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| Caen, le 09/03/2016 (photo © Stéphane Geufroi), El Khomri et Valls, le 9/03/2016 (photo © DR). |
Si l’on voulait trouver un point commun à ce que révèlent petits et grands évènements de l’actualité de cette fin de semaine, ce serait sans doute celui-là. Les faits, décisions et chiffres paradoxaux se bousculent, ici comme ailleurs . Avec les travaux de la commission des affaires sociales de l’Assemblée sur le projet El Khomri à la veille d’un nouveau temps fort de la mobilisation, lors de ces premières manifestations du samedi qui prendront leur élan dans quelque 200 lieux. Le rapporteur du projet a fait voter un amendement octroyant par exemple aux entreprises de moins de 11 salariés la faculté de licencier « économiquement » sur la base d’un trimestre de baisse du chiffre d’affaires. Qui croira que les indicateurs dans les « boutiques » peuvent réellement être jugés sur un délai aussi court ? Christophe Sirugue fait de la « discrimination positive » pro-petits patrons et ouvre la porte à une instabilité dangereuse pour les salariés comme pour les petits employeurs concernés. On voudrait renforcer l’effet de seuil que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Le débat dans l’hémicycle devra corriger le tir et à défaut il reviendra au Conseil constitutionnel, désormais présidé par Fabius, de rétablir la situation d’égalité entre les salariés comme entre les entreprises. À moins que le mouvement social contraigne Hollande et Valls à la capitulation souhaitable.
Avec la prolongation du dispositif Pinel, du nom de l’ex. ministre radicale de gauche du logement, Hollande fait fausse route sur la plan économique comme sur le plan social. On manque en effet cruellement de logements en France et depuis longtemps. Les ambitions affichées en 2012 fixaient un objectif de production de 400 000 logements par an en moyenne. On en est loin, très très loin même. Du coup, l’on se rabat sur une incitation fiscale, particulièrement onéreuse pour les finances publiques sur une décennie, en prétendant que l’on va « booster » ainsi la construction. Le secteur de l’immobilier n’en a nul besoin. Les chiffres dans le neuf comme dans l’ancien le prouvent. Le Pinel prolongé risque même de déséquilibrer l’offre sans pour autant satisfaire la demande, en matière de logements sociaux en particulier. Comment ne pas y voir une gouvernance approximative ? Sauf, s’il s’agit simplement de distribuer quelques cadeaux à un an de l’élection présidentielle, le candidat putatif les multipliant à dessein. Le Président se délecte de la même manière de quelques gros contrats, comme celui de 4 milliards au profit des chantiers navals de St Nazaire, qui pour être appréciables n’en demeurent pas moins quelques hirondelles esseulées qui ne font pas le printemps. Au même moment, l’Organisation mondiale du commerce - OMC - revoit en effet nettement à la baisse ses prévisions concernant les échanges commerciaux pour 2016 - 2,8 % d’augmentation contre 3,9 % escomptés précédemment !
Avec une confusion politique qui atteint des sommets d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. À droite, le petit timonier des « Républicains » n’en finit pas de voir s’éclore les projets de candidatures qui ont toutes en commun de vouloir tourner la page de l’histoire qu’il leur avait imposée. Pousses encore jeunes et vieux chevaux de retour se précipitent dans la brèche pour ne pas revivre les affres du quinquennat de Sarkozy. Tout sauf lui entonne leur chœur. À l’extrême droite, dans le clan Le Pen et associés, l’on se démène dans une course d’obstacles judiciaires à venir pour prétendre que le patriarche adepte de l’offshore opaque et exclu n’a rien à voir avec le FN qu’il a créé et si longtemps dirigé, que le financier de la fille, lui aussi pratiquant de la chose, n’a lui non plus rien à voir avec le FN et ainsi de suite. Cela ne constitue pas le meilleur moyen d’engager une campagne présidentielle. D’autant que la logique des institutions fait qu’un candidat crédible doit pouvoir gagner la première manche, celle de l’Élysée et confirmer en emportant la seconde, celle des élections législatives. Faute d’alliances envisageables, le Pen et le FN se heurteront et tant mieux à l’impossibilité d’arriver au pouvoir « démocratiquement ». Adieu crédibilité et respectabilité… vers le retour aux sources sans doute.
À gauche, la scène s’apparente, hélas, à quelques jeux pervers. Celui, cousu de fil blanc, d’un candidat qui ne l’est pas encore, malgré ou à cause des chiffres du chômage, mais qui fera tout pour l’être en se dispensant de l’exercice démocratique des primaires. D’autres feront comme Mélenchon quitte à faire perdre toute la gauche par une irresponsabilité partagée dans une démarche symétrique à celle de Hollande. Sans primaire, pas d’unité, sans unité, la défaite assurée. L’heure n’est pas non plus à la reconstruction d’un monde injuste comme s’y engage, à mille lieues des impasses qui divisent, de manière réjouissante mais sans perspective réelle, une partie de la jeunesse, la nuit debout. Et puis, tant qu’à faire, l’Élysée laisse le petit Macron faire le mariole. Il se dit « en marche » le petit ambitieux. Il prétend rassembler par-delà « le vieux clivage droite gauche ». Il dispose sur ce plan d’une certaine « légitimité ». N’a-t-il pas d’abord influencé le Château en tant que conseiller avant de prendre les rênes de Bercy ? Sur le fond, ne cherchez pas, il ne s’y aventure pas, ne proposant rien d’autre que quelques vagues pistes à la mode sans les préciser. Il est jeune, d’un tempérament suffisamment tiède pour ne « brusquer » personne ou presque. Sauf Valls qui se voit « piquer » son créneau de prédilection. Le problème de Macron est ailleurs, dans l’encombrement de cette voie du centre - de Bayrou à NKM en passant par le bonnet rouge breton Troadec - où il entend faire son trou. Ce serait son affaire, pas celle de la gauche, s’il n’était l’un des principaux ministres d’un gouvernement qui prétend encore l’incarner…
Dans cette actualité où les nouveautés ont un air de déjà vu, déjà entendu, l’Europe continue de faire les frais de l’air du temps. Malgré des efforts qui portent parfois leurs fruits pour mettre hors d’état de nuire les terroristes islamistes, ils sont encore nombreux à nous menacer de nouveaux attentats meurtriers, le souvenir des précédents pesant lourdement sur l’activité économique et le retour à une vie normale. Quand l’affaire des « Panama Papers » déstabilise Cameron à quelques encablures du référendum sur le « Brexit », l’on mesure le retard européen pour imposer un minimum de transparence aux banques. Une pétition lancée simultanément dans plusieurs pays – Allemagne, France, Grande-Bretagne, Espagne – l’exige à juste titre. Quand la Commission prétend revoir l’accord de Dublin par lequel c’est le pays saisi en premier d’une demande d’asile qui doit l’instruire et décider, elle le fait en évoquant mais pour l’écarter la gouvernance fédérale, seule capable pourtant d’offrir une solution digne à l’afflux des réfugiés. Quand, enfin, les Néerlandais votent majoritairement même si c’est avec un taux de participation faible pour ne pas ratifier l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union, on se dit qu’il y a quelque chose de « pourri » au Pays-Bas, une extrême-droite qui dicte sa loi sans exercer le pouvoir et qui est en passe de gagner « la bataille idéologique et culturelle », comme dirait Valls si nous ne lui opposons pas un large front démocratique et antifasciste. Situation paradoxale où le pire, majoritaire, côtoie le meilleur, minoritaire. Tout reste encore possible et ouvert mais pour combien de temps encore ?

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