les uns après les autres laissant entrevoir au mieux une croissance molle au pire une stagnation de longue durée. Il faut y ajouter la déprime ambiante qui fait que 86 % des Français, non sans raison, sont pessimistes sur la situation économique française, un score inquiétant dans  l’Union – dix pays étudiés – où seuls les Grecs les dépassent en matière de morosité

Il n’y a bien sûr pas qu’en France et en Europe que les données économiques sont préoccupantes. Coup sur coup, les faits et chiffres en provenance de la Russie d’une part, de la Chine d’autre part, soulignent les difficultés rencontrées dans la construction de marchés intérieurs et par voie de conséquence les menaces qui pèsent de ce fait sur l’économie mondiale. Du côté de Moscou, la réorganisation de l’administration Poutine n’est pas seulement liée aux élections de septembre, elle intervient surtout dans un contexte économique moins marqué par la dépression mais inexorablement voué à une croissance atone alors que les prix se sont envolés et que le pouvoir d’achat des ménages a stagné. Du côté de la Chine, c’est le FMI qui crie casse-cou à propos du crédit et de la dette estimant que plus de 5 % des créances sont « douteuses ». La relance à répétition par l’injection de crédits à conditions avantageuses en faveur des entreprises, d’État ou privées, touche à ses limites. La construction d’un marché intérieur reposant sur la consommation « continue d’être complexe, difficile, et possiblement chaotique ». Dans ces conditions, la responsabilité européenne n’est que plus importante tant il est vrai que Bruxelles ne joue pas son rôle à l’échelle mondiale pour assurer une croissance porteuse de développement et de progrès pour l’ensemble de la planète. Quelques signes encourageants comme la progression de la production industrielle dans la zone euro – 0,6 % en juin – n’y suffiront pas sans une relance concertée ou mieux intégrée avec ce que cela suppose de transferts de valeur entre les entités nationales. Le problème relève d’un choix politique et démocratique des Européens et non des seules instances bruxelloises qui n’en sont pas « capables ». Pour la jeunesse comme pour l’ensemble de la population, il y a urgence.



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