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| Virginia Raggi à Rome (photo © afp.com), Chiara Appendino à Turin (photo © AFP). |
Au début d’une semaine cruciale en Grande-Bretagne, avec le référendum sur le « Brexit » le 23, en France avec la tentative du pouvoir d’interdire une manifestation syndicale contre la loi travail d’El Khomri le 23, et à l’avant-veille de nouvelles élections générales en Espagne le 26, c’est d’Italie que nous vient la sinistre nouvelle. Rome et Turin sont tombées entre les mains des populistes du Mouvement 5 étoiles. Rome et Turin, deux villes symboles, l’une parce qu’elle est avec ses trois millions d’habitants, l’une des principales capitales européennes, l’autre parce qu’à deux ans de la célébration du Bienno Rosso, les deux années rouges de 1919-1920 qui virent les Conseils ouvriers turinois commencer à changer le monde, elle renie son histoire. Les fruits d’une gestion calamiteuse sont tombés, mûrs, dans l’escarcelle de Beppe Grillo sans même de grandes manifestations. Rome en particulier qui était administrée par un Commissaire du gouvernement depuis la démission du précédent maire social-démocrate emporté par la corruption.
Cette « contre-révolution tranquille » où dans l’indifférence générale – à peine plus de 50 % de participation –, Virginia Raggi conquiert le Capitole est effrayante et atypique. Désormais, les populistes et autres fascistes arrivent presque en catimini au pouvoir. Certes, ils n’ont pas conquis l’Italie dans son ensemble et Matteo Renzi reste à la tête d’un gouvernement de gauche, fût-il plus que modéré. Ces élections partielles ne concernaient d’ailleurs que 9 millions d’électeurs et mille municipalités sur huit mille dont celles de plusieurs métropoles, Rome, Turin, Milan, Naples ou Bologne. Ce n’est heureusement pas le même désastre partout. Mais le ver est dans le fruit au cœur du système politique italien et il menace la démocratie dans l’ensemble de l’Union.
La gauche ou plus exactement le Parti démocrate a résisté tant bien que mal à cette poussée populiste, notamment à Milan, la capitale économique, la droite traditionnelle disparaissant presque du paysage national. À Rome en particulier où populistes et néofascistes se sont partagé les dépouilles. Virginia Raggi est passée de 35 % au premier tour à un écrasant 67 % au second. Tout simplement parce que tout ce que l’Italie compte de forces de droite extrême et d’extrême droite a voté pour elle. Pour la petite histoire, certains, classés à gauche, auraient même été tentés de lui apporter leur concours, comme semble-t-il Massimo d’Alema – ancien cadre du PCI, ancien directeur de L’Unita et ancien Président du Conseil. Cette victoire qui menace la démocratie au cœur de l’Italie n’a même pas suscité une levée de boucliers démocratique contre elle, comme si elle était « naturelle », en tout cas dans l’air du temps. Cela fait toute la différence avec ce qui s’est passé en Autriche lors du second tour de l’élection présidentielle.
Sombres perspectives ensuite parce que bien sûr la victoire des populistes ne doit rien à leur bilan dans la gestion d’importantes municipalités. Ni à Livourne, ni à Parme, qu’ils détenaient déjà, ils n’ont fait d’étincelles. Leurs programmes municipaux à Rome comme à Turin sont restés très évasifs. Non, leur fonds de commerce était ailleurs dans la dénonciation d’une corruption endémique dans laquelle plusieurs de leurs parlementaires sont impliqués. Qu’à cela ne tienne, l’opinion semble ne pas leur en tenir rigueur considérant qu’il s’agit « d’inexpérience » là où elle accable les autres partis pour les mêmes turpitudes. On peut y ajouter un profil anti-immigrés et une solide défiance par rapport à l’Union européenne qui débouche sur une exigence de référendum pour sortir de l’Union. Tout cela est évidemment compatible avec le programme néofasciste de La Ligue du nord – parti frère du FN français, du PVV hollandais et du FPÖ autrichien. Au point où la perspective d’un rapprochement dans le cadre d’une alliance électorale est de plus en plus probable.
Que faire désormais ? Ne pas accepter l’impensable car partout où la démocratie est menacée, le combat s’impose sans reculs ni concessions. La maire de Rome et son homologue de Turin ne sont pas les bienvenues ni lors de leurs déplacements hors les murs ni même dans les organisations coopératives qui rassemblent les élus. La maire socialiste de Paris comme le maire travailliste de Londres et celui de Berlin – SPD – ont un rôle à jouer pour le rappeler en toute occasion. Ensuite, les instances de l’Union qui travaillent avec le gouvernement Renzi doivent veiller à ce que les subventions accordées à des grands chantiers d’intérêt général ne soient pas détournées à des fins partisanes par les usurpateurs. C’est décisif à Rome confrontée à la décrépitude de l’un des patrimoines les plus précieux de l’Union, aurait-il été pour partie accaparé par le Vatican et l’Église romaine. Raggi prétend rendre « sa splendeur à la ville éternelle ». Veillons à ce que ce ne soit pas aux dépens des droits et des libertés publiques. Rome ne doit plus être une destination de premier choix pour les Européens. Il y a tant de choses à voir en Italie sans les relents d’une époque sombre qui les a vu s’emparer de deux joyaux de la République italienne et de l’Union.

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