samedi 2 juillet 2016

Comment peuvent-ils encore y croire ?

Cazeneuve, Hollande et Valls (photo © Reuters).

12 %, c’est le niveau de la cote du candidat Président selon TNS-Sofres. Jamais Président de la Ve République n’était tombé aussi bas. Valls ne fait pas mieux, il n’incarne même plus une option de rechange. Une descente aux enfers sondagiers qui donne la mesure de l’isolement et du manque de crédibilité d’un exécutif confronté à une franche hostilité d’une majorité de Français, de gauche en particulier. Dans ces conditions on ne gouverne plus, on tente de survivre. L’on peut toujours répéter que la situation s’améliore, que ça va mieux et que ça ira mieux demain, personne ne vous croit. Et comme les raisons objectives d’y croire ne sont pas légion, l’exécutif court à l’abîme quels que soient les propos du carré des derniers courtisans.

La Cour des comptes dit ainsi ses craintes de voir les objectifs de réduction des déficits publics non tenus. Le niveau de la dette grimpe à 97,5 % du Pib contre 96,1 % au dernier trimestre 2015 - plus 40,7 milliards. Certes, une partie de cette augmentation résulte de la dissymétrie des deux semestres mais une partie seulement. François Hollande et Michel Sapin n’en ont cure. Ils préfèrent promettre encore quelques cadeaux à un patronat qui ne jouera jamais le jeu. Le CICE serait donc renforcé, toujours sans la moindre contrepartie, la prime à l’embauche serait prolongée et miracle de « l’avant électoral », les classes moyennes se verraient accorder 2 milliards de réduction d’impôt. Quant au compte pénibilité dont on faisait grand cas dans les allées du pouvoir, les organisations patronales décrètent unilatéralement qu’elles ne l’appliqueront pas au premier juillet comme le prévoit la loi.

La loi El Khomery revient au Parlement après un détour au Sénat où la droite a purement et simplement aboli les 35 heures. Le pouvoir pourra toujours dire qu’elle est pire que lui, il a préparé le terrain avec l’article 2 de son texte. Car la possibilité de négocier le temps de travail au niveau de l’entreprise fait sauter plus d’une garantie sociale, serait-ce de manière plus subtile que celle du Sénat. En permettant que les heures supplémentaires ne soient rémunérées qu’avec une majoration de 10 %, c’est la garantie salariale qui en prend un coup et la porte ouverte à un dumping social entre les entreprises. En ouvrant la possibilité de porter la semaine à 46 heures de travail hebdomadaire sur trois mois, c’est la vie et la santé des salariés au-delà du temps de travail qui sont menacées. L’on pourra toujours y ajouter quelques « babioles » sur les accords de branche en d’autres domaines, le mal sera fait sans même que, de retour aux affaires, la droite n’ait besoin d’y revenir.

Les libertés auront particulièrement souffert elles aussi à la fin de ce quinquennat de tous les reniements. Si la déchéance de nationalité chère à Le Pen ne fut pas adoptée, ce n’est pas faute de l’entêtement pathétique de Hollande pour y parvenir. Le 49.3 jadis honni par toute la gauche a été dégainé à plusieurs reprises et risque de l’être encore pour imposer la plus grosse régression sociale depuis longtemps, mettant de fait à bas les 35 heures instaurées par le gouvernement Jospin. Quant au droit de manifestation, le pouvoir a également tenté de s’y opposer, au nom de l’état d’urgence, comme l’avait fait un autre pouvoir autoritaire… mais il y a plus d’un demi siècle, en 1962.

Il n’est pas même une mesure comme le « récépissé de contrôle d’identité » qui trouve grâce aux yeux de ce gouvernement. François Hollande l’avait promise. Son Premier ministre et son ministre de l’Intérieur ont manœuvré non pas même pour l’empêcher d’être adoptée à l’Assemblée, mais pour éviter qu’elle ne soit expérimentée. Hasard du calendrier, au même moment un rapport accablant paraissait sur les violences policières en marge des manifestations contre la loi travail. Les « casseurs » lui ont fourni un prétexte en or mais le pouvoir n’a eu aucune retenue pour suivre la fraction la plus droitière de la police nationale sur une pente glissante en ce qui concerne le maintien de l’ordre. C’est si vrai que François Rebsamen qui s’y opposait fermement jadis arme désormais sa police municipale. Là encore, les digues sautent les unes après les autres.

Tout cela fait de l’exécutif français le maillon faible de la communauté internationale quand il s’agit de faire face aux défis du « Brexit » ou de la guerre contre le terrorisme islamiste. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, le candidat président apparaît en position de faiblesse sur la scène internationale en raison même de l’opposition que suscite sa politique intérieure. On l’écoute poliment, c’est la règle, mais l’on ne peut plus lui faire confiance. Un Président affaibli qui court à l’humiliation d’une élimination dès le premier tour de l’élection présidentielle est forcément perçu comme non crédible pour aujourd’hui, comme pour demain. Ils peuvent donc faire semblant d’y croire encore, ils sont bien les seuls, ici comme ailleurs.

Voilà pourquoi, l’heure est « déjà » à la reconstruction d’une gauche qui n’a pas encore perdu formellement mais dont les forces gouvernementales qui en sont issues font tout leur possible pour que la défaite électorale, sociale et même démocratique soit la plus cinglante possible. C’est la tactique de la terre brûlée appliquée à une fin de quinquennat où les reculs et les défaites s’enchaînent sur un rythme soutenu. Pour autant, il n’y avait rien de fatal dans cette logique de la « trahison permanente » si ce n’est la faiblesse de celui qui fut choisi pour l’incarner et le projet de division de son directeur de communication, devenu son Premier ministre. Bilan tragique s’il en est.


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