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| Hofer, le candidat de l'extrême-droite autrichienne (photo © Eibner Europa) ; Schauüble, le ministre des finances de Merkel (photo © DR) ; Boris Johnson (photo © Getty Images). |
À la veille du second tour de l’élection présidentielle en Autriche. Dimanche 22 mai, les Autrichiens éliront à la présidence de la République soit un indépendant ancien dirigeant des Verts, Alexander van der Bellen, soit un extrémiste du FPÖ – parti des libertés autrichiennes. Ce dernier, Norbert Hofer, est donné gagnant par les sondages – 53 % – ouvrant la voie à une catastrophe démocratique sans précédent comparable depuis la seconde guerre mondiale. Au premier tour, les candidats des partis de la coalition gouvernementale, sociaux-démocrates et conservateurs, ont été balayés totalisant ensemble 23 % à peine du corps électoral, quand le candidat d’extrême droite caracolait à 35,05 %. Les causes de ce possible tournant vers l’inconnu de l’un des Etats membres de l’UE les plus stables et les moins secoués par la crise sont connues. Elles ont une dimension autrichienne d’abord avec la persistance d’un courant « deutschnational » héritier des partisans de l’Anschluss de 1938. Le FPÖ a vu le jour dès 1955 regroupant bon nombre d’anciens nazis dans une Autriche qui n’a jamais fait l’objet d’une épuration sérieuse à l’issue de la seconde guerre mondiale. S’y ajoute la dimension libérale de l’extrême-droite autrichienne, moins porteuse que le FN et d’autres formations du même genre des fondamentaux fascistes des années trente au plan économique. Cela se combine avec le caractère irresponsable des deux grandes formations qui ont dominé jusqu’alors la vie politique à Vienne. En 2000, c’est un chancelier conservateur, Wolfgang Schüssel, qui a ouvert la voie à une participation de l’extrême-droite de Jörg Haider au gouvernement. Aujourd’hui, sociaux-démocrates et conservateurs, se défendent de vouloir gouverner avec le FPÖ mais le font en réalité au plan local et régional au Burgenland pour les premiers, en Haute-Autriche pour les seconds. Ces dimensions spécifiquement autrichiennes se combinent avec la poussée dans toute l’Europe des populistes et autres extrémistes de droite sur le terreau de la crise, de la peur de l’Islamisme et de la manière dont n’a pas été traitée correctement la question des migrants réfugiés. Dans ce climat angoissant, les propos de Jean-Claude Junker, le Président de la Commission réaffirmant qu’il ne saurait y avoir « ni débat ni dialogue avec l’extrême-droite » en Autriche et ailleurs, appellent une logique de riposte indispensable, institutionnelle et populaire. Si le FPÖ l’emporte dimanche, le rappel immédiat des ambassadeurs européens s’impose. Hofer serait-il élu Président, il doit être empêché de voyager dans l’Union par la décision de ne pas le lui permettre d’un maximum d’États membres dont Paris et Berlin en particulier. Les sanctions économiques au cas par cas devront prendre la relève dans l’ensemble des programmes communautaires où l’Autriche est impliquée. C’est la seule manière de marquer non seulement une réprobation mais une volonté de ne pas laisser prospérer ce type de courant et ses semblables qui gouvernent déjà à Budapest, à Varsovie et à Bratislava…
À l’avant-veille d’un accord de l’Eurogroupe sur la Grèce. Athènes depuis janvier 2015 continue d’assainir et redresser sa situation économique sous la direction du gouvernement d’Alexis Tsipras et sous la contrainte pressante des créanciers du pays. Le résultat, au-delà de telle ou telle décision discutable, est incontestable. Au point qu’il faut désormais obtenir les moyens d’aller plus loin. Elle pourrait ainsi se voir allouer jusqu’à dix milliards d’euros par l’Eurogroupe et Tsipras confirme l’objectif d’un retour sur les marchés dès 2017. Ce qui bloque encore, ce sont les prétentions de Schaüble et de quelques autres qui souhaitent faire payer à la gauche hellénique son insolence pour avoir osé leur résister. D’autant que la proposition du FMI sur la dette, l’objectif majeur de Syriza, a quelque peu défrisé les tenants de l’austérité pour l’austérité. Le Fonds propose en effet que la dette grecque, d’évidence insoutenable, fasse l’objet d’un moratoire jusqu’à 2040 et qu’elle soit ensuite étalée de 2040 à 2080. Reconnaissance en somme de ce qu’affirme la gauche grecque depuis le premier jour sur le fait que ce fardeau de la dette lui a été imposé et qu’il l’étrangle. La proposition du FMI répond à un problème particulier et non au problème plus général de l’envolée des dettes souveraines en Europe bien au-delà du critère de Maastricht qui entendait en limiter le volume à 60 % du Pib. À supposer qu’une proposition intermédiaire entre le FMI et l’Union puisse être trouvée, elle laisserait entier le problème des encours d’autres États membres affectés par le même fléau. C’est pourquoi l’Europe a tout intérêt à chercher une solution du côté d’une mutualisation au moins partielle de ce lourd handicap, par exemple au-delà du ratio de 60 % par rapport au Pib. Dans ce cas, presque tous les États seraient concernés, y compris l’Allemagne. D’autant que souffle sur les instances européennes un vent quelque peu nouveau comme l’on a pu s’en rendre compte à propos du traitement des déficits. Madrid, Lisbonne et Rome, menacées de poursuites pour « déficits excessifs » ont obtenu comme Paris avant elles des délais pour rentrer dans les clous – déficits cumulés inférieurs à 3 %. C’est évidemment raisonnable mais cela rompt avec la rigidité berlinoise sur la question. Il est vrai que l’Allemagne de Merkel et Schaüble espère de son coté échapper à des poursuites pour « excédents excessifs » – au-delà de 6% du Pib. Mais cela prouve surtout en quoi l’Union doit se réformer pour accéder à une plus grande intégration fédérale lui permettant plus de souplesse pour faire face aux inévitables crises régionales. D’autant qu’une série d’indicateurs économiques soulignent les faiblesses persistantes de l’attelage communautaire des 28. Il en va ainsi de la pauvreté qui continue d’augmenter, fût-ce légèrement, lors des trois dernières années. Elle touche par exemple 8,6 millions de Français disposant de revenus inférieurs à 1002 euros par mois. Il en va ainsi du sous-emploi – citoyens qui souhaiteraient travailler davantage et non inscrits au chômage – qui représente tout de même 10 millions d’individus à l’échelle de l’Union – 4,6 % de l’emploi total. Il faut les ajouter aux 23 millions de chômeurs, avant tout des jeunes au moment où le nombre d’inactifs – 136 millions – progresse sensiblement. Autant de questions auxquelles il est urgent d’apporter des réponses au moins coordonnées si ce n’est intégrées car l’Union a en la matière des moyens d’action infiniment supérieurs à ceux de ses États-membres.
Sans compter les autres sujets d’inquiétude, du « Brexit » à la Turquie. Tout a été dit et écrit à propos des risques majeurs que ferait courir à la Grande-Bretagne, à toute l’Europe, voire à l'économie mondiale comme s'en inquiète le G7, un vote majoritaire des Britanniques, le 23 juin, en faveur de la rupture avec l’UE. On soulignera cependant à quel point les tenants de celle-ci ne s’embarrassent plus de considérations sérieuses, tant leur niveau d’argumentation est faible et parfois infâme comme cette comparaison de Boris Johnson entre les instances européennes et Hitler. Est-ce le signe qu’ils sentent l’opportunité leur échapper ? Il est trop tôt pour le dire mais la plupart des derniers sondages donnent le oui au maintien dans l’Union en tête. Dans ce cadre Junker enfonce le clou prévenant que la rupture ferait que la Grande-Bretagne serait considérée comme « un État tiers » ajoutant que « les déserteurs ne seraient pas les bienvenus ». En Turquie, en négociation d’adhésion serrée avec l’Union, en contrepartie de son rôle dans la rétention du flot de migrants entrant en Europe par le bassin oriental de la Méditerranée, Erdogan poursuit ses rêves antidémocratiques de pouvoir personnel. Cela se traduit à la veille du congrès de son parti, l’AKP – parti de la justice et du développement – par la menace de lever l’immunité de quelque 138 députés qui sont sous le coup de poursuites judiciaires, dont 50 pour les pro-kurdes du HDP, parti démocratique des peuples. Merkel qui a tant agi pour l’accord avec Ankara est au pied du mur tant l’évolution sur place montre à quel point Erdogan a su tirer profit de cet accord contestable et contesté pour renforcer son pouvoir sans partage. Il est vrai que le flot de réfugiés débarquant en Grèce a été réduit de manière drastique mais la balance semble pencher désormais du côté des effets négatifs. Et puis, il y a toutes les autres situations régionales qui soulignent à leur manière les impasses dans lesquelles sont engagés des exécutifs peu assurés et affaiblis. C’est le cas en Espagne qui n’a qu’un gouvernement intérimaire depuis novembre et où les électeurs sont à nouveau convoqués aux urnes le 26 juin pour tenter de trouver les clés d’une stabilité politique durable. C’est le cas en France où l’exécutif n’en finit pas avec la loi travail d’El Khomri qu’il tente d’imposer en force au pays qui n’en veut pas. Le 26 mai et le 14 juin, les opposants à cette loi de régression sociale remettront le couvert après un relatif succès de la dernière journée de mobilisation, le 19 mai. En Allemagne, d’autres accords salariaux dans le bâtiment notamment – 5 % d’augmentation sur 24 mois – sont venus confirmer ceux conclus entre IG métal et les employeurs. Qui ne voit pas le danger pour l’Union de ces politiques économiques et sociales strictement contradictoires entre Paris et Berlin en particulier. Junker peut bien appeler à une initiative franco-allemande pour relancer la machine quand ses composantes principales tirent en sens inverse, il y a peu de chance que quoi que ce soit ne bouge à court terme. C’est pourtant indispensable pour sortir de ce qu’un rapport de France stratégie qualifie « d’ambiguïté constructive ».
À l’avant-veille d’un accord de l’Eurogroupe sur la Grèce. Athènes depuis janvier 2015 continue d’assainir et redresser sa situation économique sous la direction du gouvernement d’Alexis Tsipras et sous la contrainte pressante des créanciers du pays. Le résultat, au-delà de telle ou telle décision discutable, est incontestable. Au point qu’il faut désormais obtenir les moyens d’aller plus loin. Elle pourrait ainsi se voir allouer jusqu’à dix milliards d’euros par l’Eurogroupe et Tsipras confirme l’objectif d’un retour sur les marchés dès 2017. Ce qui bloque encore, ce sont les prétentions de Schaüble et de quelques autres qui souhaitent faire payer à la gauche hellénique son insolence pour avoir osé leur résister. D’autant que la proposition du FMI sur la dette, l’objectif majeur de Syriza, a quelque peu défrisé les tenants de l’austérité pour l’austérité. Le Fonds propose en effet que la dette grecque, d’évidence insoutenable, fasse l’objet d’un moratoire jusqu’à 2040 et qu’elle soit ensuite étalée de 2040 à 2080. Reconnaissance en somme de ce qu’affirme la gauche grecque depuis le premier jour sur le fait que ce fardeau de la dette lui a été imposé et qu’il l’étrangle. La proposition du FMI répond à un problème particulier et non au problème plus général de l’envolée des dettes souveraines en Europe bien au-delà du critère de Maastricht qui entendait en limiter le volume à 60 % du Pib. À supposer qu’une proposition intermédiaire entre le FMI et l’Union puisse être trouvée, elle laisserait entier le problème des encours d’autres États membres affectés par le même fléau. C’est pourquoi l’Europe a tout intérêt à chercher une solution du côté d’une mutualisation au moins partielle de ce lourd handicap, par exemple au-delà du ratio de 60 % par rapport au Pib. Dans ce cas, presque tous les États seraient concernés, y compris l’Allemagne. D’autant que souffle sur les instances européennes un vent quelque peu nouveau comme l’on a pu s’en rendre compte à propos du traitement des déficits. Madrid, Lisbonne et Rome, menacées de poursuites pour « déficits excessifs » ont obtenu comme Paris avant elles des délais pour rentrer dans les clous – déficits cumulés inférieurs à 3 %. C’est évidemment raisonnable mais cela rompt avec la rigidité berlinoise sur la question. Il est vrai que l’Allemagne de Merkel et Schaüble espère de son coté échapper à des poursuites pour « excédents excessifs » – au-delà de 6% du Pib. Mais cela prouve surtout en quoi l’Union doit se réformer pour accéder à une plus grande intégration fédérale lui permettant plus de souplesse pour faire face aux inévitables crises régionales. D’autant qu’une série d’indicateurs économiques soulignent les faiblesses persistantes de l’attelage communautaire des 28. Il en va ainsi de la pauvreté qui continue d’augmenter, fût-ce légèrement, lors des trois dernières années. Elle touche par exemple 8,6 millions de Français disposant de revenus inférieurs à 1002 euros par mois. Il en va ainsi du sous-emploi – citoyens qui souhaiteraient travailler davantage et non inscrits au chômage – qui représente tout de même 10 millions d’individus à l’échelle de l’Union – 4,6 % de l’emploi total. Il faut les ajouter aux 23 millions de chômeurs, avant tout des jeunes au moment où le nombre d’inactifs – 136 millions – progresse sensiblement. Autant de questions auxquelles il est urgent d’apporter des réponses au moins coordonnées si ce n’est intégrées car l’Union a en la matière des moyens d’action infiniment supérieurs à ceux de ses États-membres.
Sans compter les autres sujets d’inquiétude, du « Brexit » à la Turquie. Tout a été dit et écrit à propos des risques majeurs que ferait courir à la Grande-Bretagne, à toute l’Europe, voire à l'économie mondiale comme s'en inquiète le G7, un vote majoritaire des Britanniques, le 23 juin, en faveur de la rupture avec l’UE. On soulignera cependant à quel point les tenants de celle-ci ne s’embarrassent plus de considérations sérieuses, tant leur niveau d’argumentation est faible et parfois infâme comme cette comparaison de Boris Johnson entre les instances européennes et Hitler. Est-ce le signe qu’ils sentent l’opportunité leur échapper ? Il est trop tôt pour le dire mais la plupart des derniers sondages donnent le oui au maintien dans l’Union en tête. Dans ce cadre Junker enfonce le clou prévenant que la rupture ferait que la Grande-Bretagne serait considérée comme « un État tiers » ajoutant que « les déserteurs ne seraient pas les bienvenus ». En Turquie, en négociation d’adhésion serrée avec l’Union, en contrepartie de son rôle dans la rétention du flot de migrants entrant en Europe par le bassin oriental de la Méditerranée, Erdogan poursuit ses rêves antidémocratiques de pouvoir personnel. Cela se traduit à la veille du congrès de son parti, l’AKP – parti de la justice et du développement – par la menace de lever l’immunité de quelque 138 députés qui sont sous le coup de poursuites judiciaires, dont 50 pour les pro-kurdes du HDP, parti démocratique des peuples. Merkel qui a tant agi pour l’accord avec Ankara est au pied du mur tant l’évolution sur place montre à quel point Erdogan a su tirer profit de cet accord contestable et contesté pour renforcer son pouvoir sans partage. Il est vrai que le flot de réfugiés débarquant en Grèce a été réduit de manière drastique mais la balance semble pencher désormais du côté des effets négatifs. Et puis, il y a toutes les autres situations régionales qui soulignent à leur manière les impasses dans lesquelles sont engagés des exécutifs peu assurés et affaiblis. C’est le cas en Espagne qui n’a qu’un gouvernement intérimaire depuis novembre et où les électeurs sont à nouveau convoqués aux urnes le 26 juin pour tenter de trouver les clés d’une stabilité politique durable. C’est le cas en France où l’exécutif n’en finit pas avec la loi travail d’El Khomri qu’il tente d’imposer en force au pays qui n’en veut pas. Le 26 mai et le 14 juin, les opposants à cette loi de régression sociale remettront le couvert après un relatif succès de la dernière journée de mobilisation, le 19 mai. En Allemagne, d’autres accords salariaux dans le bâtiment notamment – 5 % d’augmentation sur 24 mois – sont venus confirmer ceux conclus entre IG métal et les employeurs. Qui ne voit pas le danger pour l’Union de ces politiques économiques et sociales strictement contradictoires entre Paris et Berlin en particulier. Junker peut bien appeler à une initiative franco-allemande pour relancer la machine quand ses composantes principales tirent en sens inverse, il y a peu de chance que quoi que ce soit ne bouge à court terme. C’est pourtant indispensable pour sortir de ce qu’un rapport de France stratégie qualifie « d’ambiguïté constructive ».
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