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| Hollande ce matin sur l'antenne d'Europe 1 (photo DR). |
« Je ne cèderai pas. » C’est avec ces mots empreints d’arrogance et de certitudes quant à son bon droit que François Hollande a défié le mouvement social au seuil d’une semaine de mobilisation contre la loi travail d’El Khomri. S’il ne s’agissait que d’une posture de celui qui espère encore trouver un compromis l’affaire serait entendue. Mais, hélas, le pouvoir s’engage, tout l’indique, dans une épreuve de force après avoir contraint le mouvement social et les organisations syndicales à se battre dos au mur pour essayer de préserver l’essentiel. Un mouvement syndical divisé et affaibli qui a certes su gagner la sympathie et le soutien de l’opinion mais n’a pas jusqu’à ce jour été capable de les transformer en de puissantes mobilisations de rue. Celles-ci ont décliné depuis fin mars tant en nombre de participants qu’en nombre de territoires concernés. D’où le passage obligé par la grève dans des secteurs qui paieraient un lourd tribut à la loi travail si elle devait être appliquée. C’est le cas des chauffeurs routiers où l’inversion des normes, la primauté donnée aux prétendus « accords » d’entreprise, à la main de petits voire tout petits employeurs, se traduirait par une régression sociale généralisée. Bien d’autres secteurs en feraient aussi les frais et c’est bien cela qui est absolument intolérable de la part d’un pouvoir qui se prétend encore, à écouter Hollande, de gauche.
Plus généralement, on ne gouverne jamais efficacement et durablement contre l’opinion, contre le mouvement social, contre les jeunes car cela conduit à attiser les tensions, à créer de la division et des rancœurs qui sont autant de plaies sociales. C’est pourtant ce à quoi s’emploient l’Élysée et Matignon tant il semble que sur ce plan ils soient « raccord ». Que reste-t-il du dialogue social, de l’économie participative… quand tous les moyens antidémocratiques de la Ve République sont mobilisés dans un seul but, battre ceux qui, à la différence de la direction de la CFDT, ne sont pas prêts à capituler sans combat ? Lui, Président, tout ou presque est permis dont la suspension des droits du Parlement. Car l’affirmation de l’autorité brutale et sans nuances conduit à ce glissement permanent vers une gouvernance qui a peu d’équivalents en Europe et représente un danger certain pour la démocratie et la cohésion sociale et parce qu’elle ouvre un champ des possibles en matière de dérapages et de graves incidents dont le pays n’a évidemment nul besoin. Lui, Président a beau répéter que cela va mieux, qui pourrait penser que la croissance a quoi que ce soit à gagner de ce climat social délétère ?
La violence tient ici une place particulière. Elle dessert le mouvement de contestation de la loi El Khomri, c’est une évidence. Mais comme nous l’avons écrit et répété elle est tout à la fois dévoiement et expression indirecte d’une profonde désespérance sociale. Il est légitime que les « casseurs », incapables de mettre ne serait-ce que des mots sur leurs agissements coupables, soient mis hors d’état de nuire lors des manifestations. Il n’est nullement légitime que le ministère de l’intérieur détourne l’état d’urgence à des fins sans rapport avec son objectif. Car, s’il s’agissait de faire face à la menace d’attentats islamistes, on voit désormais se profiler une logique du maintien de l’ordre qui ne s’embarrasse d’aucune précaution démocratique, interdisant de séjour des manifestants qui voient ainsi leurs droits démocratiques suspendus sans pour autant être poursuivis en justice pour des faits délictueux. C’est absolument inacceptable, ces mesures toucheraient-elles quelques dizaines d’individus seulement. Sans compter que la descente dans la rue des policiers à l’initiative principalement du très droitier syndicat « Alliance » ne peut qu’inquiéter. Un engrenage qui en dit long sur la dérive autoritaire d’un pouvoir qui n’a plus de majorité ni dans l’opinion, ni au Parlement et qui entend tenir son cap contre vents et marées.
Cette situation est accablante pour ceux qui gouvernent et pour ceux qui les soutiennent encore car plus que tout autre épisode politique du quinquennat, celui-ci est probablement sans retour. On ne foule jamais au pied les principes démocratiques impunément. La gauche devrait le savoir. Or sa composante gouvernementale n’en a cure. Elle prend même goût à cet interdit qu’elle a commencé à lever pour s’y engouffrer demain sans retenue si elle juge que les circonstances l’y invitent. Il reste onze mois d’ici l’élection présidentielle de l’an prochain. La France ne peut pas se payer le luxe d’une crise larvée, permanente, propice à des explosions soudaines d’exaspération, parce que le pays est à la traîne de la plupart de ses partenaires européens. La reprise de la croissance comme un éventuel recul du chômage feraient long feu dans ce cadre si l’offensive mortifère de Hollande et de Valls n’était pas stoppée. Il faut donc accompagner le mouvement social dans sa tentative salutaire pour contrecarrer l’arrogance d’un pouvoir devenu dangereux en exigeant le respect des libertés publiques, du droit de manifester de chaque citoyen à ceux du Parlement en passant par le respect des organisations syndicales.
Hollande se comparant à l’ex-chancelier social-démocrate allemand Schröder s’aveugle par narcissisme et déni de réalité. Aux yeux d’une partie toujours plus grande de la gauche, ses prises de position, ses postures, son action s’apparentent bien davantage à celles de Jules Moch ou de Guy Mollet. Il peut avoir recours dans une campagne qui ne dit pas encore son nom à une com’ vantant son bilan à la faveur de gros mensonges par omission, il ne trompe plus le peuple de gauche. Son affirmation selon laquelle il n’y a pas d’alternative à gauche ni à sa personne, ni à la politique qu’il défend – une « social-démocratie à la française » – est un nouveau chantage aux accents gaulliens du « moi ou le chaos ». Cela date et témoigne d’une conception bien singulière de la gauche, de la politique en général et de la démocratie par dessus tout. L’Alternative unitaire de toute la gauche non compromise dans les agissements de l’exécutif ces dernières semaines est dans ces circonstances une nécessité pour battre la droite et l’extrême-droite et ne pas revivre le chaos démocratique et social que nous lègue le Président sortant. Que chacun et tous y participent.
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