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| Berger (photo © SIPA), Gattaz (photo © SIPA), Habré (photo © AFP). |
Un pays égal à lui-même. Le constat est à double sens. Après une série de reculs et d’annonces gouvernementales, on serait tenté de dire que tout doucement la rivière rentre dans son lit. Hollande recule partiellement sur les coupes claires que ses ministres s’apprêtaient à faire subir à la recherche. L’appel de sept prix Nobel et d’une médaille Fields l’y a contraint. Dans l’Éducation, le gouvernement se range, enfin, à l’avis de tous les experts qui mettaient en lumière le décrochage des salaires des enseignants français par rapport à leurs homologues de l’OCDE. Ce n’est que justice, serait-elle tardive et sous réserve de détails de la déclinaison de ces nouveaux « parcours professionnels, carrières et rémunérations ». À la SNCF, le secrétaire d’État aux transports Vidalies se substitue à la direction de l’entreprise pour tenter de faire bouger une négociation au point mort. Seulement, la somme de ces mesures catégorielles ne dessine pas pour autant une politique et c’est là que le bât blesse. Les dernières indications de l’Insee qui relève son estimation de la croissance au premier trimestre – 0,6 % – décrivent très précisément les moteurs de ce rebond. La consommation des ménages y tient le premier rôle et pèse même qualitativement sur les contours d’une attitude plus « responsable » écologiquement et socialement. C’est ce que dit la gauche depuis 2012 face à des gouvernements et un Président portés vers les vieilles recettes d’une politique de l’offre qui a échoué, une fois de plus et comme toujours. Qui dit relance de la consommation, dit en effet remplissage des carnets de commandes et appel d’air pour l’investissement. Un cercle vertueux que le gouvernement a trop longtemps freiné. Une politique à contre-sens se paie cependant toujours et ce qui relève d’une bonne gouvernance en matière de réduction des déficits et du poids de la dette est désormais menacé, non pas comme le prétend la droite par les dernières mesures adoptées, mais bien plutôt par les largesses totalement inconsidérées en faveur des entreprises. Un investissement récurrent de dizaines de milliards à fond perdu comme on le constate chaque jour avec la persistance dans le patronat le plus rétrograde d’Europe d’un refus d’embaucher en CDI, en ayant recours à des échappatoires, de l’utilisation des travailleurs détachés à celle de l’intérim. Au point où même Jean Tirole, Nobel d’économie et soutien de la loi El Khomri dans sa version initiale, est amené, constatant le peu glorieux 129e rang de la France pour le bien-être au travail, à proposer pour les nouveaux embauchés un « CDI plus flexible » mais accompagné en cas de licenciement d’indemnités en faveur du salarié comme de l’assurance chômage, selon le principe « pollueurs payeurs »…« Protéger le salarié plutôt que l’emploi », dit-il. La loi El Khomri ou ce qu’il en restera au bout du processus s’il devait aller à son terme n’y changerait rien. Le risque même d’une inégalité croissante entre les salariés des grands secteurs d’emplois dépendants en dernier ressort de l’État et ceux des entreprises privées, les plus petites au moins, est inscrit dans la logique de cette loi de l’inégalité qui abandonne les plus faibles, les moins protégés, à des « accords » d’entreprise dérogatoires à la loi et à ceux conclus dans les branches au nom de la trop fameuse inversion de la hiérarchie des normes. C’est à ce titre que le « sale boulot » fait par la direction Berger de la CFDT porte un coup durable à l’égalité et à la cohésion sociale dans le pays. Ajoutez-y les propos ignobles, absolument irresponsables, de Gattaz, ne reculant devant rien pour « salir » les opposants à la loi El Khomri qualifiés de « terroristes » et vous obtenez ce climat social si particulier, assez habituel en France et qui étonne partout ailleurs. S’y ajoute un congrès des maires et présidents d’agglomération qui illustre à sa manière les impasses dans lesquelles se sont engagés Hollande et Valls. Ils ont en quelque sorte sous-traité l’austérité aux communes et aux agglomérations. 3,7 milliards d’économies leur sont imposés dans l’avant-projet de budget 2017. Depuis 2014, ce sont ainsi 28 milliards de dotations que l’État a annulés. L’on touche évidemment les limites au-delà desquelles ce sont les services rendus à la population qui sont atteints ou l’envolée des taux des impôts locaux qui devient inévitable. C’est d’autant plus condamnable que les communes, intercommunalités et agglomérations sont responsables de 71 % de l’investissement public. On peut certes être critique sur une politique de l’emploi mal assurée ici où là. On peut estimer comme le fait une majorité de Français que certaines dépenses communales sont discutables, mais pour l’essentiel, mettre les structures de proximité dans les territoires au pain sec et à l’austérité, c’est affaiblir durablement l’économie dans son ensemble. À moins que, pressé par l’échéance électorale de l’an prochain, Hollande ne lâche aussi du lest sur les dotations locales. Mais même dans ce cas, il ne s’agirait que d’un pis-aller, aucunement d’une politique cohérente de soutien à la croissance et à l’emploi qui doit être au centre d’un programme de gauche, de rupture, pour les prochaines échéances électorales.
Un procès historique et inachevé. Celui d’Hissène Habré, dictateur sanguinaire au Tchad de 1982 à 1990, rattrapé par la justice à Dakar où il s’était réfugié et enfin condamné à la prison à vie pour « crimes contre l’humanité ». Le nombre de ses victimes a été estimé à quelque 40 000 personnes. On se réjouira donc de ce procès – une première – par lequel un dictateur africain est condamné par les Africains dans le cadre des Chambres africaines extraordinaires – CAE – crées avec l’assentiment de l’Union africaine – UA. Mais dans le même temps, ce procès laisse un double goût d’inachevé. Nombre d’observateurs et commentateurs, notamment africains ont par trop insisté sur le fait que les Africains devaient être jugés par des Africains, en lieu et place d’une justice internationale du type Cour pénale internationale de la Haye qu’ils récusent. Les États-Unis ont de tout temps adopté une position de ce genre qui exclut que leurs ressortissants puissent être jugés par d’autres tribunaux que les leurs. Ce n’est pas ainsi que l’on renforcera l’autorité d’une justice indépendante, dégagée des pressions en tout genre des États et des organisations multilatérales. Et puis et peut-être surtout le rôle des parrains d’Hissène Habré a été passé sous silence. Or, sans eux, sans un soutien sans faille et jusqu’au dernier moment de Paris et Washington, il n’aurait jamais pu sévir comme il l’a fait. Les intérêts diplomatiques du pays accueillant, le Sénégal, comme ceux de l’Union africaine ont conduit à éviter les « sujets susceptibles de fâcher » d’autant que l’accusé avait choisi de se taire. Or ce procès est d’actualité à plus d’un titre au nom de l’histoire bien sûr mais surtout parce que les mêmes parrains n’affichent pas davantage de scrupules à soutenir Idriss Deby, le successeur du condamné, qui sévit d’une main de fer au Tchad. La France et les États-Unis agissent dans cette partie de l’Afrique comme le fait la Russie en Syrie en protégeant, en armant et en défendant par tous les moyens des obligés qui retardent d’autant l’avènement de régimes démocratiques, respectueux des droits de l’homme. Hollande parfois qualifié du surnom de « l’Africain » n’a pas dérogé aux manquements de tous ses prédécesseurs en la matière, au-delà bien sûr des grandes envolées de principe. Cela aussi fait partie du bilan.
Un procès historique et inachevé. Celui d’Hissène Habré, dictateur sanguinaire au Tchad de 1982 à 1990, rattrapé par la justice à Dakar où il s’était réfugié et enfin condamné à la prison à vie pour « crimes contre l’humanité ». Le nombre de ses victimes a été estimé à quelque 40 000 personnes. On se réjouira donc de ce procès – une première – par lequel un dictateur africain est condamné par les Africains dans le cadre des Chambres africaines extraordinaires – CAE – crées avec l’assentiment de l’Union africaine – UA. Mais dans le même temps, ce procès laisse un double goût d’inachevé. Nombre d’observateurs et commentateurs, notamment africains ont par trop insisté sur le fait que les Africains devaient être jugés par des Africains, en lieu et place d’une justice internationale du type Cour pénale internationale de la Haye qu’ils récusent. Les États-Unis ont de tout temps adopté une position de ce genre qui exclut que leurs ressortissants puissent être jugés par d’autres tribunaux que les leurs. Ce n’est pas ainsi que l’on renforcera l’autorité d’une justice indépendante, dégagée des pressions en tout genre des États et des organisations multilatérales. Et puis et peut-être surtout le rôle des parrains d’Hissène Habré a été passé sous silence. Or, sans eux, sans un soutien sans faille et jusqu’au dernier moment de Paris et Washington, il n’aurait jamais pu sévir comme il l’a fait. Les intérêts diplomatiques du pays accueillant, le Sénégal, comme ceux de l’Union africaine ont conduit à éviter les « sujets susceptibles de fâcher » d’autant que l’accusé avait choisi de se taire. Or ce procès est d’actualité à plus d’un titre au nom de l’histoire bien sûr mais surtout parce que les mêmes parrains n’affichent pas davantage de scrupules à soutenir Idriss Deby, le successeur du condamné, qui sévit d’une main de fer au Tchad. La France et les États-Unis agissent dans cette partie de l’Afrique comme le fait la Russie en Syrie en protégeant, en armant et en défendant par tous les moyens des obligés qui retardent d’autant l’avènement de régimes démocratiques, respectueux des droits de l’homme. Hollande parfois qualifié du surnom de « l’Africain » n’a pas dérogé aux manquements de tous ses prédécesseurs en la matière, au-delà bien sûr des grandes envolées de principe. Cela aussi fait partie du bilan.

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