vendredi 3 juin 2016

Printemps pourri… sans aucun doute !

En Seine-et-Marne (photo © SIPA)

D’abord parce que ces crues dévastatrices ne sont ni une surprise, ni une calamité imparable. Le paradoxe saute aux yeux, d’un côté nombre de nos concitoyens ont les pieds dans l’eau, les principaux musées parisiens sont fermés et la décrue apportera son lot de difficultés en tout genre, de l’autre se tient un congrès de l’Association des maires de France – AMF – et personne ou presque n’établit la responsabilité de ceux-ci ou celle de leurs prédécesseurs dans les événements que subissent Paris et sa grande région. Elle est pourtant évidente et partagée équitablement entre les fous du bétonnage à tout prix qui ont longtemps  délivré avec la complaisance des représentants de l’État des permis de construire dans les zones inondables en particulier. Certes, le mal, s’il est récurrent, ne date pas d’hier ni d’avant-hier. D’autant que c’est à ce niveau local de la vie politique que le renouvellement est  en panne en raison du nombre de gérontes accrochés à leur siège après trois, quatre ou cinq mandats voire davantage, où l’égalité entre homme et femme est restée pour l’essentiel lettre morte. L’aménagement du territoire en France a trop longtemps été délégué à ces élus irresponsables parce que rarement ou très rarement poursuivis pour leur imprudence. Les schémas de cohérence territoriale dans un environnement où pullulent les communes et les centres de décision n’ont que très marginalement corrigé le tir. Trop souvent encore pour ne pas risquer la fermeture de l’école, pour ne pas être en reste avec les communes voisines ou tout simplement pour satisfaire des promoteurs voraces et parfois même les appétits lucratifs de certains bailleurs sociaux, des lotissements sans justification ici, des HLM excentrés là ont vu le jour où ce n’était pas souhaitable multipliant les phénomènes d’étalement périurbain ruineux et dangereux pour la collectivité. C’est cette politique à courte vue que l’on paie aujourd’hui, en région parisienne cette année, ailleurs demain. Pour être tout à fait juste, encore faut-il prendre en compte l’incapacité de l’État à produire les logements nécessaires, sociaux en particulier. Le quinquennat de François Hollande s’avèrera ainsi un tout petit peu moins calamiteux que celui de Sarkozy et ceux de Chirac avant lui mais l’on reste loin, très loin même, des engagements pris. Alors, la France prend régulièrement l’eau chacun se promettant d’agir demain pour construire autrement et mieux en respectant un environnement territorial qui intégrerait enfin les phénomènes naturels comme les crues.

Investir donc puisque même les pieds dans l’eau profonde des sondages – 11 % pour l’un, 14 % pour l’autre (Yougov pour I-Télé et le Huffington Post) – Hollande et Valls nous disent que « ça va mieux ». Rien n’est moins sûr si l’on se réfère au climat économique planétaire qui agit sur l’économie française à la manière de l’énorme masse nuageuse qui circule en ce moment sur l’Europe centrale et orientale. L’OCDE s’alarme ainsi de « la croissance molle » qui sévit  dans le monde – 3 % seulement escomptés en 2016 – et spécialement en Europe, mettant une nouvelle fois en garde contre un éventuel « Brexit » qui aggraverait la situation – une perte de 5% du Pib d’ici 2030. Le gouvernement allemand revoit à la baisse des prévisions de croissance qu’il juge difficilement tenables en raison de l’instabilité sur les marchés pétroliers au lendemain d’un nouvel échec de l’OPEP à s’accorder sur des quotas de production. Bénéfiques un temps, disent les Allemands, les fluctuations des prix du baril menacent désormais la stabilité du flux de croissance. Le très droitier Président de l’Eurogroupe, le ministre hollandais des finances Jeroen Dijsselbloem, tâcle lui la Commission de Bruxelles pour les faveurs supposées qu’elle accorderait à Paris en matière de délais pour rentrer dans les clous communautaires. La BCE enfin que l’on a connue plus réactive s’est montrée incapable cette semaine de faire le geste attendu en direction de la Grèce par le biais de rachats partiels de dette permettant à ses banques de se refinancer. On imagine qu’une partie des gouverneurs les plus « bêtement » orthodoxes ont voulu faire un exemple au lendemain de l’accord des instances européennes et du forcing bienveillant pour Athènes du FMI. Comment les choses iraient-elles franchement mieux en France dans cet environnement printanier pourri où les catastrophes succèdent aux catastrophes, qu’elles soient dues aux phénomènes climatiques ou à une politique parfaitement inadaptée, serait-telle décriée par l’opinion et sans doute désormais par une majorité de gouvernements nationaux ou régionaux. Alors, oui, il y a mieux à faire que d’ajouter le chaos social aux incertitudes économiques comme le fait le gouvernement scellant à l’initiative du très interventionniste Alain Vidalies des accords catégoriels qui portent la marque d’une volonté de récompenser la collaboration zélée du soldat Berger. Hollande, Valls et leurs ministres maltraitent en contrepartie toutes les autres organisations syndicales – rejointes par la CGC après son congrès – qui s’opposent à la loi travail d’El Khomri, toujours rejetée par une majorité de salariés après trois mois de passages en force de l’exécutif. Là aussi, quand le moment de la décrue sera venu et que l’on fera le bilan des dégâts, la note politique et sociale risque d’être fort salée. En attendant, le soutien aux grévistes matraqués comme à Rennes, celui à la mobilisation intersyndicale nationale du 14 juin et à celles décentralisées du 17, restent la seule voie possible pour en limiter l’ampleur.

Il y a cependant, comme toujours, quelques vols d’hirondelles qui, faute d’avoir fait le printemps, contribuent à une actualité plus réjouissante. Il en va ainsi du vote à la quasi unanimité du Bundestag reconnaissant le génocide arménien de 1915. Au lendemain de l’accord contesté mais décisif pour Berlin sur les réfugiés, Ankara n’y a d’abord pas cru, menaçant de « tout casser » si d’aventure les députés allemands osaient comme l’avaient fait d’ailleurs les Français et quelques autres plus tôt. Rien n’y a fait et le vote acquis, Erdogan a dû se contenter d’un rappel convenu de son ambassadeur tout en déléguant à ses proches le soin de répéter que trop d’enjeux le liaient à « ses amis allemands » pour que l’on aille vers une rupture. C’est la preuve que l’on peut peser sur Ankara pour lui signifier que la perspective d’adhésion à l’Union, pour souhaitable qu’elle soit, lui impose un devoir de démocratisation de ses institutions, de ses références légales à une définition très large du terrorisme, le respect de toutes ses minorités et du devoir de mémoire à l’endroit de celle qui fut brutalement éliminée en 1915. Dans un registre voisin, on se réjouira de l’initiative de Paris sur le Proche-Orient ou plus exactement sur le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Une relance non pas du processus de paix, pas encore, mais une tentative pour faire comprendre avant tout aux Israéliens par le jeu de la pression internationale qu’il n’y a pas d’autre issue à la guerre que la paix et la reconnaissance mutuelle de deux entités étatiques. En l’absence de résultats pratiques et après l’échec de toutes les démarches précédentes, américaines notamment, c’est nécessaire y compris dans le cadre plus large de la lutte contre le terrorisme de l’État Islamique – EI-Daesh – et des autres succursales du terrorisme dans la région. Au moment où le gouvernement de droite extrémiste et d’extrême-droite de Benjamin Netanyahu rejoint par Avigdor Lieberman, nommé à la défense en lieu et place de Moshe Ya’alon contre la volonté même de l’état-major, au moment où de l’autre côté le Hamas menace toujours davantage l’autorité palestinienne ou ce qu’il en reste, l’initiative de Paris peut contribuer à établir un minimum de rapport de force contre les plus irresponsables des deux côtés, ne seraient-ils pas à égalité en la matière. C’est la raison pour laquelle, il est souhaitable qu’au-delà de la diplomatie, s’exprime à l’échelle la plus large possible un vaste mouvement pour la paix maintenant de par le monde, à la condition toutefois, qu’il n’agisse pas comme un repoussoir pour l’un ou l’autre camp. L’histoire a trop longtemps bégayé dans cette région du monde pour que chacun et tous ne soient appelés, enfin, à la responsabilité et à la retenue envers les acteurs principaux du drame. Pour faire la paix, il n’est, il ne sera jamais trop tard.



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