mercredi 8 juin 2016

Parti pris du 8 juin 2016

Mélenchon (photo © AFP), Valls (photo © Bestimage), Raggi (photo © AFP).

Situation confuse à Paris. À J-2 du début des compétitions de l’Euro 2016, Hollande cherche la martingale pour faire oublier tout le reste. La contestation, majoritaire chez les salariés, de la loi Travail d’El Khomri qui ne faiblit pas et qui explique en partie la persistance de grèves à la SNCF et ailleurs, scandaleusement dénoncées comme « antinationales », avec ou sans le mot, par les ministres d’un gouvernement qui se dit encore de gauche. Il est vrai que plus la ficelle est grosse… Valls, comme s’il suffisait de s’assoir chaque jour au même bureau que Blum pour y prétendre, célèbre le Front populaire en s’en voulant l’héritier. Il feint d’oublier que le vaste mouvement gréviste de mai-juin 1936 se caractérisait d’abord par l’unité de toute la gauche, mise en miettes aujourd’hui par son gouvernement. Même Macron, l’homme du dépassement du clivage droite-gauche s’en va à Montreuil avec cette morgue qui le caractérise pour mettre ses petits pas dans ceux des acteurs de la grève générale et de l’accord de Matignon. Il y a ensuite les apprentis sorciers qui divisent en pensant à leur carrière. Mention à ce titre pour la ministre El Khomri qui dit à propos de Mélenchon qu’avec lui la droite serait presque « superflue ». Manière d’enfoncer le clou de la division à gauche et d’une recomposition du paysage politique à droite. Après avoir quitté les rivages de la gauche sociale-démocrate pour ceux de la droite gouvernementale à la faveur d’un ministère, elle est prête à tout pour aller plus loin… comme son collègue Le Guen qui cherche lui les potentiels points d’accord pour un futur gouvernement de droite qui intégrerait des personnalités de gauche. Et la liste des candidats n’est évidemment pas close. Dommage dans ces circonstances que Mélenchon campe toujours sur des positions qui tournent le dos à l’unité non seulement de la gauche en général mais également à celle des courants qui n’ont pas été compromis avec la gestion sociale libérale de Hollande et Valls. Dommage qu’il appuie son aventure solitaire sur des positions anti-européennes confirmées tant sur son soutien à Poutine contre les Ukrainiens et contre les Russes que lorsqu’il prétend que la loi El Khomri serait dictée, imposée par Bruxelles et la Commission, ce qui est absurde. Incompatible en tous cas avec une logique de rassemblement à gauche. Grande confusion politique encore à l’Assemblée à propos de la loi Sapin 2, censée rattraper les retards de la France en matière de lutte contre la corruption dans le monde économique. Il était temps après quatre ans de pouvoir, la loi Sapin 1 n’avait en effet qu’effleuré le sujet. Les rémunérations des grands patrons qui dépassent l’entendement sont revenues sur le tapis dans ce cadre à l’initiative de parlementaires de gauche aussitôt contrés par le gouvernement qui entend donner le change à l’opinion sans trop en faire refusant notamment de plafonner lesdits revenus. Sans compter ces chiffres inquiétants en ce qui concerne les violences policières qui soulignent a minima une mauvaise maîtrise du gouvernement et de ses préfets dans les régions sur l’emploi et le contrôle des forces de sécurité. 48 enquêtes ouvertes ce n’est certes pas la règle mais une grosse exception qui est absolument inacceptable d’autant qu’aucune sanction à ce jour n’a été prise ni contre les auteurs de graves blessures sur des manifestants ni même contre ceux qui contreviennent à la liberté de la presse en matraquant les journalistes. Et puis, comme chiffres  emblématiques de ce qui se joue réellement dans les stades, il faut jeter un coup d’œil aux données mondiales sur l’enrichissement des uns et l’appauvrissement des autres avec la croissance vertigineuse des inégalités. Ainsi, 47 % de la richesse privée mondiale sont désormais accaparés par les ménages les plus riches millionnaires. En Europe, les chiffres sont tout juste un peu moins extravagants. Mais même 26 % comme en France c’est intolérable renvoyant de fait à l’image inégalitaire de l’Ancien régime avant la Révolution française de 1789. D’autant que les projections sur les tendances à l’œuvre prédisent que l’on atteindra rapidement les 30 %. Seule incertitude, qui détiendra la part principale dans cette orgie patrimoniale et financière, les grands patrons, les financiers ou… les footballeurs. Tout est dit sur le sport business, celui de l’argent facile qui fait courir des jeunes gens et leurs conseillers après la timbale dorée autant qu’après le ballon rond. On est ainsi à mille lieues d’une pratique sportive pas forcément compétitive, éducative et positive pour la société dans son ensemble. Sur ce terrain là aussi, Hollande, Valls et leurs ministres ne peuvent prétendre à l’héritage de la gauche des années trente, celle qui se battait pour des contre-jeux olympiques à Barcelone en 1937, dégagés de l’emprise des puissances d’argent, des nationalismes exacerbés et du racisme et de l’antisémitisme chers à Coubertin et à beaucoup d’autres tenants du sport « moderne ».

Note d’actualité contrastée ailleurs. En Italie pour commencer où à l’issue du premier tour des élections locales dans de nombreuses cités, Rome est menacée de tomber aux mains du mouvement populiste « Cinq étoiles » de Beppe Grillo et de sa candidate du cru, Virginia Raggi. La ville est en faillite, minée par quelque 14 milliards de dette, administrée depuis le départ forcé pour cause de corruption de son précédent maire en 2015 par un commissaire désigné par le gouvernement. L’avocate Raggi surfe sur la nostalgie de la grandeur perdue de la « ville éternelle » et se présente comme une Italienne moyenne. Elle dispose d’un avantage certain pour le second tour, d’un peu plus de dix points, sur Roberto Giachetti, du parti démocrate de Renzi. Les récentes élections à la présidence autrichienne montrent qu’en pareil cas rien n’est perdu d’avance mais cela suppose une mobilisation d’ampleur pour écarter des responsabilités populistes et autres fascistes. C’est nécessaire cette fois encore pour convaincre une majorité de Romains de battre Raggi. Ailleurs, la gauche fait souvent mieux que ce qu’elle craignait tandis que la droite de Berlusconi s’effondre et que ses comparses néofascistes de la Ligue du Nord engrangent. Ce sera cependant l’issue de la bataille de Rome, le 19 juin, qui donnera sa signification politique à ces élections locales avant que Renzi ne joue son va-tout à l’automne sur le référendum qui modifierait la constitution en affaiblissant notamment le rôle du Sénat. De Rome à Londres, il n’y a qu’un saut d’avion et là encore la déclaration des huit principaux syndicats contre le « Brexit » témoigne d’une mobilisation en profondeur dans l’opinion britannique pour battre le 23 juin les partisans du « Brexit » et de l’aventure sans retour d’une rupture avec l’Union. Les sondages et études d’opinion dans les autres États membres mettent en lumière une prise de conscience majoritaire sur le fait que le repli national est une impasse, dans le cas de la Grande-Bretagne bien sûr mais aussi partout ailleurs. Tant mieux. Il est tout aussi évident, que la Commission pressée par les lobbies et par Washington joue contre son camp quand elle propose successivement d’autoriser le Roundup, classé potentiellement cancérigène, pendant 15 ans encore, puis 9, puis 18 mois… Battue à chaque fois par une majorité d’Etats membres, cette obstination sert à l’évidence ceux qu’elle prétend combattre, donnant l’image d’instances européennes prêtes à tout pour satisfaire les puissants trusts internationaux. Parallèlement Eurostat, l’institut statistique des 28 rend une étude fort intéressante sur « les forces de travail » en Europe en 2015. On y apprend que 77 % des nationaux sont actifs sur le marché du travail comme 81 % des autres Européens – travaillant ailleurs que dans leur pays d’origine – et 69,8 % des « étrangers » – migrants ressortissants d’autres pays que ceux de l’Union. Autrement dit le marché du travail a recommencé à fonctionner presque normalement. Il y a de la place pour tous quelles que soient les origines de chacun. Cela ne règle pas le problème du chômage de masse ni à plus forte raison celui des inégalités de revenus mais c’est un point d’appui pour s’opposer à la logique folle et déstructurante portée par les tenants du revenu universel (lire à ce sujet notre parti pris du 16 décembre 2015). Ils ont été battus sèchement en Suisse par trois votants sur quatre, mais les tentatives finnoises et hollandaises d’avoir recours à ce système de « désocialisation du travail » sont toujours à l’œuvre. Raison de plus pour défendre pied à pied en les modernisant quand c’est nécessaire des modèles sociaux qui ont fait leurs preuves et qui restent l’avenir de sociétés plus justes, plus égalitaires et dans la foulée plus démocratiques.  


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire