vendredi 29 juillet 2016

La « stagnation »… et les confusions


Le mot fut utilisé, il y a quelques décennies, pour qualifier le pouvoir de Brejnev, un des derniers tsars de l’ère « soviétique ». Ce mot, chargé de toutes les lourdeurs bureaucratiques, va désormais comme un gant à François Hollande dont le quinquennat s’achève dans les blocages en tout genre. Blocage social, on ne le répètera jamais assez, qui a vu un exécutif issu de la gauche tenir pour quantité négligeable l’opposition très majoritaire des syndicats de salariés et de l’opinion à sa loi Travail qu’il a imposée sans la moindre considération pour les exigences démocratiques. Blocage démocratique qui veut que le 49.3 qui exclut le Parlement des débats et des décisions ait été utilisé trois fois sur un seul texte de loi. Blocage économique enfin que les chiffres de la croissance au second trimestre mettent en lumière. Croissance globalement nulle alors que l’on attendait 0,3 % dans les allées du pouvoir, après un premier trimestre revu à 0,7 % contre 0,6 et dont on nous avait dit qu’il inaugurait une nouvelle phase, une nouvelle époque… Les propagandistes du pouvoir Hollandais se sont une nouvelle fois trompés et se ridiculisent. D’autant que cette stagnation globale résulte de plus mauvais chiffres encore qui questionnent la politique suivie par Bercy et l’Élysée. Ainsi la consommation des ménages stagne et les investissements reculent très nettement de 0,7 % à raison de 0,4 % pour le secteur privé et de 1,7 % pour les administrations publiques. L’État applique une politique aux antipodes de celle préconisée par le FMI et les autres organisations internationales qui appellent à l’investissement public dans les infrastructures. Résultat, il faudrait un « miracle » pour que la situation s’améliore sur le front de l’emploi et de l’inversion escomptée de la courbe du chômage. Les mauvais chiffres des deux derniers mois confirment la stagnation en dépit des efforts soutenus pour faire sortir des statistiques des chômeurs intégrant des dispositifs de formation.  Bref, Hollande et Valls ont un bilan globalement négatif. Ils s’obstinent à aggraver la situation en refusant tout changement de cap. Que les ténors de la droite, occupés à se tailler des croupières en famille en vue de la primaire, soient dépourvus de toute crédibilité en matière économique - ils proposent de faire pire que Hollande en réduisant la dépense publique - ne change rien à l’affaire. Le pays prend l’eau parce qu’il s’enfonce dans une logique frileuse où ni les revenus des ménages ni l’investissement ne sont au cœur de la politique mise en œuvre. C’est d’autant plus clair que les dispositifs du pouvoir comme le CICE sont désormais arrivés à maturité et que s’ils avaient dû donner quelque chose, ils l’auraient déjà fait. Il faudrait donc une mauvaise foi sans borne pour affirmer que « ça va mieux ! ». Non, on s’enferme dans la stagnation, non pas parce que ce serait une fatalité mais parce que la politique suivie à contresens de la raison économique plombe durablement les perspectives de redressement.

Mais, il est vrai que cette réalité est quelque peu occultée par les derniers crimes de l’EI-Daesh en France et en Allemagne. Répétons-le mille fois s’il le faut, la « guerre contre la barbarie » est une guerre « juste ». Les prises de position du Pape François et d’Angela Merkel dans ce sens sont utiles pour dissiper les confusions. Mais une guerre juste ne se gagne pas au mépris des libertés publiques et démocratiques, en cantonnant la Justice. Honte à ceux qui jouent ou surjouent la transgression pour de tout petits calculs électoraux. Ils servent l’ennemi. Ils sont à droite ou à l’extrême-droite dans leur très grande majorité mais certains socialistes se laissent aller et Solférino n’y trouve pour l’instant rien à redire. Ainsi la sénatrice marseillaise Samia Ghali assène que « face à des gens qui sont prêts à tout, il faut être prêt à tout ». Justement non, notre humanité ne s’accordera jamais à cette loi du talion qui n’a produit dans l’histoire que des catastrophes. La fin ne justifie pas tous les moyens. Cela sans le moindre angélisme ni une coupable indulgence. Le débat sur le placement en détention de ceux qui sont allés soutenir l’EI-Daesh et participer à ses crimes doit ainsi être clarifié. Les enfants - âgés de moins de 18 ans révolus selon les normes onusiennes - doivent être placés dans des centres éducatifs, seraient-ils fermés, afin de les protéger. Il en va différemment des adultes coupables de crimes de sang ou de leur préparation. Personne ne va en Syrie ou en Irak pour y faire du tourisme ou y mener une action humanitaire. Leur enfermement n’est pas choquant à la double condition que ce soit la Justice qui en décide et que le respect des droits des prisonniers soit toujours assuré à la différence de ce qui se passait au centre de torture de Guantanamo. Ensuite les mots comptent parce qu’ils sont vecteurs de messages et d’action. Il n’était certainement pas opportun de mélanger les genres en mémoire du prêtre assassiné, lors d’une cérémonie où l’un des plus droitiers des chefs catholiques a pu se permettre une attaque en règle contre les lois de la République - « légalisation des déviances » - et la communauté LGTB.  En gardant le silence pendant et après la cérémonie, l’exécutif l’a cautionné « bêtement ». Il n’en va pas différemment avec ce que d’aucuns nomment « la modernisation de l’Islam ». Les pouvoirs publics en la matière n’ont pas à intervenir sur le dogme, plus ou moins « rigoriste », plus ou moins « littéraliste ». Ce n’est ni dans leur compétence, ni dans leur rôle. En revanche, ils se doivent de rappeler que pour être reconnu comme un culte s’exerçant librement sur le territoire, il convient de bannir tout discours de haine qui tombe d’ailleurs sous le coup de la loi. Pour le reste, pour tout le reste, il n’existe qu’une seule catégorie de femmes, d’hommes et d’enfants dans ce pays et en Europe, des citoyens auxquels sont dus un égal respect et une même considération.

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