mercredi 15 juin 2016

Parti pris du 15 juin 2016

À Orlando (photo © AFP), à Marseille (photo © AFP), à Colombey-les-Deux-Églises (photo © SIPA).

Avec l’horreur en partage de part et d’autre de l’Atlantique. Les crimes d’Orlando et de Magnanville sont deux faces d’une même réalité fomentée par l’internationale de la terreur islamiste. Là ce sont plus d’une centaine de victimes, assassinées ou blessées, dans un lieu symbolique, un lieu de fête fréquenté par la communauté LGTB. Ici, c’est un couple de fonctionnaires de police qui est massacré dans son intimité familiale en présence de leur enfant de trois ans. Les chiens de guerre de l’État islamique – EI/Daesh – sont à vomir. Le Djihad mondial n’a même plus besoin de commandos de tueurs. Tout fou d’Allah peut à tout moment tuer après avoir fait allégeance à l’entreprise criminelle qui en revendiquera ensuite la paternité. Comme ils le disent, seule règle à respecter, abattre des « mécréants », le plus sauvagement possible, pendant le Ramadan. Tout le problème pour l’humanité et les sociétés visées, c’est de comprendre la nature exacte de la menace et de choisir les moyens d’y faire face. Une menace qui n’est plus exclusivement liée aux crises proche et moyen-orientales même si la résolution de celles-ci assècherait bien sûr le marais sanglant. C’est de l’intérieur des sociétés occidentales que proviennent ces tueurs lambdas. Certains plus ou moins repérés, d’autres pas. L’idéologie de « la barbarie religieuse pour les nuls » que véhiculent les réseaux sociaux les anime. Sans combat et sans victoire sur ce terrain « culturel », le risque sera durablement présent. Il implique la responsabilité de tous, celle de l’État qui doit y consacrer les moyens nécessaires, celle de l’école, celle des médias et celle des citoyens, au premier rang desquels celle des Musulmans qui doivent rejeter clairement des notions aussi datées et infâmes que le Djihad, tout aussi détestable que la Croisade chrétienne. Hilary Clinton en nommant les choses par leur nom, à la différence d’Obama, et en dénonçant « le Djihad » a sans doute fait faire un pas en avant à la société américaine tout en défendant les Musulmans contre les folies discriminatoires de Trump. Rien ne sert en revanche de céder comme l’a fait le gouvernement à la demande de port d’armes permanent des fonctionnaires de police, y compris en dehors du service. Tout simplement parce que jamais une société démocratique n’a intérêt à faire de ses forces de sécurité un corps séparé, coupé du reste des citoyens. D’une certaine manière, c’est ce que cherchent les barbares, la guerre permanente portée partout. La prolongation sine die de l’état d’urgence prend ainsi corps en France et c’est évidemment totalement inacceptable d’un point de vue démocratique.

Avec la consternation devant les agissements des casseurs. Le comportement imbécile, vide de sens, de quelques centaines d’individus s’en prenant même à l’hôpital Necker aura réussi en effet à ternir, voire à faire passer au second plan le succès pourtant incontestable de la mobilisation contre la loi El Khomri. Non dans les termes par trop exagérés de la CGT, ni même dans ceux par trop minorés du ministère de l’Intérieur. Ce sont sans doute plusieurs centaines de milliers de manifestants qui ont battu le pavé parisien. La mobilisation ne faiblit donc pas et le gouvernement Valls ne peut l’ignorer, lui, qui a tout tenté pour discréditer ses opposants au point de menacer désormais le droit de manifester. Le retrait du texte ou à défaut sa renégociation avec le mouvement social n’est pas une hypothèse parmi d’autres, c’est la seule qui permettrait la sortie de crise avant l’été. Des casseurs alcoolisés, il y en a davantage encore sur la planète foot, souvent à l’initiative des courants de l’extrême-droite. Les Russes sont experts en la matière au point où les autres viennent « se former » chez eux. Les rois du baston hooligan ont dévasté le cœur de quelques villes aux tout premiers jours de la « grande fête du sport » comme disaient les tartuffes ministériels qui n’avaient de cesse de discréditer le mouvement social qui ternissait selon eux « l’image de la France ». Puis ils se turent toute honte bue, annonçant comme mesure « révolutionnaire », le contrôle de la vente d’alcool sans même se rendre compte qu’en tolérant que le brasseur Carlsberg soit sponsor officiel de l’euro, ils violaient la loi Évin sur l’interdiction de publicité pour l’alccol. Quant à l’organisateur, l’UEFA – corrompu comme la FIFA à tous les étages – on l’a vu ne prendre aucune mesure réelle contre les agissements des supporters dans les enceintes où il règne. Il est donc à craindre que le cirque du sport business se déchaîne tout au long des « festivités » réduisant les retombées économiques de l’événement à bien peu de choses et exposant les dirigeants aussi bien « sportifs » que « politiques » du cru à la risée de toute l’Europe tant il est vrai que le même évènement n’avait pas donné matière à pareil débordement depuis bien longtemps. Le contrôle public sur ces fédérations « sportives » acquises à la seule loi de l’argent facile est un préalable à la remise en ordre d’un marché qui discrédite les valeurs sociales et démocratiques. Ce n’est sans doute pas demain la veille qu’un gouvernement s’y résoudra mais la Commission de Bruxelles avait montré quelques velléités de s’y attaquer, sans lendemain. Ce n’est pas une raison pour y renoncer au nom de la santé et de la tranquillité publique.

Avec la sidération que provoque un Président en mode gaullien. Il a osé mettre ses petits pas dans ceux du Grand Charles, en rajoutant à dessein – pas moins de trois manifestations – sans que cela puisse avoir une signification politique crédible. En premier lieu, parce que l’on s’étonnera qu’en période agitée il n’ait pas grand chose d’autre à faire que de cultiver le sens de l’histoire. Il est vrai que comme Sarkozy, il est candidat et mène campagne, ce qui n’est guère honorable. En second lieu parce que la droite héritée du gaullisme est fondée à le renvoyer dans les cordes sur la « vision de la France » qu’il oppose à la petitesse frileuse de ses dirigeants actuels. Le clivage droite-gauche est tout aussi pertinent aujourd’hui qu’il pouvait l’être quand De Gaulle était à l’Élysée. En troisième lieu enfin parce que De Gaulle n’était pas spécialement ouvert sur le monde, il n’était pas davantage « européen » au sens actuel de ce mot dans l’histoire politique. Il était un homme de droite de son temps, qui avait certes su prendre l’initiative de l’Appel du 18 juin 1940 mais qui devait, de retour au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 1958, instaurer une République antidémocratique et un pouvoir personnel qui ont longtemps fait du pays un cas à part dans l’ensemble européen. Ni la décolonisation tardive, aurait-il eu un temps d’avance sur les siens à droite, ni les atteintes répétées aux libertés publiques, ni les « barbouzeries » en tout genre, ni l’utilisation de la main d’œuvre immigrée dans des conditions sordides ne sont des détails qu’il serait possible de passer par pertes et profits pour la gauche. Celle du moins qui ne s’abaisse pas, à la différence de Hollande, aux petites manoeuvres politiciennes. L’histoire, ses enseignements et dans une certaine mesure sa continuité permettent de donner du sens aux événements présents par-delà les différences d’époques et les changements intervenus en Europe comme dans le monde. C’est pourquoi il y a mieux à faire que de travestir le passé en espérant capter dans une démarche illusoire une part de l’héritage gaulliste. Les sondages calamiteux et la perspective que le Président sortant n’arrive même pas en tête parmi les candidats de gauche au premier tour de l’élection présidentielle le confirment. Donc assez de vaines simagrées !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire