![]() |
| Macron le 12 juillet à la Mutualité (photo © Marc Chaumeil/Libération). |
Theresa May en syndic de faillite à Londres. Il n’aura pas fallu longtemps pour que « le plan d’évitement » envisagé par Cameron soit abandonné. La pression conjointe des milieux économiques et de l’Union européenne a fait que le changement de Premier ministre intervient maintenant et non à la rentrée. Devrait suivre logiquement l’engagement du processus de séparation à l’initiative du nouveau gouvernement britannique. Le constat s’impose donc sans appel. En dépit du séisme du « Brexit » qui bouleverse la donne, point question d’avoir recours à des élections générales. Londres ne pourra donc pas revendiquer une légitimité démocratique retrouvée pour négocier avec Bruxelles. L’objet du deal n’est par ailleurs guère mystérieux. Sans accès direct aux marchés européens, Albion, perfide ou pas, est condamnée à la faillite dans des délais rapprochés. Il n’est d’ailleurs pas davantage dans l’intérêt des 27 de pousser dans ce sens dans la mesure même où ce que fait le marché au quotidien ne saurait être remis en cause par une décision politique d’instances – Commission, Parlement, Conseil – qui n’en ont pas les moyens. Le compromis, le deal est forcément au bout du chemin et le plus tôt sera le mieux bien évidemment. C’est pourquoi une double ligne rouge devra s’imposer ou être fixée à la ministre de l’intérieur May, devenue Première ministre. Contribuer au budget de l’Union comme le font tous « les membres associés » bénéficiant des facilités de la zone de libre échange, à l’image de la Suisse ou de la Norvège, sans doute au mieux à somme nulle par rapport à la situation antérieure, au pire avec une augmentation de la contribution britannique sans que Londres ait directement son mot à dire sur les décisions de l’Union. Plus politiques et sensibles, les « accommodements » obtenus par Cameron de la part de ses partenaires en février qui lui permettaient notamment de « discriminer » les citoyens européens non-britanniques ne tiennent plus. Tous les résidents européens en Grande-Bretagne doivent bénéficier des mêmes garanties dont l’accès aux droits sociaux que tous les Européens dans tous les autres États membres. Quant à s’engager comme l’écrivent certains dans une remise en cause des directives et autres règles européennes transcrites en droit interne britannique, ce n’est guère concevable pour des questions de délais et parce que l’accès aux marchés européens suppose précisément le respect de l’essentiel de ces dispositions négociées de longue date entre toutes les capitales européennes. C’est d’ailleurs le petit conseil que donne Cameron à celle qui va lui succéder, « rester proche de l’UE » parce que Londres n’a aucunement les moyens de faire autrement sans le payer à un prix très élevé. C’est en tout cas ce sur quoi table la Commission qui semble avoir saisi l’équation du moment. Pour preuve, après avoir ouverte la procédure pour déficit excessif à l’encontre de l’Espagne et du Portugal, elle semble vouloir faire machine arrière en laissant entendre par la voix de Moscovici qu’elle annulera les amendes qui seront décidées au nom de « circonstances économiques exceptionnelles » et qu’elle ne bloquera pas à plus forte raison l’accès aux fonds structurels pour les deux pays. Malgré les différences évidentes, tout milite en effet pour une politique responsable dans un contexte déjà suffisamment chargé pour que les instances européennes n’en rajoutent pas au moment où le FMI prévoit de lourdes conséquences du « Brexit » pour l’ensemble de la zone euro et de l’Union. Un minimum en effet si l’on ne veut pas transformer les centres bruxellois en incendiaires. Personne n’y a intérêt.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire