vendredi 5 août 2016

Parti pris du 5 août 2016

Theresa May (photo © AFP), Michel Sapin (photo © Reuters), femme en "burkini" (photo DR).

Paris, Berlin, Bruxelles et les autres. Le contexte mondial de crises à répétition a conduit le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE et la quasi totalité des organismes de coopération économique à tirer la sonnette d’alarme quant aux risques économiques induits par les politiques restrictives, seraient-elles moins violentes que les politiques d’austérité mises en place après la grande dépression de 2008-2009. Le souci, c’est que celles-ci se cumulent produisant un étranglement de la croissance et des échanges sur fond de remontée des prix du pétrole et potentiellement de celle des taux. Qu’à cela ne tienne. Certains gouvernements, confrontés à un risque plus immédiat que les autres, réagissent en adoptant de vastes plans de relance. C’est le cas au Japon comme en Grande-Bretagne, à l’initiative pourtant de gouvernements conservateurs. Il s’agit pour eux de soutenir autant que possible leur économie d’abord par l’investissement public, comme le recommande le FMI, dans les infrastructures notamment. Ensuite de jouer sur le niveau des taux au plan de la politique monétaire. Enfin, d’envisager une redistribution sociale source de croissance même si, pour l’heure, on en reste à une simple évocation dans la bouche de la Première ministre outre-Manche – « une économie pour tout le monde ». Et puis, il y a les autres qui ne font rien ou si peu que cela revient à peu près au même. Ceux qui en ont très largement les moyens comme Berlin. Une étude du FMI sur l’avantage ou l’inconvénient découlant du cours de l’euro pour les économies régionales ou nationales le prouve. Celui-ci serait sous-évalué de l’ordre de 15 % en prenant en compte la santé de l’économie allemande, sa production, ses exportations et ses équilibres budgétaires. En revanche, il serait surévalué d’environ 6 % rapporté à la convalescence fragile de l’économie française. L’UE et la zone euro sont à l’échelle planétaire les acteurs du marché dont les excédents commerciaux confortables devraient les conduire à être les premières à prendre l’initiative de réelles politiques de relance. Il est vrai qu’elles ont aussi leurs canards boiteux à l’image de la France dont le déficit commercial s’est encore détérioré en juin de 1,1 milliard d’euros à 3,4 milliards. Cela n’est cependant pas de nature à exonérer Bruxelles et de fait Berlin de leur attentisme coupable.
À Paris, il est vrai, l’on s’affaire autour d’autres « variables d’ajustement ». L’on en vient enfin à préfigurer un prélèvement fiscal à la source à partir de 2018 comme cela existe depuis longtemps presque partout en Europe et dans le reste du monde. C’est un peu compliqué par le contexte électoral et la nature asociale des organismes patronaux qui rechignent à jouer leur rôle en la matière mais cela devrait finalement se faire sans trop de heurts. Il en va tout différemment en revanche des devoirs de vacances de Sapin qui dit « réfléchir à une nouvelle baisse de l’impôt sur les PME ». Un simple coup d’œil sur les données du problème suffit à démontrer qu’il fait fausse route. En théorie, cet impôt s’étale de 15 % au taux réduit prévu par le Pacte de stabilité sur les 33 000 premiers euros de bénéfice à 33,3 % avec un palier intermédiaire à 28 %. En réalité par un maquis de niches absolument invraisemblable, les sociétés françaises, championnes en matière d’optimisation fiscale, sont imposées à 8 % pour celles cotées au CAC 40, à 22 % pour les PME et à 28 % pour les TPE. 28 % c’est précisément la moyenne européenne et cela dément la fable d’une surimposition nuisant à la compétitivité des entreprises de l’Hexagone. Dans ces conditions, n’importe quel gouvernement raisonnable s’orienterait vers une simplification par l’éradication des niches fiscales avec l’objectif d’un traitement égal visant à imposer les unes et les autres au taux réel de la moyenne européenne. Et bien non, Bercy préfèrerait, semble-t-il, ajouter un nouveau taux intermédiaire et renforcer le caractère d’usine à gaz du système fiscal. Quand on pourrait faire « simple » et « efficace » comme ailleurs. Il est vrai que Hollande, fin connaisseur de la fiscalité et jadis auteur ambitieux en ce domaine ne veut pas toucher au maquis fiscal des niches dont il continue à espérer probablement en vain quelques retombées électorales. Voilà en tout cas comment Paris réussit à ajouter le handicap au handicap dans la droite ligne du Pacte de stabilité et des quelque 41 milliards d’euros investis en pure perte sans effet correspondant sur l’emploi.

Et puis, dans le flot des autres informations.
On relèvera une nouvelle et gravissime violation par Israël des règles qui régissent la Communauté internationale. Tel-Aviv vient ainsi d’abaisser à 12 ans la responsabilité pénale pour les actes terroristes. Cela revient à soumettre des enfants à l’extrême « rigueur » de la répression – dont des pratiques de torture – qui s’exerce dans le pays et dans les territoires occupés déjà en violation de la légalité internationale. On s’amusera avec Le Canard enchaîné et l’on pestera dans le même mouvement contre le zèle mis par Pôle emploi pour maquiller les chiffres réels du chômage, consistant à basculer au forcing des chômeurs des catégories A,B et C vers celle moins visible de D parce qu’ils seraient entrés en formation. Objectif : 500 000 transferts qui constitueraient la preuve de l’inversion de la courbe fatale. Peu importe que cela se fasse sans grande considération pour les personnes concernées, la qualité des formations proposées et le travail des prospecteurs placiers. Quand on est pressé, on ne s’attarde pas sur de pareils « détails »… On déplorera sans la contester l’annulation de la Braderie de Lille par Martine Aubry pour raisons de sécurité. Ainsi, les Barbares réussissent à porter atteinte aux habitudes de millions de gens qui fréquentent les grandes fêtes publiques… On se félicitera du projet de loi sur le statut de Paris et l’aménagement métropolitain qui prend le contre-pied des mauvaises habitudes d’une culture d’État centraliste en matière d’organisation des pouvoirs publics et de répartition des compétences. Pour Paris d’abord où le maire de la capitale récupère l’essentiel des pouvoirs de police – sauf pour la lutte contre le terrorisme – dévolus jusqu’alors à l’État par l’intermédiaire de la Préfecture de police. Hidalgo a gagné la partie et pourra par exemple avancer davantage en ce qui concerne la lutte contre la pollution automobile. Les métropoles verront leur nombre augmenter de 15 à 19 au maximum, ce qui permettra à deux des nouvelles capitales régionales, Dijon et Orléans, d’accéder à un statut plus conforme à leurs besoins de financement et de développement… On s’indignera à propos de la polémique déclenchée dans les Bouches du Rhône par une initiative discriminatoire, fût-elle privée, d’une association islamiste qui entendait réserver une journée de parc aquatique aux seules femmes porteuses du burkini – une autre prison de toile – et aux garçonnets de moins de dix ans – pauvres gosses. Une initiative intempestive qui tombe à point dans un contexte chargé pour exacerber les tensions. Une manière pour les Islamistes de provoquer la société en étant assurés en retour des outrances de l’extrême-droite et de la droite extrême, comme cela n’a pas manqué d’être le cas. Bingo, les uns et les autres sont gagnants. La mairie, la préfecture et l’État disposent pourtant de tous les moyens légaux pour refuser toute atteinte à l’égalité et aux droits des femmes et des enfants quand il sont menacés. La valse-hésitation n’est jamais une politique efficace. On le vérifie une nouvelle fois avec en prime les propos embarrassés, dérapants et confus des grands élus de la Fédération socialiste locale, de Samia Ghali à Patrick Menucci… L’on ne dira rien de plus de ces JO indécents qui masquent mal les crises politique, économique et sociale d’un Brésil réel qui souffre de mille maux. La défense de la candidature de Paris à l’organisation des jeux du cirque en 2024 ne justifiait probablement pas tant de déplacements à commencer par celui du chef de l’État qui devrait se concentrer sur d’autres sujets. Enfin, l’on s’inclinera tristement devant la mémoire d’une quatre-vingt-cinquième victime de la tuerie de Nice le 14 juillet. Pierre Hattermann, un psychologue de 56 ans, a été frappé au milieu des siens décimés par le tueur islamiste avant de décéder des suites de ses blessures.


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