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| Merkel, Hollande et Renzi à Ventotene, le 22 août (photo © AFP). |
Il est heureux sans doute qu’en pleine crise européenne, Hollande, Merkel et Renzi aient rendu hommage à la mémoire d’Altiero Spinelli sur cette petite île de Ventotene où Mussolini l’avait déporté comme quelques milliers d’autres antifascistes de 1941 à 1943, après l’avoir fait emprisonner dès 1927. Spinelli, alors militant communiste, n’avait pas renié à la différence de tant d’autres la perspective libératrice d’une Europe fédérale, celle des États-Unis – socialistes ou non – d’Europe qu’avait portée la gauche internationaliste refusant « la boucherie impérialiste de 14-18 », celle de Rosa Luxemburg et Léon Trotsky notamment. Spinelli rédigea clandestinement à Ventotene le Manifeste pour une Europe libre et unie. Mais, au-delà du symbole, les trois membres de ce qui se veut sans le dire, le « directoire » d’une Europe en panne de projets et de perspectives n’ont guère clarifié la situation. Il est vrai qu’ils sont tous trois affaiblis et soumis à des échéances électorales incertaines. Pour autant, il était possible d’aller beaucoup plus loin à la condition de ne pas se tromper de registre.
Des trois, c’est Hollande encore une fois qui s’est manifestement pris les pieds dans le tapis d’une impossible synthèse entre les aspirations européennes et celles, contradictoires, relevant de la nostalgie identitaire nationale. « Le risque majeur, ça vaut pour l’Europe comme pour les nations, c’est la dislocation, la fragmentation, l’égoïsme, le repli », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse finale. Contresens évident car si l’Union doit, et c’est impératif, se construire comme une Fédération des États-Unis d’Europe ce sera bien sûr au détriment de ses entités nationales qui sont, elles, appelées à perdre non seulement ce qui leur reste de compétences directes non encadrées mais aussi leur fonction « identitaire » dès lors qu’une citoyenneté européenne se substituerait aux anciennes normes locales. La jeunesse et les couches sociales éduquées y aspirent quand les plus mal lotis socialement et les plus anciens s’en inquiètent.
Il ne suffira pas en effet, pour dépasser ce qui n’est déjà plus sans hypothéquer ce qui n’est pas encore, de quelques projets de coopération communs à plusieurs États nationaux. Il en va ainsi de la protection des frontières extérieures de l’Union qui n’est pas qu’une simple question technique – formation d’un corps unifié de gardes frontières. Dans la logique de Schengen et en dépit des faiblesses qui caractérisent ce plan de libre circulation des Européens dans toute l’Union, beaucoup reste à faire pour que les droits qui s’y rattachent s’appliquent à tous sans discrimination. D’autant que pour « aider » Cameron, la liberté de circulation et ses droits en particulier sociaux ont subi les coups de canif de la Commission et du Conseil. Sur la défense, c’est la même chose, les forces militaires européennes ne s’intégreront avec de substantielles économies d’échelle qu’à la condition que les perspectives d’engagement sous contrôle démocratique soient claires, ce qui est très loin d’être le cas en général, dans la longue lutte contre le terrorisme en particulier.
La Jeunesse – 90 millions d’Européens de moins de 29 ans –, troisième priorité déclinée par Hollande, connaît des difficultés d’insertion dans la vie active sur un marché du travail où elle est le plus souvent discriminée et où on ne lui propose rien d’autre qu’une « précarisation » sous la forme du chômage ou du travail à temps partiel avec des contrats de courte durée. C’est bien l’ensemble de la politique économique suivie depuis 2012 qui est en cause. Les faits et chiffres accablent le sortant, ses deux premiers ministres et ceux qui les ont suivis. Les dispositifs de distribution massive de l’argent public aux entreprises sans la moindre contrepartie se traduisent au second trimestre par un record du montant des dividendes versés aux actionnaires – 40 milliards de dollars, plus de 10 % de progression. Seuls les Pays-Bas et la Corée du Sud font pire au plan mondial. Un système de vases communicants par lequel Hollande, Valls et leurs soutiens nous ont spoliés au profit de la bourse et de la finance. De même, les aides à l’embauche ont significativement poussé à l’effet d’aubaine et réduit davantage encore la durée des contrats de travail.
Un zéro pointé parfaitement prévisible qui incombe aussi à ceux qui prétendent parfois incarner une alternative, tel Arnaud Montebourg, au comble de la confusion sur les perspectives européennes en particulier quand il prétend faire du « gaullisme social » à la grand-papa se trompant d’époque et d’histoire, « en préférant payer les amendes » de la Commission comme il le dit. Non, pareille inconséquence de celui qui ne s’est jamais départi de la folle politique de l’offre voulue par Macron, Valls et Hollande à l’époque où il était à Bercy ne saurait incarner une alternative de gauche. Il n’en va pas différemment de Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement qui prend plus honnêtement sa part de responsabilité sans toutefois revenir sur ses très lourdes erreurs dans son champ de compétence, au-delà de l’encadrement des loyers, quand elle n’a pas su stimuler la production de logements, parce que là encore la politique de l’offre était la référence obligée avec un gigantesque échec à la clé.
Et puis et peut-être surtout pour redonner aux Européens l’envie d’y croire, de se battre pour une perspective fédérale, encore faudrait-il s’attaquer au problème premier qui fait de l’ensemble communautaire une machine technique sans fondement démocratique. Tous ceux qui veulent la dislocation de l’Union, populistes, droites nationales ultraconservatrices, fascistes jouent de l’argument en tentant de dissimuler les atteintes aux libertés dont ils font ou feraient leur miel s’ils devaient gouverner, ici ou là. C’est aussi vrai du Sarkozy « nouveau » que d’Orban ou de Le Pen. Une Europe fédérale n’est guère concevable sans un ressourcement profond de ses modes de fonctionnement, de ses règles communes, d’une Constitution qui ne serait plus abaissée à un traité illisible et organisant de fait un rapt sur les procédures démocratiques les plus élémentaires. Pour cela, un processus constituant est indispensable. Personne parmi les gouvernements en place ne l’évoque pas plus hier à Ventotene que demain à Bratislava. C’est pourtant la clé pour redonner à tous l’envie et la fierté de construire une Europe solidaire et démocratique.
L’enjeu est important pour l’homme ou la femme malade de la planète, du moins dans ses zones de développement les plus riches, car après le « Brexit » d’autres ruptures, d’autres sécessions pourraient lui être fatales. Mais il l’est tout autant pour tous les autres peuples tant la voix de l’Europe peut être facteur de stabilité pour conjurer de nouvelles catastrophes. C’est vrai pour ce qui concerne le climat, la transition énergétique et la prévention d’une nouvelle dégradation des conditions de vie de l’humanité. C’est vrai encore lorsqu’il s’agit de faire entendre raison ou de contraindre des gouvernants irresponsables tels Erdogan en Turquie ou Rodrigo Duterte aux Philippines qui menace de quitter l’Onu pour poursuivre à sa guise une guerre meurtrière au prétexte de lutte contre la drogue. Une voix qui sera d’autant plus forte et porteuse que l’Europe sera intégrée et respectueuse elle-même de la démocratie, « la forme d’une société dans laquelle le pluralisme politique, éthique et religieux est la substance de la liberté de tous et chacun », selon Spinelli. Le vrai sens à donner à l’escale de Ventotene aurait dû être celui-là, celui de l’avenir, celui des États-Unis d’Europe.
Des trois, c’est Hollande encore une fois qui s’est manifestement pris les pieds dans le tapis d’une impossible synthèse entre les aspirations européennes et celles, contradictoires, relevant de la nostalgie identitaire nationale. « Le risque majeur, ça vaut pour l’Europe comme pour les nations, c’est la dislocation, la fragmentation, l’égoïsme, le repli », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse finale. Contresens évident car si l’Union doit, et c’est impératif, se construire comme une Fédération des États-Unis d’Europe ce sera bien sûr au détriment de ses entités nationales qui sont, elles, appelées à perdre non seulement ce qui leur reste de compétences directes non encadrées mais aussi leur fonction « identitaire » dès lors qu’une citoyenneté européenne se substituerait aux anciennes normes locales. La jeunesse et les couches sociales éduquées y aspirent quand les plus mal lotis socialement et les plus anciens s’en inquiètent.
Il ne suffira pas en effet, pour dépasser ce qui n’est déjà plus sans hypothéquer ce qui n’est pas encore, de quelques projets de coopération communs à plusieurs États nationaux. Il en va ainsi de la protection des frontières extérieures de l’Union qui n’est pas qu’une simple question technique – formation d’un corps unifié de gardes frontières. Dans la logique de Schengen et en dépit des faiblesses qui caractérisent ce plan de libre circulation des Européens dans toute l’Union, beaucoup reste à faire pour que les droits qui s’y rattachent s’appliquent à tous sans discrimination. D’autant que pour « aider » Cameron, la liberté de circulation et ses droits en particulier sociaux ont subi les coups de canif de la Commission et du Conseil. Sur la défense, c’est la même chose, les forces militaires européennes ne s’intégreront avec de substantielles économies d’échelle qu’à la condition que les perspectives d’engagement sous contrôle démocratique soient claires, ce qui est très loin d’être le cas en général, dans la longue lutte contre le terrorisme en particulier.
La Jeunesse – 90 millions d’Européens de moins de 29 ans –, troisième priorité déclinée par Hollande, connaît des difficultés d’insertion dans la vie active sur un marché du travail où elle est le plus souvent discriminée et où on ne lui propose rien d’autre qu’une « précarisation » sous la forme du chômage ou du travail à temps partiel avec des contrats de courte durée. C’est bien l’ensemble de la politique économique suivie depuis 2012 qui est en cause. Les faits et chiffres accablent le sortant, ses deux premiers ministres et ceux qui les ont suivis. Les dispositifs de distribution massive de l’argent public aux entreprises sans la moindre contrepartie se traduisent au second trimestre par un record du montant des dividendes versés aux actionnaires – 40 milliards de dollars, plus de 10 % de progression. Seuls les Pays-Bas et la Corée du Sud font pire au plan mondial. Un système de vases communicants par lequel Hollande, Valls et leurs soutiens nous ont spoliés au profit de la bourse et de la finance. De même, les aides à l’embauche ont significativement poussé à l’effet d’aubaine et réduit davantage encore la durée des contrats de travail.
Un zéro pointé parfaitement prévisible qui incombe aussi à ceux qui prétendent parfois incarner une alternative, tel Arnaud Montebourg, au comble de la confusion sur les perspectives européennes en particulier quand il prétend faire du « gaullisme social » à la grand-papa se trompant d’époque et d’histoire, « en préférant payer les amendes » de la Commission comme il le dit. Non, pareille inconséquence de celui qui ne s’est jamais départi de la folle politique de l’offre voulue par Macron, Valls et Hollande à l’époque où il était à Bercy ne saurait incarner une alternative de gauche. Il n’en va pas différemment de Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement qui prend plus honnêtement sa part de responsabilité sans toutefois revenir sur ses très lourdes erreurs dans son champ de compétence, au-delà de l’encadrement des loyers, quand elle n’a pas su stimuler la production de logements, parce que là encore la politique de l’offre était la référence obligée avec un gigantesque échec à la clé.
Et puis et peut-être surtout pour redonner aux Européens l’envie d’y croire, de se battre pour une perspective fédérale, encore faudrait-il s’attaquer au problème premier qui fait de l’ensemble communautaire une machine technique sans fondement démocratique. Tous ceux qui veulent la dislocation de l’Union, populistes, droites nationales ultraconservatrices, fascistes jouent de l’argument en tentant de dissimuler les atteintes aux libertés dont ils font ou feraient leur miel s’ils devaient gouverner, ici ou là. C’est aussi vrai du Sarkozy « nouveau » que d’Orban ou de Le Pen. Une Europe fédérale n’est guère concevable sans un ressourcement profond de ses modes de fonctionnement, de ses règles communes, d’une Constitution qui ne serait plus abaissée à un traité illisible et organisant de fait un rapt sur les procédures démocratiques les plus élémentaires. Pour cela, un processus constituant est indispensable. Personne parmi les gouvernements en place ne l’évoque pas plus hier à Ventotene que demain à Bratislava. C’est pourtant la clé pour redonner à tous l’envie et la fierté de construire une Europe solidaire et démocratique.
L’enjeu est important pour l’homme ou la femme malade de la planète, du moins dans ses zones de développement les plus riches, car après le « Brexit » d’autres ruptures, d’autres sécessions pourraient lui être fatales. Mais il l’est tout autant pour tous les autres peuples tant la voix de l’Europe peut être facteur de stabilité pour conjurer de nouvelles catastrophes. C’est vrai pour ce qui concerne le climat, la transition énergétique et la prévention d’une nouvelle dégradation des conditions de vie de l’humanité. C’est vrai encore lorsqu’il s’agit de faire entendre raison ou de contraindre des gouvernants irresponsables tels Erdogan en Turquie ou Rodrigo Duterte aux Philippines qui menace de quitter l’Onu pour poursuivre à sa guise une guerre meurtrière au prétexte de lutte contre la drogue. Une voix qui sera d’autant plus forte et porteuse que l’Europe sera intégrée et respectueuse elle-même de la démocratie, « la forme d’une société dans laquelle le pluralisme politique, éthique et religieux est la substance de la liberté de tous et chacun », selon Spinelli. Le vrai sens à donner à l’escale de Ventotene aurait dû être celui-là, celui de l’avenir, celui des États-Unis d’Europe.
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