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| Photo © AFP |
À l'initiative du journal Libération, quarante personnalités demandent au
gouvernement de légiférer pour qu'un patron ne puisse pas percevoir plus de
cent Smic. Bien sûr, un appel à l'échelle de l'Europe aurait été plus efficace
et aurait modifié certains angles d'attaque de ce texte. Pour autant, tel qu'il
est, celui-ci constitue un élément du programme d'une gauche qui voudrait
réellement changer le cours des choses. C'est la raison pour laquelle nous le
publions et invitons nos lecteurs à le signer à leur tour.
« Parce que nous vivons une période inédite dans l’histoire du capitalisme contemporain. Alors que, dans les années 60, les rémunérations des PDG représentaient 40 fois le salaire moyen pratiqué dans les plus grandes entreprises américaines, cet écart a explosé pour atteindre aujourd’hui plus de 200 au sein de ces dernières et 120 dans les sociétés françaises.
Parce que le gouvernement a fait en 2013 le pari de l’autorégulation et que celui-ci a échoué. Rien qu’en 2015, la rémunération totale des patrons du CAC 40 a augmenté entre 5 % et 11 % selon les évaluations, pour atteindre un montant moyen de 4,2 millions d’euros par an, soit 240 Smic.
Parce que le principal argument patronal pour justifier de telles pratiques – celui d’un marché mondial des très hauts dirigeants qui nécessiterait un alignement des salaires par le haut – n’est corroboré par aucune étude économique sérieuse et aucune réalité concrète.
Parce que plusieurs institutions internationales, comme l’OCDE et le FMI, s’alarment depuis plusieurs années du poids croissant des inégalités et de leurs conséquences négatives sur le potentiel de croissance de nos économies occidentales.
Parce qu’en se comportant de la sorte, notre élite économique entretient un sentiment de chacun pour soi délétère. Alors que la majorité des Français a dû consentir de gros efforts depuis la crise de 2008, ces pratiques patronales remettent en question notre pacte de solidarité, nourrissent la défiance vis-à-vis de nos institutions et alimentent le vote d’extrême droite.
Pour toutes ces raisons, nous demandons au gouvernement de légiférer pour que désormais, en France, un patron ne puisse pas être rémunéré plus de 100 Smic, soit 1,75 million d’euros par an.
On nous objectera qu’une telle loi est difficile en France, car elle pourrait se heurter à une censure du Conseil constitutionnel.
On répondra que le gouvernement peut trouver les moyens de rendre compatible cette exigence d’un salaire plafond avec notre Constitution.
On nous objectera que la France sera alors le seul pays au monde à inscrire dans la loi un tel plafond.
On répondra que ce sera un motif de fierté nationale.
On nous objectera qu’à cause de cette loi, les investisseurs étrangers vont être découragés d’investir en France.
On répondra que ces derniers profiteront d’un vivier de dirigeants « bon marché ».
On nous objectera que 100 Smic, c’est bien trop.
On répondra que c’est un début et que si cette loi est votée, elle obligera la quasi-totalité des patrons du CAC 40 (et donc une très grande partie de leur comité exécutif) à baisser leur rémunération d’au moins 58 %. »
>>> SIGNER LA PÉTITION
Les 40 premiers signataires
Christophe Alévêque,
humoriste et patron de PME ; Claude Bartolone, président PS de l’Assemblée nationale ; Laurent Berger, secrétaire
général de la CFDT ; Karine
Berger, députée PS ; Luc
Bérille, secrétaire général de l'Unsa ; Philippe Besson, écrivain ; Eric Beynel et Cécile
Gondard Lalanne, porte-paroles de Solidaires ; Jean-Marc Borello,
président de Groupe SOS ; Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire
du PS ; Patrick
Chamoiseau, écrivain ; Daniel Cohn-Bendit, cofondateur d’EE-LV ; Carole Couvert, présidente
de la CFE-CGC ; Didier Daeninckx, écrivain ; Cécile Duflot, députée
EE-LV ; Irène
Frachon, pneumologue ; Jean-Paul Fitoussi, économiste ; Marcel Gauchet, historien ; Raphaël Glucksman,
écrivain et réalisateur ; Benoît Hamon, député PS ; Anne Hidalgo, maire PS de
Paris ; Nicolas
Hulot, militant écologiste ; Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France ; Pierre
Larrouturou, coprésident de Nouvelle donne ; Jean Lassalle, député centriste non inscrit ; Claude Lévêque, artiste
plasticien ; Edouard
Martin, eurodéputé PS ; William Martinet, Unef ; Philippe Martinez,
secrétaire général de la CGT ; Dominique Méda, sociologue ; Arnaud Montebourg,
entrepreneur et ancien ministre de l’Economie ; Serge Papin, PDG de
Systeme U ; Thomas
Piketty, économiste ; Eric
Rheinardt, écrivain ; Jean-François
Rial, PDG de Voyageurs du monde ; Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre
du Rond-Point ; Jean
Rouaud, écrivain ; Dominique
Rousseau, professeur de droit public ; Pierre Rosanvallon, historien ; Henri Sterdinyak,
cofondateur des économistes Atterrés ; Michel Wieviorka, sociologue.

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