mardi 26 juillet 2016

Parti pris du 26 juillet 2016

Bernie Sanders soutient Hillary Clinton, Photo © Harnik/AP/SIPA

Multiplication des attaques islamistes. En Allemagne cette semaine alors que le pays avait été relativement épargné jusqu’alors. Toute l’Europe est visée et ceux qui n’ont pas encore eu à souffrir de ces meurtres insensés doivent comprendre qu’ils ne seront jamais plus à l’abri tant que la bête immonde n’aura pas été liquidée dans ses bastions territoriaux en Irak et en Syrie et au travers des cellules de tueurs pathologiques qu’elle suscite ailleurs. Les opinions publiques nationales ne sont pas forcément sur la même longueur d’onde que les gouvernements avec des différences très marquées d’un pays à l’autre. L’opinion allemande, viscéralement pacifiste parce que marquée par l’histoire et un militarisme qui lui a tant coûté comme à toute l’humanité, n’est pas prête à l’envoi de troupes combattantes sur les théâtres d’opérations les plus chauds. Là gît pourtant l’une des clés de l’engagement victorieux de l’Union dans cette guerre « juste ». La répartition fonctionnelle qui veut que Paris assume la part la plus risquée des interventions militaires européennes, la plupart des autres et Berlin en particulier se limitant à la logistique, n’est pas une solution de long terme. Il faut y remédier en intégrant aussi les moyens militaires qui le sont pour partie mais très insuffisamment comme les moyens du renseignement et ceux du maintien de l’ordre publique en cas d’attaque terroriste. L’intervention des unités spécialisées autrichiennes à Munich a montré que c’était possible et nécessaire à la seule condition qu’on le décide donnant à la dimension protectrice de l’Union un contenu pratique aux yeux des populations. Comme tout processus de coopération et à plus forte raison d’intégration, cela suppose les transferts de moyens indispensables pour que tous les États y soient associés dans la plus parfaite transparence et dans un cadre qui puisse être contrôlé démocratiquement. Que des résistances existent face à une telle perspective c’est indéniable mais ce n’est pas une raison pour y renoncer d’autant que c’est la seule manière de les lever positivement. 

Erdogan face à l’opposition démocratique. Le contrecoup d’État par lequel Erdogan et son parti l’AKP - Parti de la  Justice et du  Développement - entendaient museler pour longtemps toute opposition est déjà l’objet d’une sourde contestation. La manifestation massive de la place Taskim contre « diktat et dictature » montre que l’opposition n’est pas morte et que le pouvoir islamo-conservateur lui-même a conscience des limites qui lui sont imposées par le rapport des forces au point où l’AKP a fait mine de se rallier à cette manifestation pour en détourner l’objectif. En vain et c’est heureux. Mais dans ce bras de fer décisif, l’opinion européenne n’est pas encore au rendez-vous et c’est fâcheux car il est bien évident qu’elle offrirait une double garantie par rapport aux marges de manœuvre de l’apprenti dictateur d’Ankara comme par rapport à la complaisance dont pourraient faire preuve plusieurs gouvernements européens. Erdogan sait en effet comment apaiser « ses partenaires » tout en renvoyant dans les cordes ceux qui se montrent à ses yeux par trop exigeants. Il a ainsi renouvelé son offre de service pour que la Turquie reste ce sas par lequel les réfugiés doivent obligatoirement passer pour entrer dans l’UE. De quoi amener plusieurs gouvernements à mettre une sourdine à leur indignation démocratique. Il faut maintenir la pression en indiquant clairement que le partenariat dans la perspective d’une adhésion est un tout et qu’a minima il suppose le rétablissement sans délai des libertés publiques et démocratiques, la libération de la plupart des détenus, la liberté de circuler et de voyager et la réintégration dans leur fonction de ceux qui en ont été brutalement écartés sur de simples soupçons. Défendre les libertés en Turquie, c’est enfin le meilleur moyen d’envoyer un message sans ambiguïté aux États du partenariat oriental et à leur opinion. L’Europe ne se conçoit pas sans la démocratie et le respect des libertés démocratiques.

Bernie Sanders a fait le bon choix. Devrait-il « décevoir » une partie de ses soutiens, Bernie Sanders se grandit en s’engageant totalement dans la campagne d’Hillary Clinton en premier lieu bien sûr parce qu’il s’agit de battre Trump, qu’il décrit non sans raison comme « un abruti et un démagogue ». L’enjeu est trop important pour hésiter une seconde sur le choix. Ensuite parce qu’il n’a pas tort de dire qu’il a fait adopter par le parti démocrate américain « le programme le plus à gauche de toute son histoire ». C’est sans doute vrai même si cela ne garantit rien quant à la future présidence Clinton. Mais la gauche américaine « socialiste » ou « sociale-démocrate » était depuis longtemps aux abonnés absents. Avec la campagne des primaires - celle-ci ayant été « truquée » par la direction démocrate démissionnaire - la gauche US retrouve de nouveaux marqueurs sociaux dans la jeunesse en particulier. C’est une bonne nouvelle parce que cela dépasse le simple cadre de la lutte pour les droits démocratiques et civiques. L’articulation entre les deux termes d’une reconstruction des forces de gauche aux Etats-unis n’avait pas été aussi claire depuis des décennies. Encore, faut-il qu’elle soit nourrie de victoires partielles seules susceptibles de la crédibiliser à une échelle beaucoup plus large dans l’opinion et l’électorat. Ce n’est pas gagné mais c’est envisageable par exemple sur le salaire minimum et à la condition que la question raciale réactivée par les violences policières et les meurtres de policiers ne viennent pas tout emporter. Mais au moment où le Canada connaît avec le gouvernement libéral de Trudeau une rupture avec les vieilles pesanteurs conservatrices, l’horizon devrait pouvoir s’éclaircir à moyen terme dans toute l’Amérique du nord. C’est l’une des hypothèses, l’autre étant la régression, la « trumpisation » des esprits et une catastrophe sans précédent pour les grands équilibres géostratégiques.

Crise politique ouverte en France. Le troisième attentat de masse en dix-huit mois - sans compter le meurtre symbolique d’un prêtre catholique pendant un office religieux - a ouvert une crise politique majeure dans le pays. Les ingrédients n’en sont guère surprenants. La défiance de masse envers le pouvoir - deux-tiers de l’opinion ne lui font pas confiance - comme envers l’opposition de droite classique est une réalité. Une majorité de Français - 54 %, davantage chez les jeunes - doute des mesures adoptées et en particulier de l’efficience de l’état d’urgence. La polémique strictement politicienne engagée par Estrosi et ses obligés contre Cazeneuve donne à la crise une dimension de règlements de compte particulièrement malsaine, y aurait-il eu un « mensonge d’Etat » sur le dispositif policier mis en place à Nice le soir de la tuerie sur la Promenade des Anglais. Mais ce n’est pas tout car l’exécutif comme la droite a déjà la tête dans l’échéance de l’élection présidentielle d’avril 2017. Résultat, l’exécutif qui a imposé sans le moindre débat au Parlement la loi El Khomri se lance désespérément dans une logique clientéliste vouée à l’échec. C’est ce qui prévaut avec l’augmentation de la consultation des médecins libéraux, de 23 à 25 euros sans réelles contreparties en matière d’amélioration de l’organisation des soins. Une enveloppe de 1,25 milliard pour la sécurité sociale, soit en moyenne 11 000 euros par an et par praticien - 115 000 sont concernés. Il n’en ira pas différemment avec « le geste fiscal » envisagé par Hollande pour 2017 qu’il concerne les classes moyennes ou les retraités. Cette politique qui perdure depuis 2012 là où auraient dû s’imposer des mesures générales, justes, simples et lisibles d’augmentation des revenus n’a rien donné de satisfaisant ni sur le plan économique ni sur le plan social. La droite est quant à elle engagée dans une course à l’austérité budgétaire en vérité toute théorique mais qui souligne son incapacité à proposer une alternance crédible, l’un des siens serait-il élu. L’extrême-droite attend son heure avec une page blanche programmatique dont on peut espérer qu’elle se retournera contre ses auteurs.


Au G 20, le FMI met les points sur les i. Lendemain de « Brexit » oblige, déjà traduit en forte contraction de l’activité outre-Manche, le G 20 se devait de faire au moins semblant de trouver quelques solutions pour éviter une rechute de la croissance à l’échelle mondiale. Contraint par rien d’autre que de sourdes inquiétudes partagées, il s’est pour l’essentiel contenté de la logorrhée habituelle. Pourtant le FMI avait mis les pieds dans le plan sous le signe des trois risques concomitants qui pèsent sur la planète, le Terrorisme, la Turquie et Trump. Diagnostic réaliste et d’engager le fer de manière précise « pour doper la demande à court terme » au chapitre des solutions. « L’Australie, le Canada, les Etats-unis et l’Allemagne en particulier » doivent « orienter leurs dépenses publiques vers les investissements dans les infrastructures », cela a le mérite de la clarté et va à l’encontre des poncifs européens notamment qui font que ceux qui en ont les moyens thésaurisent et ne font rien ni pour eux-mêmes ni pour aider les autres. L’alignement de Paris sur Berlin quant à la réponse à donner au « Brexit » le confirme. Laissons Theresa May prendre son temps et on avisera, sous-entendu c’est aux Britanniques d’adopter un plan de relance s’ils le peuvent. Absurde parce que ce n’est pas à l’échelle de la seule Grande-Bretagne que se feront et se font déjà sentir les conséquences de la sécession. L’Europe se met en stand by par la faute de quelques dirigeants usés jusqu’à la corde au moment de prendre la mesure des risques et d’agir pour les conjurer. Au-delà, le manque d’Europe politique intégrée pèse une nouvelle fois négativement sur le présent et l’avenir de quelque 450 millions d’Européens. Il n’y a pas d’autre solution efficace et crédible que d’avancer résolument vers une Europe réellement fédérale par le dépassement des États-Nations et de leur gouvernance étriquée pour se mouvoir enfin à la bonne échelle dans un monde en pleine mutation et qui traverse une phase particulièrement dangereuse.
  

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