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| Le siège de la Société générale (photo © SIPA), la place de la République à Paris occupée par la Nuit debout du "32 mars" (photo © AP/MaxPPP/EPA). |
Fraude et décomposition à la Une. L’une et l’autre sont à l’ordre du jour avec le scandale des « Panama Papers ». Au départ, un cabinet d’avocats – Mossack Fonseca – spécialisé dans la finance « offshore », autrement dit les opérations occultes dans les paradis fiscaux destinées aux non-résidents afin d’échapper aux contraintes fiscales et à la curiosité citoyenne dans leur État d’origine. Ce genre de pratiques est courant chez tout ce que la planète compte de dictateurs soucieux d’assurer leurs arrières, de Moscou à Ryad, Pékin ou Rabat. Mais les dictateurs ne sont pas seuls, des politiques, des sportifs, des voyous et une cohorte de célébrités ont eu recours au sulfureux cabinet. Les bénéficiaires de ces montages douteux par sociétés-écrans interposées servant à dissimuler les détenteurs réels de ces avoirs frauduleux devront répondre dans plusieurs pays de blanchiment et de fraude aggravée après que le travail d’investigation de journalistes et de lanceurs d’alertes a permis de mettre à jour des milliers de dossiers suspects gérés dans l’ombre par ce cabinet de 1977 à 2015. Viennent dans la foulée une série de questions décapantes. Le Panama est-il seul en cause ? Évidemment non, car si cet État est l’un des plus permissifs du monde en la matière, il ne l’est que parce que la communauté internationale, en dépit des résultats obtenus depuis quelques années dans la lutte contre la corruption sous l’impulsion du G20, n’est jamais allée au bout de l’exercice. Les activités offshore comme les paradis fiscaux sont souvent considérés comme un mal nécessaire par les gestionnaires d’actifs qui y trouvent les moyens de satisfaire les besoins d’évasion et de dissimulation de leurs riches clients. Pas moins d’une trentaine de banques allemandes dont les principales étaient engagées dans ces opérations. En France, la Société Générale figure au nombre des cinq banques majeures avec la britannique HSBC, les suisses UBS et Crédit Suisse et SG Bank and Trust Luxembourg à y avoir eu recours. Peut-on mettre un terme à ces tripatouillages financiers ? Naturellement pour peu que la volonté de le faire existe. François Hollande, adepte de la pirouette, peut se réjouir du montant des futurs redressements fiscaux – un millier de Français sont concernés ! –, il oublie d’expliquer qu’il s’était engagé en 2012 à imposer aux banques françaises de cesser ces activités contraires à l’éthique. Macron, Sapin et toutes les autorités de contrôle ou de supervision, nationales et européennes, sont ridiculisés, à la différence leurs homologues américaines qui ont malgré tout agi après 2008. Que faire désormais ? Prendre une mesure onusienne de gel des avoirs douteux et d’interdiction de voyager pour tous les individus qui seront condamnés. Interdire toute activité avec les paradis fiscaux identifiés. Instaurer, au plan national, en France en particulier, au-delà des nécessaires redressements fiscaux, une peine pour les coupables permettant de saisir leurs biens – y compris ceux qu’ils ont mis à l’abri en les léguant. Quant à la liste provisoire des bénéficiaires de ce système mafieux à l’échelle planétaire, on cite à Paris, Cahuzac, Balkani, Platini, Le Pen père, Claude l’associé de Sarkozy, Chatillon, le financier de Le Pen fille et le patron d’Altice, Drahi… Parmi les politiques en fonction, on relève notamment le Président et milliardaire ukrainien Porochenko, le Président argentin Macri, le Président islandais Gunnlaugsson et quelques autres. En Islande, l’opinion s’est saisie de la question en manifestant pour obtenir la démission du Président nationaliste, en demandant « l’aide de l’Europe ». Malheureusement, il est à craindre que cette vague de révélations nauséabondes débouche dans certains pays sur un climat de décomposition politique là où l’impunité serait assurée aux puissants pris en flagrant délit de tricherie. C’est tout l’enjeu de la situation, entre campagne « mains propres » et amnistie du vol en bande organisée. Dans un pays de la taille de la France, le manque à gagner pour les finances publiques est estimé entre 60 et 80 milliards par an, soit l’équivalent du déficit budgétaire. Pour l’Europe, le préjudice public se situe autour de 1 000 milliards d’euros chaque année. C’est environ la moitié des ressources mondiales annuelles qui transitent par l’enfer des paradis fiscaux. Se refuser à réguler très strictement ces flux du crime des nantis reviendrait pour les pouvoirs publics en place à s’en faire le complice direct.
El Khomri rattrapée par les faits. Elle peut se démultiplier pour clamer « ma loi est juste et nécessaire », rien n’y fait. La tension sociale sert désormais de toile de fond aux débats parlementaires. Les jeunes se politisent selon des formes qui leur sont propres au-delà des mobilisations à répétition. Le phénomène des « Nuits debout » qui se répand en dit long sur le feu qui couve dans les générations laissées pour compte. L’accord des caisses complémentaires Agirc et Arrco d’octobre dernier leur promet des retraites complémentaires en forte baisse quand ils quitteront un marché du travail qu’ils auront eu tant de mal à intégrer. Là encore la fraude, celle des patrons, petits et grands, fait florès au point que les redressements légaux s’envolent – plus de 13 % en 2015. Tout y passe, du sport de l’élite des manageurs qui siphonne les bénéfices dans une filiale nationale pour les transmettre à une autre parce que le régime fiscal est plus avantageux, au travail dissimulé dont la marée noire touche désormais tous les secteurs d’activité ou presque. Non seulement, les embauches se font à plus de 90 % en CDD, à titre précaire, mais en plus les salariés ainsi « flexibilisés » n’ont souvent pas d’autre choix que d’accumuler les heures supplémentaires non rémunérées. D’autres travaillent complètement au noir sans déclaration, sans assurance, sans droits sociaux. Et dans ce climat social réellement empoisonné, la ministre ose expliquer qu’il est hors de question de revenir sur l’inversion des normes qui privilégierait, si sa loi était adoptée, l’accord au niveau de l’entreprise sur le contrat de travail et la loi. Comme si des rapports sociaux harmonieux mettaient gentiment salariés et patrons face à face autour de la table, à armes égales. La plaisanterie serait de fort mauvais goût si la ministre ne paraissait pas en être convaincue. Son mentor du côté de Matignon manie la langue de bois avec un peu plus d’aisance. Il y a de surcroît cette menace toujours présente du recours au 49.3 qui porte la marque de l’autoritarisme et du refus de la démocratie, si du moins le mouvement social n’impose pas la capitulation au pouvoir d’ici là. Les coordonnées de cette situation particulièrement dangereuse sont de la responsabilité du Président et de son Premier ministre qui, au-delà de leur propre survie politique, conduisent la gauche dans son ensemble à la défaite en avril 2017. C’est ce que comprend Cohn-Bendit qui, partisan comme beaucoup d’autres, d’une primaire de toute la gauche, vient à douter de sa faisabilité. Parce qu’ils appartiennent à la force majoritaire, ce sont d’abord aux socialistes opposés à la loi Travail qu’il revient d’arrêter cette marche à l’abime. Les électeurs de gauche de toujours et en particulier ceux du second tour de 2012 s’expriment, manifestent mais ne peuvent à eux seuls faire cesser ce jeu de massacre. La combinaison unitaire des socialistes et de tous les autres, écologistes, communistes, trotskistes et sans autre étiquette que celle d’hommes ou de femmes de gauche le pourra à la faveur d’une mobilisation d’ampleur tout à fait exceptionnelle tant le pouvoir ne veut rien entendre. Le 9 avril peut être ce temps fort par lequel le peuple de gauche rassemblé renvoie la ministre El Khomri à ses délires et oblige ses inspirateurs à l’Élysée et à Matignon au retrait du texte honni. Et si ce n’est pas le cas, il faudra naturellement « remettre le couvert » une fois, deux fois, trois fois si nécessaire. Mais chacun comprendra que si la barre est placée aussi haut par ceux qui nous gouvernent, il ne faudra pas s’étonner si nombre d’électeurs renoncent à voter pour eux, même par défaut lors d’un second tour, demain et pour beaucoup après demain, créant un choc des générations dont la gauche future aurait le plus grand mal à se remettre. C’est bien là un enjeu qui dépasse et de très loin les petites manœuvres politiciennes chères à Hollande et Valls, y compris quand ils se prennent les pieds dans le tapis de leurs ambitions droitières contrariées.
El Khomri rattrapée par les faits. Elle peut se démultiplier pour clamer « ma loi est juste et nécessaire », rien n’y fait. La tension sociale sert désormais de toile de fond aux débats parlementaires. Les jeunes se politisent selon des formes qui leur sont propres au-delà des mobilisations à répétition. Le phénomène des « Nuits debout » qui se répand en dit long sur le feu qui couve dans les générations laissées pour compte. L’accord des caisses complémentaires Agirc et Arrco d’octobre dernier leur promet des retraites complémentaires en forte baisse quand ils quitteront un marché du travail qu’ils auront eu tant de mal à intégrer. Là encore la fraude, celle des patrons, petits et grands, fait florès au point que les redressements légaux s’envolent – plus de 13 % en 2015. Tout y passe, du sport de l’élite des manageurs qui siphonne les bénéfices dans une filiale nationale pour les transmettre à une autre parce que le régime fiscal est plus avantageux, au travail dissimulé dont la marée noire touche désormais tous les secteurs d’activité ou presque. Non seulement, les embauches se font à plus de 90 % en CDD, à titre précaire, mais en plus les salariés ainsi « flexibilisés » n’ont souvent pas d’autre choix que d’accumuler les heures supplémentaires non rémunérées. D’autres travaillent complètement au noir sans déclaration, sans assurance, sans droits sociaux. Et dans ce climat social réellement empoisonné, la ministre ose expliquer qu’il est hors de question de revenir sur l’inversion des normes qui privilégierait, si sa loi était adoptée, l’accord au niveau de l’entreprise sur le contrat de travail et la loi. Comme si des rapports sociaux harmonieux mettaient gentiment salariés et patrons face à face autour de la table, à armes égales. La plaisanterie serait de fort mauvais goût si la ministre ne paraissait pas en être convaincue. Son mentor du côté de Matignon manie la langue de bois avec un peu plus d’aisance. Il y a de surcroît cette menace toujours présente du recours au 49.3 qui porte la marque de l’autoritarisme et du refus de la démocratie, si du moins le mouvement social n’impose pas la capitulation au pouvoir d’ici là. Les coordonnées de cette situation particulièrement dangereuse sont de la responsabilité du Président et de son Premier ministre qui, au-delà de leur propre survie politique, conduisent la gauche dans son ensemble à la défaite en avril 2017. C’est ce que comprend Cohn-Bendit qui, partisan comme beaucoup d’autres, d’une primaire de toute la gauche, vient à douter de sa faisabilité. Parce qu’ils appartiennent à la force majoritaire, ce sont d’abord aux socialistes opposés à la loi Travail qu’il revient d’arrêter cette marche à l’abime. Les électeurs de gauche de toujours et en particulier ceux du second tour de 2012 s’expriment, manifestent mais ne peuvent à eux seuls faire cesser ce jeu de massacre. La combinaison unitaire des socialistes et de tous les autres, écologistes, communistes, trotskistes et sans autre étiquette que celle d’hommes ou de femmes de gauche le pourra à la faveur d’une mobilisation d’ampleur tout à fait exceptionnelle tant le pouvoir ne veut rien entendre. Le 9 avril peut être ce temps fort par lequel le peuple de gauche rassemblé renvoie la ministre El Khomri à ses délires et oblige ses inspirateurs à l’Élysée et à Matignon au retrait du texte honni. Et si ce n’est pas le cas, il faudra naturellement « remettre le couvert » une fois, deux fois, trois fois si nécessaire. Mais chacun comprendra que si la barre est placée aussi haut par ceux qui nous gouvernent, il ne faudra pas s’étonner si nombre d’électeurs renoncent à voter pour eux, même par défaut lors d’un second tour, demain et pour beaucoup après demain, créant un choc des générations dont la gauche future aurait le plus grand mal à se remettre. C’est bien là un enjeu qui dépasse et de très loin les petites manœuvres politiciennes chères à Hollande et Valls, y compris quand ils se prennent les pieds dans le tapis de leurs ambitions droitières contrariées.

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