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| Ouverture de l'Euro 2016 (capture d'écran). |
Le gouvernement et tous les affairistes du juteux marché du sport spectacle ont tout fait pour vendre aux Français et aux Européens cet Euro 2016 comme une « fête du sport » dans laquelle chacun est invité à s’immerger en ne pensant à rien d’autre que le parcours espéré de son équipe nationale favorite. D’ores et déjà raté car – et c’est heureux – un Français sur deux dit ne goûter que fort modérément ces festivités et les débordements qui les accompagnent. On apprend dans la foulée quelques détails croustillants comme le fait que la pelouse du stade de France est striée de bandes jaunâtres peu engageantes. On retiendra aussi les premiers débordements de supporters alcoolisés sur le Vieux-Port à Marseille. Pire, les associations antiracistes européennes dont SOS racisme ont saisi les autorités pour faire interdire l’hymne officiel des supporters croates qui sanctifie la haine. Et ce n’est pas encore vraiment commencé ! Il est à souhaiter qu’en dépit de la mobilisation de la plupart des médias autour de l’événement, la majorité de la population garde à l’esprit qu’il y a des choses bien plus importantes dans la vie que ce déferlement de chauvinisme organisé par l’UEFA, ses sponsors et les petites mains d’un exécutif aux abois.
Il y a cette inquiétude grandissante qui gagne les places boursières et les états-majors des grandes entreprises devant un retour à la croissance qui demeure paradoxal. D’un côté les chiffres annoncés par l’Insee semblent confirmer la thèse hollandaise selon laquelle « ça irait mieux », du moins en France, sur de nombreux fronts, et de l’autre monte cette inquiétude partagée sur le jour d’après, et ce bien sûr non pas à l’échelle de l’Hexagone mais à celle de la planète. Au point où la Banque mondiale vient de revoir une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année en cours – 2,4 % au plan mondial au lieu de 2,9. Si c’était vérifié, alors la situation serait vraiment critique. Au point où la BCE s’engage dans le rachat massif de dettes d’entreprise avec l’espoir que cela aidera les grands groupes à investir enfin. Au point où le papier sur la dette allemande à 10 ans est affecté d’un taux négatif. Signe que les investisseurs privés claquent des genoux devant le moindre risque et préfèrent des placements qui en sont dépourvus quitte à payer un intérêt pour cela. La finance marche sur la tête… en proie à la peur des lendemains qui déchantent.
Il y a la loi Sapin 2 où comme le dit un député de gauche, l’on s’efforce de fabriquer un « sabre en bois » pour affronter les grands intérêts financiers. Une somme de mesurettes en effet qui ne risquent pas de faire trembler sur leur base les tricheurs en bandes organisées qui écument la planète. « Un premier pas »… dit Sapin à chacune de ses interventions ou presque pour justifier le refus du gouvernement de suivre les députés les plus audacieux. Quant aux rémunérations des patrons voyous qui se goinfrent, elles devront respecter le vote majoritaire des assemblées générales d’actionnaires. Voilà bien une mesure courageuse par laquelle l’État s’en remet aux croqueurs de dividendes pour réguler les fantaisies de leur PDG, l’intérêt général, celui de la collectivité, restera lui interdit de séjour. Une mention dans ce cadre au parti de Sarkozy l’identitaire, fort discret sur le sujet, mais qui s’est distingué sur un point particulier avec un bel ensemble. Ces gens s’opposent à ce qu’une condamnation pour escroquerie puisse être accompagnée d’une peine d’inéligibilité. Pensez donc, ne pas donner une énième chance aux multirécidivistes de la délinquance en col blanc… Le parti dit « Les Républicains » aurait beaucoup à y perdre.
Il y a ces conflits sociaux qui n’en finissent pas parce que le gouvernement Valls avec l’aval de Hollande refuse toujours d’entendre raison. Les concessions sectorielles ou catégorielles n’ont pas suffi. La loi El Khomri continue son laborieux cheminement avant de revenir à l’Assemblée. Hidalgo comme Aubry et de plus en plus de socialistes la décrient soulignant le dumping social qu’organise son article 2. Celle qui lui a donné son nom s’en va, elle, répétant qu’elle constituerait une garantie pour les salariés comme elle le prétendait d’ailleurs de la version initiale avec le même aplomb, la même arrogance qui fait d’elle une sorte de Rachida Dati du gouvernement. Mais la mobilisation se poursuit et devrait connaître un nouveau temps fort le 14 juin avec une grande manifestation nationale à Paris. Non content d’avoir méprisé la volonté majoritaire des salariés et des Français, le pouvoir se fait désormais menaçant contre les grévistes contre lesquels il dit qu’il n'hésitera pas à avoir recours aux réquisitions. La mesure serait détestable car elle constituerait une attaque sans beaucoup de précédents de la part d’un gouvernement contre le droit de grève. Prétexter l’intérêt général à la seule fin d’acheminer des supporters de foot a cependant peu de chance de convaincre la justice française et européenne de son bien fondé. La « gonflette » provocatrice de Vidalies est ridicule et indécente.
Il y a enfin comme résultante de ce climat social de plomb, des prolongements politiques qui ne sauraient tromper personne Il en va ainsi du dernier meeting des groupies de Valls pour célébrer la trop fameuse loi de sa ministre du travail. Un bunker en plein douzième arrondissement avec un public trié sur le volet et sous la protection de centaines de CRS. Voilà à quoi ressemble désormais un meeting du pouvoir. Cambadélis commet une faute majeure en y associant le parti socialiste car il l’entraîne ainsi dans le sillage des héritiers de Jules Moch et Guy Mollet. Preuve en est l’extrême pauvreté de l’argumentation consistant à dire aux électeurs, la droite ferait pire que nous… Comment peuvent-ils espérer avec cette logique ne serait-ce que figurer honorablement dans les campagnes électorales – présidentielle et législatives – de l’an prochain ? Le déni de réalité est patent et c’est la raison pour laquelle ils sont dangereux en dépit de leur faiblesse et de l’absence de majorité pour les soutenir dans le pays comme à l’Assemblée. L’opinion démocratique a ici un rôle majeur à jouer aux côtés du mouvement social, en particulier, s’ils s’avisaient d’user des réquisitions pour porter un coup au droit constitutionnel de grève après avoir attenté aux droits du Parlement. Pas une voix de gauche, pas une voix démocratique ne devrait alors se porter sur les auteurs d’une telle forfaiture. Nous n’en sommes pas là, pas encore, mais…

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