mardi 19 juillet 2016

Parti pris du 19 juillet 2016

Nice, promenade des Anglais, le 18 juillet, Photo © AFP
En France, de l’attentat à la crise. La tuerie de Nice a provoqué un électrochoc dans l’opinion française. Sidération, incompréhension et colère se conjuguent dans de larges secteurs de l’opinion qui n’admettent pas que l’État soit impuissant à empêcher la répétition de tels drames. Le troisième attentat de masse, sans compter quelques autres moins meurtriers, met le pays en ébullition. Le fait que la France soit plus souvent atteinte - plus de 250 morts en 18 mois - que ses voisins ajoute encore à la confusion. L’absence de crédibilité du gouvernement pour assurer la tranquillité publique - 67 % des Français selon un sondage ne lui font pas confiance - en dit long sur le trouble profond qui s’est emparé de la population. À cela s’ajoute, le rôle peu reluisant d’une droite incapable de contrer le FN autrement que par une surenchère suicidaire pour elle et pour tous. Sarkozy comme Juppé et leurs concurrents de second ordre à la primaire de droite en ont rajouté au risque d’ouvrir une crise politique. Le Président et le gouvernement ont eux emprunté les chemins de traverse de l’unité nationale introuvable et des concessions sécuritaires malsaines parce qu’ils n’ont plus de majorité à gauche. La rupture avec la gauche après la séquence de la loi Travail d’ El Khomri est sans doute définitive. Ils s’apprêtent désormais à prolonger l’état d’urgence de trois, voire de six mois à la demande de la droite, après avoir dit qu’ils y mettraient un terme le 26 juillet. C’est inutile et dangereux pour les libertés publiques. Car la réalité est bien différente. Ce type d’attentat, comme d’ailleurs celui perpétré en Bavière par un mineur les deux étant revendiqués par l’EI-Daesh, est assez imparable et dire que l’on évitera demain ce que l’on n’a pas pu faire précédemment relève d’une gesticulation démagogique. Les clés de l’éradication de la menace islamiste résident en effet dans une intervention internationale au sol pour libérer les territoires sous le joug du califat de Al Baghdadi et dans une reconquête idéologique partout contre les dérives islamistes. Combat de longue haleine car rien ne sera envisageable sur le terrain avant l’entrée en fonction de la nouvelle administration américaine en janvier 2017. La bataille idéologique, pour être menée efficacement, suppose un réarmement qui articule tout autant le refus des dérives islamistes que celles du racisme et de la discrimination ordinaires. Or, là encore, l’on a trop longtemps toléré les propos et les actes racistes et xénophobes des uns, la complaisance envers « la religion des pauvres » des autres, pour y parvenir aisément. Le temps long s’impose d’autant que c’est à l’échelle globale, internationale, que l’affaire se jouera et non à celui de la Nation comme fait mine de le croire le gouvernement. Le combat unitaire pour les libertés publiques, la laïcité et l’égalité est le seul antidote au poison de la division et de la haine. 

Erdogan tourne le dos à l’Europe. La tentative de coup d’Etat d’une minorité de l’armée turque, au nom de ses nostalgies kémalistes, a fourni un prétexte au président, aspirant dictateur, islamo-conservateur d’Ankara pour « purger » le pays de tous ses opposants. Erdogan a déjà limogé près de 3 000 magistrats et fait arrêter près de 8 000 soldats et civils. Pire encore, les dirigeants de l’AKP, le parti présidentiel, se disent prêts à « entendre le peuple », autrement dit disposés à rétablir la peine de mort que revendique la base hystérique des petites mains du régime. Une orientation qui si elle devait être confirmée consisterait en un adieu à l’Europe avec laquelle la Turquie n’a jamais cessé d’entretenir une relation ambiguë depuis deux décennies. Le développement du pays et ses échanges sont pour une part appréciable dépendants de l’accès au marché européen. Les agences de notation ont d’ailleurs immédiatement réagi aux propos de l’AKP affirmant leur vigilance dans la perspective d’une baisse de la note du pays. Au plan politique, les couches moyennes supérieures, les « élites » urbaines , ont le regard tourné vers l’Europe. La perspective de voyager sans visa, non aboutie à ce jour, a constitué pour Erdogan une monnaie d’échange en direction de ce secteur de la population. Y renoncer affaiblirait à coup sûr son emprise sur la société. Erdogan devrait donc jouer avec le feu en évitant de se brûler comme il l’a souvent fait. Les mises en garde très fermes de Merkel, de Mogherini et d’Obama l’invitent à respecter les principes d’un État de droit alors que sa base est prête à tout, y compris à « égorger » ceux qu’elle soupçonne d’avoir eu de la sympathie pour le « coup ». Dans ces conditions, ce qui se trame aux frontières de l’Union européenne est particulièrement important non seulement pour la scène turque mais aussi pour l’ensemble de la région et pour l’Union elle-même. Il s’agit en effet de garder ouverte la perspective d’une adhésion de plein exercice à l’UE à la condition que la Turquie se conforme aux valeurs démocratiques, dans sa définition du « terrorisme » aujourd’hui très extensible, dans son respect des droits de toutes les minorités à commencer par ceux des Kurdes, dans son fonctionnement administratif et judiciaire afin de respecter les droits de l’homme. Cela fait beaucoup et l’on est loin du compte mais sans cela la perspective d’une adhésion serait réduite à une mascarade marchande. On peut cependant regretter le temps perdu du côté des Européens qui ont mis trop de temps à comprendre en quoi l’engagement dans l’Union était un facteur de progrès pour les Turcs et Turques et pour l’UE dans son ensemble car le pays a bien changé. L’échec du « coup » suffirait à le prouver tant cette ultime tentative désespérée est différente des précédents de 1960, 1971 1980 et 1997.

La « trumpisation » des Etats-Unis. Peu de monde - y compris une partie de notre rédaction - y croyait et pourtant Trump le milliardaire démagogue et provocateur sera le candidat des Républicains à l’élection américaine de novembre. Terrible symbole de la perte de repères qui sévit aux Etats-unis car cette fois, il ne s’agit plus comme avec le Tea Party d’un groupe de pression polluant la vie publique mais bien du candidat improbable et pourtant désigné de l’un des deux partis dominant la vie politique outre-Atlantique depuis des lustres. Son racisme mal dissimulé, ses outrances en tout genre, son simplisme de monsieur Tout-le-monde et son inexpérience notoire en font un danger pour tous, à Washington bien sûr mais aussi sur la scène internationale. À ce titre et parce que le système électoral américain est ainsi fait, il importe qu’Hilary Clinton, la candidate démocrate, l’emporte en novembre le plus largement possible. Preuve s’il en était besoin que l’élection d’Obama pour importante qu’elle fut symboliquement et ses deux mandats n’ont pas changé de fond en comble la société américaine. Celle-ci est en réalité plus fragmentée que jamais tant au plan social que territorial, voire racial. Les acquis d’une présidence Obama marquée par le souci des libertés publiques, de l’égalité entre les différentes communautés et un certain « pacifisme » sur la scène !internationale n’ont pas comblé les fossés civiques. La résurgence de la question raciale en témoigne. Trump est l’expression de cette régression démocratique. Il en est le porte-voix tout autant que l’inspirateur. Même s’il devait perdre et c’est souhaitable, le symptôme est suffisamment inquiétant pour que l’on s’en préoccupe. H. Clinton, candidate de ceux d’en-haut, n’’est sans doute pas la mieux armée pour le faire. Le ralliement de Sanders dont la campagne de gauche a gagné une influence certaine dans la jeunesse notamment devrait l’y aider à la condition que lui-même et d’autres de ses partisans soient parfaitement intégrés dans la future administration qui entrera en fonction au début de l’année prochaine. Et puis, il ne faut jamais l’oublier, le système présidentiel américain est contrebalancé par deux Chambres au puissant pouvoir « d’empêchement », largement équivalent au véto du Président. Comme ce fut souvent le cas lors d’un second mandat, cette logique de paralysie réciproque a pleinement joué les deux dernières années. Il reste qu’Obama laissera derrière lui une situation économique rétablie, avec un quasi plein emploi et une régulation des normes de marché bien plus exigeantes qu’en Europe par exemple.

Mohammed VI de retour à l’Union africaine. La chose aurait pu passer inaperçue tant une ambiance de crise ouverte a dominé ce vingt-septième sommet de l’UA. Au point, où les participants, incapables de se mettre d’accord pour l’élection d’un ou une Présidente de la Commission, n’ont eu d’autres recours que de la renvoyer à plus tard, courant janvier 2017, sous réserve qu’un compromis le permette. Non, l’évènement est venu du revirement, attendu depuis quelques mois, du Maroc de Mohammed VI qui réintègre l’organisation après l’avoir quittée 32 ans plus tôt. C’est l’émergence sur la scène africaine et mondiale de la question sahraouie qui l’avait conduit à cette décision. Depuis le Maroc a essuyé de nombreuses défaites diplomatiques sur ce plan tant en Afrique qu’à l’ONU. Le revirement d’aujourd’hui en prend acte même si la lettre du monarque chérifien à ses pairs tente de légitimer les revendications territoriales marocaines et de dissimuler son échec. Une victoire donc, au moins provisoire et partielle, pour ceux qui soutiennent la reconnaissance des droits démocratiques et nationaux des Sahraouis. Un progrès également sur ce continent en proie aux guerres et conflits territoriaux hérités de la colonisation et des premières décennies des indépendances. C’est aussi, même si Alger ne le revendique pas trop fort, un point marqué par l’Algérie dans la sourde lutte d’influence que se livrent les deux principaux États d’Afrique du nord. Au moment enfin où la menace islamiste est toujours plus pressante et dangereuse dans nombre de pays africains, on se félicitera d’un retour à des paramètres plus « classiques » et raisonnables sur le plan de la politique intérieure comme sur celui de la scène diplomatique.    
 

 

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