À Versailles jeudi 17 juin (capture © FranceTV Info), La députée britannique Jo Cox. (photo © SIPANY/SIPA).
7 % des Français souhaiteraient que François Hollande soit candidat à sa succession. Un score pire que celui recueilli par Sarkozy. C’est dire le rejet, sans précédent et sans possible rétablissement, de celui qui préside aux destinées du pays, en rajoutant sans cesse dans le mépris et la provocation. À peine mieux loti, son Premier ministre, se verrait bien passer du rôle de doublure à celui de premier rôle. L’un et l’autre ont cependant et pour l’heure partie liée dans une logique de fuite en avant où ils prétendent imposer à tout un pays des choix qui sont minoritaires. C’est ce qu’ils font depuis quatre longs mois autour de la loi Travail d’El Khomri, dont 65 % des Français ne veulent pas, souhaitant que le gouvernement la retire purement et simplement. Ce simple constat qui ne prête pas à discussion en dit long sur l’état d’un pays soumis à l’obstination d’un exécutif qui ne le représente plus en aucune manière.
La France à la différence de tous ses voisins vit sous un régime constitutionnel, celui de la Ve République, qui a créé les conditions d’une telle anomalie « démocratique ». Partout ailleurs, le gouvernement serait tombé depuis longtemps ou aurait pris en compte les aspirations de l’opinion. Ici, rien de teI. Le pouvoir gouverne sans avoir de compte à rendre, sans majorité à la Chambre et l’opinion subit. Elle assiste au spectacle désolant d’un exécutif issu de la gauche et qui renie ses valeurs les mieux assurées dont le dialogue social et la démocratie la plus élémentaire. Car qui admettra en particulier cette basse campagne qui voudrait « criminaliser » le mouvement syndical et la principale centrale du pays ? Même Macron est contraint pour préserver l’avenir de se démarquer des dérapages de Valls et Hollande.
Oui, cette situation est tout simplement insupportable et ne peut pas durer. Quand ils sortent de leurs bunkers, ils le font désormais en catimini pour aller tenir meeting dans la France profonde sans faire trop de bruit comme s’y complait le dernier carré des fidèles réunis dans « Hé ho la gauche ». Leurs discours deviennent « planants » au point de les voir se raconter des histoires absolument invraisemblables sur l’excellence de leur bilan et la légitime fierté qu’ils en tireraient. Or, y compris quand telle ou telle action ponctuelle était utile, elle est noyée dans un bilan globalement négatif. Sans compter le triste comique de situation qui veut que Marisol Touraine ait cru participer à « l’instauration d’une République sociale » ! Pauvre équipage qui a perdu tout repère et s’engage dans la dernière traversée périlleuse sans connaître le port de destination.
Car, enfin, comment des femmes et des hommes de gauche pourraient-ils non pas même défendre mais simplement tolérer, la dérive autoritaire par laquelle l’état d’urgence devient la règle dans le fonctionnement du pays ? Comment accepter le recours à répétition à cet artifice du 49.3 qui viole les droits du Parlement ? Comment accepter la menace de réquisitions contre des salariés en grève ? Comment accepter la menace d’interdire des manifestations démocratiques dans la capitale ? Personne n’y consent et heureusement. C’est ce qui explique l’apnée du pouvoir dans les sondages. Ils ne veulent pas l’entendre, sûrs de leur bon droit à agir à leur guise sans la moindre considération pour la majorité de leurs concitoyens.
Mais ce n’est pas tout car pareille gouvernance entraîne forcément des « accidents » en série dans tous les secteurs de la vie publique. Au point par exemple, que l’on est en droit de s’interroger devant « les parades » de casseurs sur la maîtrise des opérations de maintien de l’ordre par le ministre de l’intérieur. Même interrogation quand Madame Royal se montre incapable de gérer les prétentions d’EDF et qu’elle ment sciemment sur le coût à venir des factures entre grand carénage du parc nucléaire, dette astronomique de l’électricien public - 37 milliards - et aventure dangereuse des EPR, ici et ailleurs. Le tout nucléaire était et reste ruineux même si les lobbies ont longtemps réussi à masquer la réalité. Et que dire de cette morgue patronale qui démontre chaque jour le peu de cas qu’elle fait des préposés gouvernementaux, des salaires des grands patrons à la crise provoquée à l’assurance chômage ?
Voilà bien le bilan réel, celui que vivent les Français dans leur quotidien face à un pouvoir sourd et aveugle aux exigences sociales et démocratiques. Un pouvoir plus isolé que jamais même s’il bénéficie de la complicité de la direction Berger de la CFDT et du soutien contraint de la direction Cambadélis du PS. Là encore, le naufrage du principal parti de gauche ne fait guère plus de doute parce que sa direction en liant son sort à celui de l’exécutif a programmé son effondrement. L’écrasante majorité des socialistes voulaient ainsi une primaire de toute la gauche et à défaut des candidats issus de ses rangs. Hollande ni même Valls n’ayant l’intention de s’y soumettre, le PS est condamné au rôle de « parti godillot », avec un simulacre de référendum pour tenter de sauver les apparences.
Tout cela ne dit rien qui vaille à l’heure où l’Europe affronte la pire crise de son histoire avec la montée des populismes qui pourrait se traduire la semaine prochaine par un « Brexit » aux conséquences dramatiques à court, moyen et long termes. Paris déconsidéré par une Présidence improbable et à bout de souffle, c’est également de mauvais augure pour la réaction de l’UE à l’éventuel succès du « coup » sécessionniste. D’autant que la haine entretenue par les tenants du départ et de la rupture s’est tragiquement traduite par le lâche assassinat par un néo-nazi de Jo Cox, jeune députée travailliste, après avoir été une activiste du mouvement social. Elle était, comme nous, pro UE et pro immigration. Elle l’a payé de sa vie. L’avertissement tragique suffira-t-il à engager une autre dynamique à gauche en Grande-Bretagne, en France et partout ailleurs dans l’UE ou attendrons-nous paralysés la défaite qu’Hollande comme Cameron nous préparent.

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