![]() |
| Photo © Reuters. |
Avec le début des transhumances estivales, on aurait pu croire que l’actualité allait marquer le pas. Il n’en sera rien cette année tant de situations appellent des solutions urgentes. C’est le cas de la guerre contre la barbarie islamiste et le terrorisme mondialisé qui après Paris et Bruxelles frappe sauvagement à Istanbul, Dacca ou Bagdad… C’est le cas de la situation créée en Europe par la décision britannique de sortir de l’Union qui suppose des choix politiques aussi cruciaux qu’urgents à Londres comme à Bruxelles. C’est le cas de la « croissance molle » qui affecte la planète et nécessite, comme le préconise le FMI lui-même, des politiques massives de relance de l’investissement et de la consommation.
La Grande-Bretagne est groggy sous l’effet du vote en faveur du « Brexit ». Il n’y avait pas et pour cause de plan B. Le pays se délite en conséquence plus rapidement que ce qui avait été envisagé par les plus pessimistes. Son économie est promise a minima à une forte contraction, estimée par le FMI entre 1,5 % et 4,5 % de son Pib d’ici 2019. L’identité « souverainiste » apparaît pour ce qu’elle est, une nostalgie identitaire et populiste porteuse du pire mais sans prise sur le réel en un temps où il est absolument impossible de concevoir une entité économique fonctionnant hors du temps et de l’espace économique européen. Exit donc, et au moins provisoirement, les « héros » de la rupture, les Boris Johnson et Nigel Farage. Chez les Conservateurs, la succession de Cameron est plus incertaine et ouverte que jamais. On ne se presse d’ailleurs pas au portillon avec une conscience certaine du vide sidéral sur le comment en sortir. Du côté des Travaillistes, la révolte contre Corbyn ne s’accompagne pour l’instant ni d’un projet de réorientation du pays – Une République sociale –, ni même d’une quelconque perspective politique du type élections générales.
L’État britannique, héritier de l’empire, ne semble pas en mesure de faire face. Trop faible, trop libéral, il subit le choc plus qu’il ne le maîtrise. C’est la raison fondamentale pour laquelle un assez large consensus émerge pour tenter de « jouer la montre », de gagner du temps. Choix de la facilité et du moment mais qui plombe l’avenir. La Grande-Bretagne devra en effet se trouver un nouveau modèle de développement et d’insertion dans l’espace européen et mondial en redéfinissant les règles sociales susceptibles de l’accompagner. Or, elle n’y était pas préparée et le temps presse. Dans ce contexte empoisonné, les projets les plus fous peuvent cependant voir le jour comme celui d’un George Osborne, actuel Chancelier de l’échiquier, autrement dit ministre des Finances. Son « projet » consiste à faire ce qu’il sait faire, vendre l’attractivité supposée des territoires britanniques, en baissant l’impôt sur les sociétés jusqu’à moins de 15 % et contraindre davantage les salaires et la consommation.
Une caricature de ce que fut la politique d’austérité de Cameron et dont le modèle politique et social serait celui du paradis fiscal. La Grande-Bretagne n’est pourtant ni l’Irlande, ni Chypre – 12,5 % d’impôt sur les sociétés dans les deux cas. L’investissement étranger, se produirait-il à un niveau significatif, ne ferait qu’alimenter les bulles immobilières et financières. L’industrie britannique, elle, est au plus mal et n’a pas d’autres débouchés que le marché européen. Rien n’indique que le projet Osborne soit possible à l’échelle du pays. Les plus de 5 % de déficit public n’y invitent pas davantage. Si bien que ce genre de « perspectives » relève bien plus de la fuite en avant désespérée que de la reconstruction d’un modèle, fût-il libéral et encadré par un État en voie de rétablissement dans ses prérogatives nationales.
L’Europe – elle en a les moyens ! – ne peut que faire bloc contre ce genre de dérive idéologique. Et c’est là que l’affaire se complique parce qu’il faut tout à la fois tenir une position d’ouverture envers les Européens qui vivent outre-Manche et ne rien laisser passer à des gouvernements totalement déconnectés et irresponsables. Il faut reconquérir à moyen ou long termes et sous réserve d’une brusque accélération, la majorité de l’opinion pour un retour dans l’Union. Les bases existent pour y parvenir, mais cela ne peut s’envisager sans la clarté et la transparence autour d’un projet européen, unitaire et fédéral, social et démocratique, révisé de fond en comble.
Les États-Unis d’Europe par un « processus constituant »
Bruxelles et les principales capitales de l’UE envoient sur ce terrain des signes contradictoires. Sur l’élargissement en premier lieu comme on a pu le constater en marge du sommet à Paris des Balkans occidentaux ou autour de la question turque. L’élargissement ne fut jamais accessoire dans la construction européenne. Il en est à bien des égards le moteur obligeant à chaque nouvelle étape à trouver des solutions nouvelles pour consolider ce qui sera au-delà de ce qui a été et n’est déjà plus. Ce n’est jamais simple mais c’est vital dans la perspective d’un approfondissement et d’une intégration toujours plus forte autour de la zone euro. Penser comme y invite un certain nombre de dirigeants des droites européennes à « poser les valises », laisser de côté ce qui a été engagé pour se retrouver à quelques-uns, entre soi est au mieux un rêve éveillé au pire le plus sûr moyen de tuer l’Union.
D’autant que ce que l’on ne ferait pas au plan politique, l’économie se charge de le faire tous les jours par la multiplication des échanges et l’intégration marchande. L’Union est en partie fondée sur cette réalité, mais elle doit avoir d’autres ambitions politiques et sociales. C’est exactement ce qui se passe avec le débat sur les travailleurs détachés, objets d’un dumping social et fiscal profitable aux uns et défavorable aux autres. Les pays les plus développés de l’Union veulent en finir avec des règles qui tournent le dos à l’harmonisation par le haut en matière de cotisation sociale et de durée maximum des missions – 2 ans. L’Allemagne, la France, l’Autriche, la Belgique, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas militent en ce sens tandis que l’Europe de l’Est n’entend pas perdre un avantage concurrentiel qui sert ses économies. On ne parviendra pas à une harmonisation par le haut sans mesure de compensation, sans transfert de valeurs des plus riches vers les plus pauvres. Il faut y consentir comme la garantie d’un progrès pour tous, ce qui suppose que l’Union en revienne à ses valeurs historiques qui lui ont permis de se construire car en retour tous profitent bien évidemment de l’harmonisation et de l’intégration, facteurs de développement de la consommation et de la croissance.
L’Union ne peut pas, ne doit pas en rester à la construction politique « bancale » qui fait qu’elle n’est pas un État fédéral et démocratique tout en étant bien davantage qu’une simple zone de libre échange. Cela passe à la fois par un renforcement des prérogatives des instances réellement européennes, Commission et Parlement, et un affaiblissement concomitant de celles du Conseil des Chefs d’État et de gouvernement. Cela passe par le dépassement des État-Nations et l’avènement d’une souveraineté démocratique pour un peu moins de 450 millions de citoyens après le départ du Royaume-Uni. Ceux qui vantent à droite et parfois à « gauche » la prétendue souveraineté nationale s’opposent en pratique à la démocratisation de l’Union. Ils font le jeu de nos pires ennemis dans la guerre contre l’EI-Daesh. Ils font le pari du morcellement, de la fragmentation et de la régression sociale tout autant que démocratique. Les États-Unis d’Europe sont en effet plus que jamais à l’ordre du jour dans le cadre d’un processus constituant à l’échelle de l’ensemble de l’Union.
(RE)LIRE ÉGALEMENT

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire