dimanche 10 juillet 2016

La portée de la rupture de Valls, Hollande et Cie

Valls et Hollande (photo © AFP), Schröder et Blair (photo © Getty Images/S. Barbour).

Ils sont ainsi allés au bout d’une démarche de rupture avec la gauche dont ils étaient issus après cinq mois d’une révolte sociale et démocratique majoritaire dans l’opinion. La loi travail d’ElKhomri qu’ils imposent en force n’est évidemment pas « le point parfait d’équilibre » comme le proclame sans rire Bruno Le Roux, le serre-file du groupe socialiste à l’Assemblée. Cette loi scélérate est en effet porteuse de tous les symboles d’un adieu à la gauche de la part de l’exécutif et de ceux qui le suivent. Elle n’aura ainsi jamais été débattue en séance plénière au Parlement soulignant une dérive autoritaire réellement sans précédent. Le 49.3 est toujours incompatible avec un exercice « démocratique » du pouvoir. En abusant du procédé, Valls et Hollande ne font que mettre à l’ordre du jour avec davantage de force encore l’absolue nécessité d’une réforme démocratique des institutions, la Ve République étant à bout de souffle.

Elle souligne ensuite la marque d’infamie qui s’attachera sur le fond à ce passage en force de ceux qui ont voulu réduire les salaires. C’est à ce titre qu’ils ne voulaient pas entendre parler d’un débat public sur l’amendement à l’article 2  de quelque 130 députés socialistes qui s’opposaient à la baisse du plancher légal de rémunération des heures supplémentaires. Juste 10 % de rémunération supplémentaire au lieu de 25 %, c’est un moyen « habile » de tuer les 35 h. Ils ont fait le boulot attendu par les secteurs les plus réactionnaires de la droite. Casser en pratique, même si en théorie l’on conservera une référence au totem, un des derniers acquis de la gauche, vécu comme un progrès réel par le mouvement social et l’opinion. Cela exigera que la réduction du temps de travail au-delà des 35 H soit un élément central de reconstruction d’un programme unitaire de transformation sociale.

Cette rupture politique, non pas dans la gauche mais entre un exécutif déconnecté de celle-ci et le gros des forces de gauche tous courants confondus, aura les conséquences d’un séisme dans le champ politique. Valls, Hollande et Cie ont perdu tout « droit » à représenter la gauche dans un quelconque scrutin à venir qu’il s’agisse de l’élection présidentielle ou même pour certains d’entre eux des élections législatives qui suivront. Il n’y a guère que contre l’extrême droite que l’on pourrait désormais voter pour eux comme on le ferait pour n’importe quel candidat de droite. Mais en revanche, voter pour eux dans d’autres circonstances est désormais exclu pour des centaines de milliers, voire des millions d’électeurs de gauche. La candidature de Hollande comme celle de substitution de Valls à l’élection présidentielle ne relèvent plus d’hypothèses envisageables.

Le prolongement de la fracture se fera tout autant sentir dans les rapports entre forces de gauche. Le parti socialiste, ou du moins sa direction, a suivi l’exécutif jusqu’à se saborder non pas formellement mais sur le fond comme un levier parmi d’autres à gauche, voire comme le principal d’entre eux. L’annulation de l’université d’été de Nantes indique suffisamment, au-delà des faux prétextes, l’ampleur de la crise. Les meetings de soutien à Valls avaient déjà l’allure de « Bunkers ». La direction actuelle n’a pas osé entrer en clandestinité et organiser des rendez-vous secondaires pour ceux qui suivaient encore, la grande majorité des socialistes n’en pouvant plus de cette politique qui les déshonore et les marginalise. Là encore, la reconstruction est à l’ordre du jour mais avec le préalable d’une rupture assumée avec Valls, Hollande et Cie.

Il n’est pas jusqu’au mouvement syndical qui ne soit pas affecté par cet acte de rupture. Dans une économie en proie à une mondialisation que les forces syndicales n’ont pas su prendre à bras le corps, l’unité d’action des salariés pour la défense de leurs revendications serait une nécessité. L’unité syndicale elle-même au sein d’une centrale unifiée, démocratique et plus forte qu’émiettée serait tout aussi nécessaire. Sauf qu’avec la fracture entre ceux qui se sont battus par-delà ce qui pouvait les séparer et ceux qui ont co-signé la régression sociale autour de la loi El Khomri ce n’est plus vraiment à l’ordre du jour. Laurent Berger et ses soutiens ont « réussi » là où Nicole Notat avait échoué mais ils sont sortis du champ du possible syndical pour se muer en complices directs de Valls et Hollande.

Tout cela était peut-être inscrit comme une variable possible de l’histoire de la gauche politique et du mouvement syndical en France. Ce n’était pas pour autant acquis avant que Valls et Hollande ne perpétuent leurs « coups » qui affaiblissent sans aucun doute la gauche, le parti socialiste d’abord, ainsi que le mouvement syndical mais qui ouvre la page blanche d’une reconstruction où ils ne figureront plus que comme un souvenir honteux à la manière d’un Guy Mollet autrefois. Dans cette nouvelle phase de lutte pour l’émancipation, la division serait un poison. La faute de quelques-uns ne doit en aucun cas servir de prétexte à l’exclusion des militants socialistes du processus de reconstruction car ils en seront dans leur immense majorité.

En Europe, cette fracture française n’est pas sans rappeler les précédents de Blair et de Schröder. Hommes du centre, s’étant servis du parti travailliste pour l’un, du SPD pour l’autre, pour assoir leur conquête du pouvoir national avant de trahir et de passer avec armes et bagages à l’autre camp, l’un pour la co-responsabilité de la guerre de Bush en Irak, l’autre devenu la coqueluche des oligarques du pétrole. Valls et Hollande ont sans doute de possibles plans de carrière du même acabit mais à mille lieues de ce qu’est la gauche et de ce qu’elle sera demain  encore. La rupture avec ce type de personnel politique « corrompu » est une autre nécessité impérative pour la gauche de transformation sociale.


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