![]() |
| Au Vatican en mai dernier, le grand imam de l'université Al-Azhar du Caire et le pape François (photo © AP). |
L’assassinat d’un prêtre durant un office, celui-ci aurait-il été déserté au moins ce jour-là par les fidèles, donne lieu en plein été à une offensive en règle des milieux religieux à l’initiative de l’Église catholique et du culte musulman. Paradoxe en effet qui veut qu’il y ait eu bien plus de commémorations en hommage à ce malheureux curé que celles consacrées aux 84 victimes de la tuerie de masse du 14 juillet à Nice. Les pouvoirs publics au premier rang desquels l’exécutif n’y sont pas étrangers. Au même moment se tenaient à Cracovie les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) catholiques donnant au Pape, issu de la Compagnie de Jésus, l’occasion de fixer à ses troupes l’ordre du jour d’une évangélisation branchée, sous le signe de l’engagement social, de la paix, voire du progrès. Concordance des temps à peine troublée par l’annonce du classement sans suite de l’enquête ouverte contre le Primat des Gaules soupçonné de non dénonciation de prêtres coupables de pédophilie. De quoi interpeller une société et une République laïques qui ne savent plus trop quoi penser de tant de sollicitude de la part des cultes.
Oui, la lutte contre le terrorisme islamiste est l’une des causes justes les plus urgentes de l’humanité aujourd’hui. À ce titre tous les renforts sont les bienvenus. Cela se joue en effet autant sur le plan militaire que sur celui de la bataille idéologique et culturelle. On se félicitera ainsi des premiers bombardements américains en Libye, précisément contre les positions de EI-Daesh à Syrte. Cela devrait entraîner une clarification nécessaire de l’engagement français dans ce pays, officieux jusqu’alors, avec un débat au Parlement. Sur le plan idéologique, la clarté s’impose dans la perspective de long terme d’une construction de sociétés démocratiques et donc laïques au lendemain de la victoire sur les Barbares et de la libération des populations sous leur joug. C’est à ce niveau d’abord que l’offensive des religieux n’est guère rassurante parce qu’elle repose sur un tout autre projet, celui de sociétés et d’États théocratiques où « le trône et l’autel » sont inextricablement liés, voire ne font qu’un, de l’Arabie saoudite au Maroc.
Oui, l’exercice des cultes doit être garanti dans une société démocratique en lui conservant un caractère communautaire et privé et sans que ceux-ci n’envahissent l’espace public. En déclarant que l’assassinat d’un prêtre « profanait la République », François Hollande s’est trompé de registre. Toutes les victimes, les unes seraient-elles plus symboliques que d’autres, méritent une égale compassion humaine. En revanche, il n’est pas acceptable que « l’Église de France » profite de la commémoration parisienne et nationale à Notre-Dame de Paris pour régler ses comptes sur la question du mariage pour tous. C’est un détournement de l’esprit de ces hommages que l’exécutif n’aurait jamais dû tolérer. S’en est suivie une sorte d’offre public d’achat (OPA) sur le pays de la part des religieux, avant tout catholiques et musulmans, dans de nombreuses villes et jusqu’au sommet de l’État où d’aucuns, faute d’autres perspectives, espèrent rebondir à cette occasion dans l’opinion.
Oui, les religions ne peuvent pas faire comme si elles étaient étrangères aux maux que l’humanité subit et combat. Il en va ainsi de la responsabilité de l’Église catholique dans les actes de pédophilie innombrables commis par ses prêtres et prélats un peu partout dans le monde. Certes, le Pape a demandé « pardon » pour le passé mais, contraint ou non par la Curie romaine, il s’est solidarisé avec le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, qui a couvert les crimes de ses subordonnés, même si certains n’étaient plus susceptibles de poursuites en justice. Certes, la retenue de François sur le site d’Auschwitz-Birkenau tranche heureusement avec la tentative de récupération mémorielle de son prédécesseur polonais au même endroit où il avait célébré une messe à la lisière du camp. Certes, son discours en faveur des migrants réfugiés est plus audible que celui de l’Église des puissants. Mais le projet du pape jésuite est conforme à celui de son ordre tel qu’il s’est manifesté plusieurs siècles durant en Amérique latine à la « conquête spirituelle » de l’espace public par l’action sociale en général et l’éducation en particulier.
Oui, il n’en va pas différemment du culte musulman qui, s’il a condamné clairement les attentats terroristes, ne peut prétendre s’exonérer de ses responsabilités dans le développement des Fous d’Allah. Les dizaines d’imams expulsés, les quelque vingt mosquées fermées et la grosse centaine de lieux de culte placés sous haute surveillance en témoignent. Deuxième religion en France, il lui revient de s’organiser en conséquence mais ni avec les deniers de l’État, ni à la faveur d’une complaisance pour ses courants les plus réactionnaires dont l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Le gouvernement semble pourtant tomber dans le panneau en prétendant jouer un rôle de conseil et d’organisation qui n’est pas le sien, ni au plan du financement, ni à plus forte raison à celui de l’évolution du dogme. Ce n’est pas un échange donnant donnant mais un marché de dupes. Ce d’autant qu’au plan de la lutte contre les discriminations à l’encontre des Musulmans et qui relèvent des pouvoirs publics, on ne se presse pas dans les allées du pouvoir pour réagir au discours de haine de Nadine Morano. Ses propos tombent sous le coup de la loi, elle doit en effet être poursuivie.
Non, l’on ne résoudra pas les problèmes de ce pays en laissant les religieux de différentes obédiences, quelles qu’elles soient, s’incruster dans l’espace public et y jouer le rôle d’acteurs et à plus forte raison de décideurs. Ce serait tourner le dos en pratique aux principes laïques et potentiellement à la paix civile que de céder à ce front d’opportunité des cultes. Des mesures simples telles que le partage des lieux de culte, la fréquentation actuelle des églises le permettant, sont évidemment envisageables. Le financement par le recours à la taxation d’un secteur économique – la production Hallal – est en revanche une idée saugrenue qui aurait toutes les chances d’être retoquée par Bruxelles. Quant à la formation des imams, l’on ne voit pas ce que l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur viendraient faire dans cette galère, même si l’encadrement assuré pour l’essentiel par le Maroc et qui explique bien des choses constitue évidemment un problème. Le gouvernement se doit simplement de hausser le ton dans ses relations bilatérales avec le royaume chérifien.
Il reste que tout cela fait figure de rideau de fumée par rapport à une situation qui se détériore toujours sur le plan économique et social. La préparation du budget 2017 le prouvera au-delà du prélèvement de l’impôt en temps réel et à la source évidemment souhaitable. La contraction des ventes d’automobiles – 9,6 % – en juillet sur fond de croissance nulle, l’aventure très risquée d’EDF dans la construction de deux EPR en Grande-Bretagne, le fait que 11 % des Français – 7,4 millions – soient abonnés aux minima sociaux, 80 % d’entre eux y demeurant d’une année sur l’autre et le maintien du chômage de masse à un niveau très élevé confirment s’il en était besoin que le pouvoir ferait mieux de s’occuper des urgences du pays bien plutôt que de s’aventurer sur le terrain miné de la tentation religieuse inspirée par des fins électoralistes. Que chacun assume ses responsabilités et tous ne s’en porteront que mieux.
(RE)LIRE ÉGALEMENT
Oui, la lutte contre le terrorisme islamiste est l’une des causes justes les plus urgentes de l’humanité aujourd’hui. À ce titre tous les renforts sont les bienvenus. Cela se joue en effet autant sur le plan militaire que sur celui de la bataille idéologique et culturelle. On se félicitera ainsi des premiers bombardements américains en Libye, précisément contre les positions de EI-Daesh à Syrte. Cela devrait entraîner une clarification nécessaire de l’engagement français dans ce pays, officieux jusqu’alors, avec un débat au Parlement. Sur le plan idéologique, la clarté s’impose dans la perspective de long terme d’une construction de sociétés démocratiques et donc laïques au lendemain de la victoire sur les Barbares et de la libération des populations sous leur joug. C’est à ce niveau d’abord que l’offensive des religieux n’est guère rassurante parce qu’elle repose sur un tout autre projet, celui de sociétés et d’États théocratiques où « le trône et l’autel » sont inextricablement liés, voire ne font qu’un, de l’Arabie saoudite au Maroc.
Oui, l’exercice des cultes doit être garanti dans une société démocratique en lui conservant un caractère communautaire et privé et sans que ceux-ci n’envahissent l’espace public. En déclarant que l’assassinat d’un prêtre « profanait la République », François Hollande s’est trompé de registre. Toutes les victimes, les unes seraient-elles plus symboliques que d’autres, méritent une égale compassion humaine. En revanche, il n’est pas acceptable que « l’Église de France » profite de la commémoration parisienne et nationale à Notre-Dame de Paris pour régler ses comptes sur la question du mariage pour tous. C’est un détournement de l’esprit de ces hommages que l’exécutif n’aurait jamais dû tolérer. S’en est suivie une sorte d’offre public d’achat (OPA) sur le pays de la part des religieux, avant tout catholiques et musulmans, dans de nombreuses villes et jusqu’au sommet de l’État où d’aucuns, faute d’autres perspectives, espèrent rebondir à cette occasion dans l’opinion.
Oui, les religions ne peuvent pas faire comme si elles étaient étrangères aux maux que l’humanité subit et combat. Il en va ainsi de la responsabilité de l’Église catholique dans les actes de pédophilie innombrables commis par ses prêtres et prélats un peu partout dans le monde. Certes, le Pape a demandé « pardon » pour le passé mais, contraint ou non par la Curie romaine, il s’est solidarisé avec le cardinal archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, qui a couvert les crimes de ses subordonnés, même si certains n’étaient plus susceptibles de poursuites en justice. Certes, la retenue de François sur le site d’Auschwitz-Birkenau tranche heureusement avec la tentative de récupération mémorielle de son prédécesseur polonais au même endroit où il avait célébré une messe à la lisière du camp. Certes, son discours en faveur des migrants réfugiés est plus audible que celui de l’Église des puissants. Mais le projet du pape jésuite est conforme à celui de son ordre tel qu’il s’est manifesté plusieurs siècles durant en Amérique latine à la « conquête spirituelle » de l’espace public par l’action sociale en général et l’éducation en particulier.
Oui, il n’en va pas différemment du culte musulman qui, s’il a condamné clairement les attentats terroristes, ne peut prétendre s’exonérer de ses responsabilités dans le développement des Fous d’Allah. Les dizaines d’imams expulsés, les quelque vingt mosquées fermées et la grosse centaine de lieux de culte placés sous haute surveillance en témoignent. Deuxième religion en France, il lui revient de s’organiser en conséquence mais ni avec les deniers de l’État, ni à la faveur d’une complaisance pour ses courants les plus réactionnaires dont l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Le gouvernement semble pourtant tomber dans le panneau en prétendant jouer un rôle de conseil et d’organisation qui n’est pas le sien, ni au plan du financement, ni à plus forte raison à celui de l’évolution du dogme. Ce n’est pas un échange donnant donnant mais un marché de dupes. Ce d’autant qu’au plan de la lutte contre les discriminations à l’encontre des Musulmans et qui relèvent des pouvoirs publics, on ne se presse pas dans les allées du pouvoir pour réagir au discours de haine de Nadine Morano. Ses propos tombent sous le coup de la loi, elle doit en effet être poursuivie.
Non, l’on ne résoudra pas les problèmes de ce pays en laissant les religieux de différentes obédiences, quelles qu’elles soient, s’incruster dans l’espace public et y jouer le rôle d’acteurs et à plus forte raison de décideurs. Ce serait tourner le dos en pratique aux principes laïques et potentiellement à la paix civile que de céder à ce front d’opportunité des cultes. Des mesures simples telles que le partage des lieux de culte, la fréquentation actuelle des églises le permettant, sont évidemment envisageables. Le financement par le recours à la taxation d’un secteur économique – la production Hallal – est en revanche une idée saugrenue qui aurait toutes les chances d’être retoquée par Bruxelles. Quant à la formation des imams, l’on ne voit pas ce que l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur viendraient faire dans cette galère, même si l’encadrement assuré pour l’essentiel par le Maroc et qui explique bien des choses constitue évidemment un problème. Le gouvernement se doit simplement de hausser le ton dans ses relations bilatérales avec le royaume chérifien.
Il reste que tout cela fait figure de rideau de fumée par rapport à une situation qui se détériore toujours sur le plan économique et social. La préparation du budget 2017 le prouvera au-delà du prélèvement de l’impôt en temps réel et à la source évidemment souhaitable. La contraction des ventes d’automobiles – 9,6 % – en juillet sur fond de croissance nulle, l’aventure très risquée d’EDF dans la construction de deux EPR en Grande-Bretagne, le fait que 11 % des Français – 7,4 millions – soient abonnés aux minima sociaux, 80 % d’entre eux y demeurant d’une année sur l’autre et le maintien du chômage de masse à un niveau très élevé confirment s’il en était besoin que le pouvoir ferait mieux de s’occuper des urgences du pays bien plutôt que de s’aventurer sur le terrain miné de la tentation religieuse inspirée par des fins électoralistes. Que chacun assume ses responsabilités et tous ne s’en porteront que mieux.
(RE)LIRE ÉGALEMENT

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire