vendredi 22 juillet 2016

L’exigence démocratique n’est pas négociable !


S’il fallait une piqûre de rappel pour dire combien l’étalon démocratique est la bonne mesure de l’évolution d’une société, elle nous serait fournie par les échos d’ici et d’ailleurs qui disent combien les menaces sont nombreuses et multiformes contre les libertés publiques. En Turquie d’abord où le « contre-coup d’Etat » des Islamistes de l’AKP se traduit par une chasse aux sorcières qui n’épargne aucun secteur de la société. Des dizaines de milliers de gens ont été arrêtés. La purge ne connait plus de limites et Erdogan décrète l’état d’urgence, précisant que son régime ne respectera plus « pour un temps » les conventions des droits de l’homme européennes. Intolérable sans aucun doute mais surtout test grandeur nature de la capacité de l’Union à défendre ces libertés publiques qu’elle dit chérir. Les condamnations la main sur le cœur, les mouvements de menton diplomatiques ne servent pas à grand chose si ce n’est à donner bonne conscience à ceux qui s’y livrent. Il faut leur préférer des sanctions économiques suffisamment fortes et rapides, touchant les principales entreprises turques et les cercles du pouvoir, si l’on veut être efficace et on se doit de l’être. Faute de quoi, l’on risquerait de dévaluer et pour longtemps l’attrait que suscite l’état de droit tel qu’il existe dans la plupart des Etats européens, en dépit des entorses parfois sévères que l’on constate de la Hongrie à la Pologne en passant par la Slovaquie.

En France, les libertés démocratiques ne sont pas menacées pareillement, c’est une évidence. Pour autant, les pratiques de la Présidence et du gouvernement ne concourent pas à leur renforcement. Quand Valls dégaine le 49.3 à tout bout de champ pour imposer à la majorité de ses concitoyens la loi Travail d’El Khomri qu’ils ne veulent pas, violant au passage les droits du Parlement. C’est tout aussi vrai quand un pouvoir issu de la gauche s’empare des fantasmes de l’extrême-droite avec un Président qui s’entête des mois durant pour imposer la déchéance de nationalité ou encore avec un ministre de la Défense qui ne trouve pas meilleur support que le magazine d’extrême-droite Valeurs actuelles pour y défendre son bilan. C’est encore vrai quand au comble de la déraison, le pouvoir prolonge une nouvelle fois, de six mois cette fois, un état d’urgence qui fait de l’exception la règle, bouscule les libertés et ne règle rien en matière de prévention de la menace terroriste. Il faudra sans doute y ajouter, si l’on en croit l’enquête argumentée de Libération, « un mensonge d’Etat » en ce qui concerne le dispositif de sécurité mis en place à Nice, le 14 juillet. Ce n’est pas différent quand il faut la mort de trois hommes des forces spéciales pour que le pouvoir reconnaisse intervenir en Libye - y « faire du renseignement dangereux » dit-il - sans jamais l’avoir assumé devant le Parlement. Que la droite la plus bête du monde - elle le prouve dans sa surenchère sécuritaire et suicidaire ! - et le parti des Le Pen soient pires que les dirigeants en place ne saurait conduire à une politique du moindre mal tout simplement parce qu’alors les libertés démocratiques n’auraient plus qu’une valeur toute relative. 

Aux États-unis, le spectacle pitoyable de la Convention républicaine qui vient d’investir Trump en dépit de la menace qu’il représente pour les libertés en dit long sur le recul déjà enregistré dans un large secteur de l’opinion américaine quant aux droits civiques et à l’égalité. Tous ne sont pas prêts, y compris chez les Républicains, à pareille régression historique mais le ver est dans le fruit et il révèle des fractures majeures dans la société américaine. Sans doute, la prétention à être « la meilleure démocratie du monde » en avait-elle pris un sérieux coup avec le déclin relatif de l’influence américaine dans le monde mais de là à investir un self-made man de l’immobilier pour l’incarner, il y a un monde que l’on croyait infranchissable. Il n’en était rien. Désormais, cela signifie que sur la scène internationale, dans l’hypothèse du pire, il faudrait compter avec un irresponsable capable de mettre le feu aux poudres sans crier gare et sans que ni lui ni les siens n’aient la moindre idée de comment éteindre ensuite l’incendie. L’élection de Trump, serait-elle encore improbable, rendrait ce monde beaucoup plus dangereux qu’il ne l’est. Voilà pourquoi, celles et ceux qui sont attachés aux libertés et aux valeurs démocratiques, aux Etats-unis mais également partout ailleurs, doivent s’attacher à préparer la défaite de Trump. Cela signifie entre autres contre-mesures qu’aucun Chef d’État ou de gouvernement européen ne doit le recevoir d’ici l’élection de novembre.

En Amérique latine et au Brésil plus précisément où se préparent les jeux olympiques, le constat des atteintes aux libertés n’est guère plus réjouissant. En premier lieu parce que le Président et le gouvernement qui vont les accueillir sont issus d’un « coup d’État institutionnel ». Ils n’ont jamais été élus aux fonctions qu’ils occupent après en avoir expulsé Dilma Rousseff
élue au suffrage universel. Ensuite, parce que le pays n’est ni prêt ni préparé au grand cirque aux anneaux. Il lui faut dans l’urgence assumer la dimension sécuritaire de l’évènement en plus de sa dimension économique. C’est lourd, trop lourd probablement, pour un pays en crise sociale, économique et politique. S’y ajoutent sans qu’il en soit comptable, les retombées de l’exclusion des athlètes russes, convaincus de dopage organisé par l’État poutinien. Ce ne sont pas les seuls évidemment tant le sport de haute compétition a fait siennes ces mœurs de tricheurs mais dans le contexte mondial, cela nous ramène peu ou prou à un climat de guerre froide où tout devient possible à la faveur d’un dérapage incontrôlé de l’un ou l’autre des acteurs de la politique mondiale.

Alors, oui, ne cédons pas à l’air du temps qui voudrait que l’on fasse des concessions coupables sur le dos des libertés publiques et des valeurs démocratiques pour des enjeux supposés les dépasser. Ce n’est jamais le cas. L’histoire nous l’a appris. Au moment où l’humanité fait face à une menace terroriste multiforme des fous d’Allah et de Baghdadi réunis contre les libertés publiques et les valeurs démocratiques qu’ils haïssent plus que tout, il serait de mauvaise politique de paraître reculer en admettant que l’on puisse les mettre entre parenthèses, ne serait-ce qu’à la marge, pour l’emporter. C’est bien évidemment le contraire qui est vrai. L’humanité ne vaincra durablement la barbarie islamiste qu’en défendant les libertés publiques, les valeurs démocratiques et de progrès, les droits humains. Reculer aussi peu que ce soit sur ce plan reviendrait à leur offrir une victoire partielle. Il ne saurait en être question, ni ici ni nulle part ailleurs, car de la volonté de résister sur nos bases dépend dans une large mesure la victoire finale et la reconstruction d’un monde meilleur parce que plus conforme aux idéaux universels et libérateurs de l’humanité.

  

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