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| Erdogan (photo © AP), Jacob Zuma (photo DR), la flamme olympique à Rio (photo © YC/AFP). |
Quel que soit l’angle sous lequel on le perçoit, ce monde plus ou moins chaotique est frappé de mille maux. D’Ankara ou de Moscou et d’ailleurs aussi, on s’inquiétera du rabibochage de deux dictateurs. Le « Sultan » a réussi à retourner la rue turque à son profit après la tentative de coup d’État. Les scènes de soutien populaire et nationaliste lors de la grande manifestation convoquée à Istanbul soulignent la victoire d’Erdogan et de l’AKP, ne résoudrait-elle rien durablement. L’opposition sociale-démocrate n’a pas eu d’autres choix que d’en être aussi. Le Parti démocratique des peuples (HDP) issu de la lutte des Kurdes pour leurs droits en a été exclu. La grande purge à peine ripolinée continue donc sans entraves dans tous les secteurs de la société. Erdogan teste même les Européens quand il évoque le rétablissement de la peine de mort si « le peuple le veut ». Poutine, expert en la matière, a sans doute apprécié la manœuvre. Cet arc de forces dictatoriales a de quoi inquiéter y compris par son ambivalence parce que Poutine combat malgré tout et à sa manière l’EI-Daesh même si c’est avec Assad « le boucher de Damas » dans ses valises et que l’Islamo-conservateur d’Ankara est évidemment « préférable » aux fous d’Allah qui sévissent à Raqa, Mossoul ainsi qu’au Yemen, en Libye, au Pakistan… et à Ryad, par-delà ce qui les sépare. Cette logique du moindre mal est porteuse du pire demain ou après-demain. Un lourd échec de la politique extérieure de l’administration Obama parce que celle-ci avait les moyens de se faire entendre. Elle y a une fois de plus renoncé laissant Berlin élever la voix en plein désert diplomatique.
Du côté de Pretoria, on n’en finit pas de constater les dégâts lors des élections municipales qui laissent l’ANC exsangue, elle aussi souvent présentée comme un moindre mal par rapport à la stabilité du pays et à la paix civile. Trop de corruption, trop de promesses non tenues et trahies, trop d’inégalités maintenues et parfois encouragées en dépit d’indéniables progrès sociaux. La formation de Nelson Mandela n’est plus que l’ombre d’elle-même. Jacob Zuma, l’épigone fantasque, n’a ni la carrure ni le charisme du Libérateur. Résultat, c’est tout un pays qui s’enfonce dans la crise et se cherche une alternative « démocratique », en particulier dans les grandes cités jadis fers de lance de la lutte contre l’apartheid. Pretoria passée à l’opposition, la majorité perdue à Johannesburg ou à Port Elisabeth, c’est un autre jour qui se lève. Certes, l’ANC reste majoritaire – 54 % – mais en net recul – 62 % en 2011 – dans l’ensemble du pays. Elle perd plusieurs de ses bastions historiques, contestée par une droite libérale et urbaine – Alliance démocratique (DA) – prête à tendre la main aux Combattants pour la liberté démocratique (EFF), une gauche plus radicale que l’ANC mais elle aussi soucieuse de rompre avec les vieilles traditions qui ont voulu qu’il n’y ait point de salut en dehors de la formation historique. Cette gauche née en 2013 seulement revendique la nationalisation des mines et l’expulsion des grands fermiers blancs. Une page d’histoire se tourne lentement mais sans qu’apparaisse encore en positif une perspective politique à vocation majoritaire offrant quelques garanties de relance du développement économique – croissance nulle cette année – avec les retombées sociales et démocratiques espérées.
À Rio, le grand cirque olympique déploie toutes ses facettes aussi peu reluisantes les unes que les autres. Le dopage business y fait des ravages au point, fait plutôt rare, que d’autres compétiteurs s’en émeuvent. Rio avec la participation de sportifs russes et chinois, réputés lourdement « chargés » à l’initiative de leur fédération et de l’État, restera les jeux de la triche organisée à grande échelle. Quant à la corruption, elle est partout sous l’égide de ce repaire de bandits que sont les instances de l’olympisme moderne. L’affaire est bien rodée et consiste à faire payer aux contribuables des années durant les frais d’un spectacle destiné à « booster » les bénéfices des sponsors privés, les grandes multinationales de la planète. À chaque fois ou presque le même scénario se répète avec des jeux hors de prix, en dérive de coûts à deux, voire trois chiffres, sans que jamais les installations ne servent ensuite aux populations, qu’il s’agisse des sites sportifs ou même des sites d’accueil et d’hébergement. Autant de réalités dont une majorité de Brésiliens sont conscients si l’on en croit les sondages dans un pays en grande souffrance sociale et là aussi démocratique. Pendant les épreuves, le prolongement du coup d’État institutionnel se poursuit au Sénat qui pousse Dilma Rousseff vers la porte de sortie. De quoi, normalement, ouvrir les yeux de ceux qui aspirent à prendre le relais comme Paris en 2024 sans d’ailleurs que les Parisiens n’aient été jamais consultés sur cette folie hollandaise à laquelle Anne Hidalgo a eu le tort de sa rallier sans autre forme de procès démocratique. Il n’est cependant pas trop tard.
À Paris et dans le doux pays de France justement, l’écœurement domine après le double coup du milieu d’été. Hollande a ainsi osé promulguer la loi travail rejetée par deux tiers des Français et jamais débattue au Parlement. Parallèlement, la ministre du travail, Myriam El Khomri, a donné tort aux instances prud’homales et ratifié le licenciement d’un délégué CGT d’Air France accusé d’avoir participé à la « chasse » au DRH du groupe, quelque peu malmené ce jour-là. L’action minoritaire en question n’était certainement ni heureuse ni justifiable du point de vue des intérêts de la majorité des salariés. Mais dans un contexte social tendu, il convenait d’apaiser les esprits et de ne pas en rajouter. La ministre désireuse de régler ses comptes personnels avec les contestataires de sa loi en a décidé autrement avec l’arrogance qui la caractérise, elle qui a dérivé de la gauche du PS à sa droite la plus extrême. Il conviendra de s’en souvenir. Déni de démocratie sociale encore dans la folle aventure d’EDF en Grande-Bretagne où soutenue par l’État actionnaire, l’entreprise prétend construire deux réacteurs nucléaires EPR après avoir tout raté en ce domaine en Finlande comme en France, avec des conséquences financières désastreuses et ce contre l’opposition de l’ensemble des forces syndicales. Pendant ce temps, les déficits commerciaux comme budgétaires se creusent, les touristes s’éclipsent, les prisons se remplissent… mais Valls et Hollande font campagne sans craindre le ridicule d’une élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle pour avoir réduit la démocratie en miettes en prétendant maintenant que la garantie contre un plus grand délitement, ce serait eux, l’équipe du moindre mal.

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