mercredi 13 juillet 2016

Parti pris du 13 juillet


Macron le 12 juillet à la Mutualité (photo © Marc Chaumeil/Libération).

Macron, l’enfant chéri du quinquennat. Tout lui fut longtemps permis par un Président qui en avait fait son principal conseiller économique et l’un des plus écoutés en bien d’autres domaines avant de lui offrir la consécration de Bercy. L’histrion et son mentor ont conjointement porté jusqu’à la caricature la politique de l’offre. L’échec cuisant en matière économique doit être ainsi inscrit au compte commun des deux hommes. Valls et Ayrault avant lui ont suivi mais n’ont jamais été à l’initiative, à l’origine des politiques les plus contestables du quinquennat, du CICE au Pacte de responsabilité, avec à chaque fois un échec cuisant tant en ce qui concerne les gains escomptés de productivité, qu’en ce qui concerne les parts de marché espérées à l’exportation, qu’en ce qui concerne la réduction du chômage de masse. Seulement, le protégé d’un temps a eu la lucidité de comprendre que l’entreprise courait à sa perte. D’où sa tentative pour « sauver sa peau » en se démarquant pour préserver l’avenir. Sur le fond, il n’a rien, absolument rien, à proposer qui s’apparenterait de près ou de loin à un programme de législature ou de quinquennat. Son « truc », c’est la com’ avec un exercice qui vise à effacer sa propre responsabilité dans les échecs de Hollande sur fond de quelques vieilles rengaines autour de l’idée d’un dépassement du clivage gauche droite et d’une « modernité » à laquelle il se garde bien de donner le moindre contenu. À moins de considérer que mettre des bus sur les routes pour y transporter ceux qui ne peuvent plus emprunter le train en raison de la politique des prix de la SNCF soit le nec plus ultra de la « modernité » selon Macron. Ajoutez-y un zeste de démagogie antisystème de la part d’un jeune homme qui en est le plus pur produit. Agitez en saupoudrant le tout de beaucoup de « fric » et de quelques adjectifs bien choisis, « jeune », « entreprenant », « déterminé », voire « visionnaire » pour quelques-uns de ses soutiens les plus fous et vous obtiendrez quelques sondages flatteurs et une opération réussie de lancement du produit ou de la marque Macron. De là à se lancer dans une course à la présidentielle, voire même dans la construction sur le long terme d’une formation politique, il y a un monde, celui qui sépare la réalité virtuelle augmentée du réel. Pour autant, c’est ce « non-événement » qui risque d’empoisonner les jours et les nuits de Valls qui comprend mais un peu tard qu’il s’est fait « grillé » par le poulain du Président. Quant à Hollande, décidé à jouer crânement son dernier combat électoral, il a feint jusqu’alors de croire qu’il serait le bénéficiaire des initiatives de l’histrion. Il lui faudra, mais là encore un peu tard, se rendre à l’évidence et faire son deuil d’un pari aussi vain que celui d’une baisse significative de la courbe du chômage. Le FMI vient de baisser ses prévisions de croissance pour la France en 2017 à 1,25 %… Macron est bien en situation de gâcher les derniers mois du quinquennat pour Hollande, Valls et les grognards du régime condamné à une chute peu glorieuse. La gauche a tout intérêt à se tenir à distance de ces péripéties sans grand intérêt que l’on voudrait nous faire prendre pour l’alpha et l’oméga de la politique et de l’action publique. L’un et les autres n’ont plus grand chose à voir avec les aspirations des femmes et des hommes de gauche à une transformation sociale dont ils ont pris, ensemble, le contre-pied. La loi El Khomri, imposée en force à une majorité de Français et à plus forte raison d’électeurs de gauche, l’atteste. Peu importe que Macron dise qu’il faut aller beaucoup plus loin que Valls et Hollande. Ils sont également coupables de cette « forfaiture » que rien ni personne ne pourra effacer de leur bilan respectif, engageant la gauche à se reconstruire désormais sur d’autres bases et sans eux. Alors, que Macron se fasse « virer » ou pas, cette fois ou dans deux mois, voire jamais, ne change rien à ce qu’il faut entreprendre pour rebâtir un projet de transformation sociale unitaire porté par des femmes et des hommes intègres ayant rompu à temps avec les errances d’un exécutif perdu pour la gauche.

Theresa May en syndic de faillite à Londres.
Il n’aura pas fallu longtemps pour que « le plan d’évitement » envisagé par Cameron soit abandonné. La pression conjointe des milieux économiques et de l’Union européenne a fait que le changement de Premier ministre intervient maintenant et non à la rentrée. Devrait suivre logiquement l’engagement du processus de séparation à l’initiative du nouveau gouvernement britannique. Le constat s’impose donc sans appel. En dépit du séisme du « Brexit » qui bouleverse la donne, point question d’avoir recours à des élections générales. Londres ne pourra donc pas revendiquer une légitimité démocratique retrouvée pour négocier avec Bruxelles. L’objet du deal n’est par ailleurs guère mystérieux. Sans accès direct aux marchés européens, Albion, perfide ou pas, est condamnée à la faillite dans des délais rapprochés. Il n’est d’ailleurs pas davantage dans l’intérêt des 27 de pousser dans ce sens dans la mesure même où ce que fait le marché au quotidien ne saurait être remis en cause par une décision politique d’instances – Commission, Parlement, Conseil – qui n’en ont pas les moyens. Le compromis, le deal est forcément au bout du chemin et le plus tôt sera le mieux bien évidemment. C’est pourquoi une double ligne rouge devra s’imposer ou être fixée à la ministre de l’intérieur May, devenue Première ministre. Contribuer au budget de l’Union comme le font tous « les membres associés » bénéficiant des facilités de la zone de libre échange, à l’image de la Suisse ou de la Norvège, sans doute au mieux à somme nulle par rapport à la situation antérieure, au pire avec une augmentation de la contribution britannique sans que Londres ait directement son mot à dire sur les décisions de l’Union. Plus politiques et sensibles, les « accommodements » obtenus par Cameron de la part de ses partenaires en février qui lui permettaient notamment de « discriminer » les citoyens européens non-britanniques ne tiennent plus. Tous les résidents européens en Grande-Bretagne doivent bénéficier des mêmes garanties dont l’accès aux droits sociaux que tous les Européens dans tous les autres États membres. Quant à s’engager comme l’écrivent certains dans une remise en cause des directives et autres règles européennes transcrites en droit interne britannique, ce n’est guère concevable pour des questions de délais et parce que l’accès aux marchés européens suppose précisément le respect de l’essentiel de ces dispositions négociées de longue date entre toutes les capitales européennes. C’est d’ailleurs le petit conseil que donne Cameron à celle qui va lui succéder, « rester proche de l’UE » parce que Londres n’a aucunement les moyens de faire autrement sans le payer à un prix très élevé. C’est en tout cas ce sur quoi table la Commission qui semble avoir saisi l’équation du moment. Pour preuve, après avoir ouverte la procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Espagne et du Portugal, elle semble vouloir faire machine arrière en laissant entendre par la voix de Moscovici qu’elle annulera les amendes qui seront décidées au nom de « circonstances économiques exceptionnelles » et qu’elle ne bloquera pas à plus forte raison l’accès aux fonds structurels pour les deux pays. Malgré les différences évidentes, tout milite en effet pour une politique responsable dans un contexte déjà suffisamment chargé pour que les instances européennes n’en rajoutent pas au moment où le FMI prévoit de lourdes conséquences du « Brexit » pour l’ensemble de la zone euro et de l’Union. Un minimum en effet si l’on ne veut pas transformer les centres bruxellois en incendiaires. Personne n’y a intérêt.  



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