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| Valls, Hollande, Macron (photo DR). |
Le recours de Valls et Hollande au 49.3 pour faire adopter par l’Assemblée en première lecture, sans vote ni discussion, la loi Travail d’El Khomri n’était « pas acceptable » comme l’écrit Martine Aubry. Sans aucun doute ! Sauf que cette fois, il est impossible de considérer ce déni démocratique à plus d’un titre comme un énième reniement après tant d’autres. Tout simplement parce qu’il s’agit probablement du « coup de trop », de la signature du forfait qui ne passera pas, de la marque d’une fracture sans retour à gauche. Hollande et son Premier ministre n’ont pas fait que « passer en force ». Ils ont méprisé sept Français sur dix qui s’opposaient avec constance depuis des mois au contenu social-libéral du texte El Khomri. Ils ont tenu pour négligeable l’opposition très majoritaire à gauche à ce texte, y compris au Parti socialiste, et ont fini par mettre en œuvre un dispositif antidémocratique condamné par les trois quarts de l’opinion. La note à acquitter est donc particulièrement lourde et interdit en pratique que ceux qui se sont livrés à cette « cavalerie antisociale et antidémocratique » puissent représenter la gauche à l’élection présidentielle de l’an prochain. Exit donc et sans regret et Hollande et Valls.
Viennent ensuite les prises de position et postures des uns et des autres dans ce sombre épisode qui ne grandit pas la gauche. Fallait-il tenter de censurer le gouvernement sur un texte clairement à gauche, comme l’ont fait 56 députés issus des rangs socialistes, communistes, écologistes et « indépendants » ? Bien sûr tant il est vrai que se contenter d’un simple commentaire a posteriori comme le font les amis d’Aubry n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Pour autant, l’on aurait aimé ne pas retrouver la signature du fraudeur Thévenoud ou celle du centriste Lassale au bas de cette motion autant pour des raisons d’éthique que de crédibilité, quitte à ce qu’il en manquât quatre et non deux en arrivant au port. Fallait-il parallèlement voter avec la droite, non pas sur un texte de condamnation démocratique mais sur une déclaration de guerre d’un libéralisme échevelé comme l’ont fait André Chassaigne et d’autres élus communistes ? Non, car à l’évidence les propositions de la droite dans la perspective de son retour au pouvoir sont bien plus destructrices que celles d’El Khomri. La politique du pire n’est jamais la solution, ajoutant la confusion au nom du choix tactique de court terme qui semble méconnaître les objectifs de moyen et long termes.
Ne renoncer à rien ni sur le fond, ni sur les procédés utilisés, il n’y a pas le choix. Sur le fond, les accords conclus en Rhénanie du Nord Westphalie entre les employeurs et IG Metall – 4,8 % d’augmentation des salaires sur 21 mois – sont l’exact contrepoint de ce que préconisent Valls et Hollande. Soutien de la consommation alors que l’inflation est quasiment nulle et que l’économie allemande a enregistré une progression de 0,7 % de croissance au dernier trimestre. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’Allemagne comme pour la zone euro et l’Union. Le coût pour le patronat de ces accords est évalué à au moins dix millards d’euros qui, loin d’handicaper la compétitivité, la doperont par le carnet de commande, ce que les tartuffes incompétents du Medef sont bien incapables d’imaginer. Cerise sur le gâteau, ces accords sont naturellement le fait des branches et non celui d’entreprises isolées, abandonnées à un petit patronat âpre au gain dans un désert syndical. Là encore à l’exact opposé de l’inversion des normes chère à Valls et Hollande avec le soutien de Laurent Berger pour la direction de la CFDT. La preuve par l’exemple.
Sur les procédés antidémocratiques, le recours au 49.3 renvoie à un bilan plus global parce que c’est l’un des articles de la Constitution de la Ve République qui marque le plus nettement la prééminence absolue de l’exécutif sur le Parlement au point de le priver du droit à discuter et contrôler la politique gouvernementale et à plus forte raison le pouvoir présidentiel. Il ne suffit donc pas lorsque l’on est dans l’opposition de dénoncer cette « archaïsme », cette « anomalie », comme l’a d’ailleurs fait jadis Hollande, si l’on ne fait rien pour les supprimer quand on en a les moyens. Le bilan sur ce plan est accablant parce que rien, absolument rien, n’a été tenté, pas plus que sur l’introduction d’une dose de proportionnelle dans le mode de scrutin législatif, pas plus que sur l’abrogation des articles les plus dangereux de la Constitution du « coup d’État permanent », fût-il légal parce que constitutionnel. La perspective d’un combat pour une VIe République enfin sociale et démocratique est également incompatible avec les candidatures de Hollande ou de Valls.
Sans compter une situation de tensions sociales inquiétantes dans le cadre d’un rapport de force où c’est le FN qui attend son heure au coin de la rue et non la « Révolution » comme le proclame, délirant, Mélenchon. N’interdit-on pas un concert sur simple injonction haineuse du FN et de ses alliés ? Les violences qui émaillent les manifestations depuis des semaines ne sont porteuses de rien de positif. Elles sont condamnables en particulier quand elles visent des locaux de partis politiques ou des permanences de parlementaires car elles servent les partisans les plus extrémistes de l’ordre. Mais elles sont aussi, on ne le répètera jamais assez, l’expression d’un désespoir social, serait-il minoritaire, qui appelle de vraies réponses politiques. Le « maintien de l’ordre » – de plus en plus difficile à maîtriser d’ailleurs – masque mal cette absence de prise en compte de l’exaspération sociale. Là encore le pouvoir prend des risques inconsidérés dont Hollande, Valls et Cazeneuve devront assumer la pleine responsabilité si, par malheur, quoi que ce soit de grave venait à se produire.
C’est peu dire que la gauche est en miettes, affaiblie comme jamais face à une droite dans la surenchère libérale la plus folle et un FN en embuscade. Il ne s’agit pas du prélude à une « clarification nécessaire », mais bien plutôt des signes avant-coureurs d’une décomposition dont pour l’instant rien n’émerge alors que le temps est compté. La division entre « deux gauches irréconciliables », louée par Valls, n’est pas la solution. Dans son cas, elle n’est que volonté de larguer les amarres à gauche pour gouverner avec une partie de la droite. Hollande et la direction actuelle du PS sans suivre Valls ne savent pas comment recoller les morceaux et accumulent même les obstacles en agitant la logique disciplinaire contre les députés censeurs de gauche. Aubry comme beaucoup d’autres s'est faite à l’idée de la défaite inéluctable se repliant sur la négociation des investitures pour les législatives. La primaire à gauche a du plomb dans l’aile. Les autres formations de gauche sont toutes en crise ouverte. Paysage assombri, c’est certain, mais auquel il serait « fou » de ne pas opposer une perspective unitaire de sursaut, serait-elle difficile à mettre en œuvre. Tout plutôt qu’une défaite sans combat.

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