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| Lycéens parisiens avant le départ de la manifestation du 31 mars (photo © L. Colombet/H. Lucas/Libération). |
La « perte de contrôle » de l’Élysée était évidente depuis des mois. Elle se confirme avec un Président qui accumule les « égarements douloureux », comme l’écrit Taubira, à propos de la déchéance de nationalité. Hollande aura tout tenté en vain pour faire adopter cette mesure empruntée à la droite extrême et à l’extrême-droite avant de convenir tardivement de sa défaite peu glorieuse et de « clore le débat constitutionnel ». Occasion manquée de rendre cette Constitution héritée du coup gaulliste de 1958 un peu moins antidémocratique – en supprimant les articles 16 (pouvoirs exceptionnels) et 36 (état de siège) –, s’il l’avait seulement voulu. Mais il n’a en vérité rien tenté sur ce terrain, lui préférant le symbole étriqué d’une prétendue concorde nationale sur des bases que la gauche ne pouvait accepter sans se renier. La droite, elle, l’aura suivi, quoiqu’il en dise, pour mieux le mettre à terre. À croire que même en matière de petite politique tacticienne, il a perdu la main. Tout le monde s’en rend compte, sauf lui dans la posture du monarque qui espère toujours que le sort lui permettra de rebondir. Cela paraît assez improbable et déjà au moins deux des membres de sa garde rapprochée au Château préfèrent aller « pantoufler » ailleurs avant une catastrophe inévitable et imminente. D’autres signes l’indiquent, comme cette sortie pleine d’anticipation d’un Hollandais historique en la personne de François Rebsamen, ancien ministre du Travail. Et puis, il y a ces sondages qui lui accordent tout au plus 14 ou 15 % des voix au premier tour s’il devait se représenter pour être éliminé à coup sûr du second tour.
Rien ne va plus sur le plan social non plus comme le montre la forte mobilisation du 31 mars où, incontestablement, les opposants au texte attribué à El Khomri ne désarment pas. Nous sommes de plus en plus nombreux à battre le pavé avec un bel ensemble au plan national. 266 rassemblements, plus d’un million de participants et l’annonce de deux nouvelles échéances le 5 et le 9 avril. La mobilisation s’en trouve légitimée comme le combat de la gauche, pour le progrès, contre la régression sociale. La jeunesse y était massivement représentée et cela vaut du plomb pour un Président qui en avait fait la priorité de son quinquennat. En se refusant à retirer ce projet rétrograde et mal ficelé, l’exécutif divise non seulement sa majorité parlementaire mais s’affronte à une partie croissante de celle-ci. Comment des députés de gauche qui espèrent l’emporter en 2017 dans leur circonscription pourraient-ils ignorer ce qu’exigent la majorité de leurs électeurs ? En quoi seraient-ils fondés à tout perdre au profit du mirage que poursuivent Valls et Hollande ? Car, quand bien même, certains se sont rangés derrière la première mouture du texte, puis derrière la seconde version, en attendant la troisième ? Un seul exemple suffit à le prouver, celui des conditions pour apprécier la situation économique d’une entreprise. Officiellement, l’on est calé sur quatre trimestres consécutifs de recul des indicateurs… Mais Rebsamen qui connaît son peuple de gauche propose six trimestres tandis que El Khomri change de position en quelques dizaines de secondes évoquant, après s’y être opposée l’instant d’avant, une réduction à deux trimestres pour les TPE et PME. Cohérence ou chienlit au sein même du pouvoir ?
Alors, oui, cette logique de l’entêtement, de l’obstination, conduit au désastre, à la défaite annoncée l’an prochain s’il n’y est pas mis un terme rapidement. Il a fallu quatre mois pour que l’on referme, enfin, le dossier de la « déchéance de nationalité » et de « l’inscription de l’état d’urgence dans la Constitution ». En faudra-t-il autant pour que le projet de loi travail soit retiré, quitte à ouvrir une vraie discussion sur une réforme de gauche des relations entre salariés et employeurs sur les lieux de travail. Hollande ne s’y résoudra que s’il y est contraint par les circonstances . Quant à Valls, dont l’horizon politique est celui de l’émergence d’une coalition improbable entre des Républicains issus des deux rives comme en rêvait jadis Chevènement, il est prêt à fracasser la gauche sur les récifs de ses ambitions. Les autres personnages de cette tragicomédie importent assez peu à l’image de cette ministre du Travail aussi arrogante que fiévreuse sur ses dossiers. La gauche, toute la gauche, doit s’y faire, il faut désormais envisager une autre voie, passerait-elle par une primaire unitaire en décembre et la formation d’une grande coalition pour les législatives qui suivront l’élection présidentielle. C’est moins l’affaire d’un choc des personnalités que celle d’une plate-forme commune réellement de gauche. Le climat délétère entretenu par l’exécutif n’y concourt certes pas mais la perspective de voir la droite revenir au pouvoir y invite puissamment.
Là est l’essentiel sans doute sans que le reste puisse être négligé tout simplement parce que tout se tient. Carton rouge supplémentaire à l’encontre du pouvoir pour le maintien en détention à Roissy d’un enfant de 8 ans, un petit Comorien que sa mère avait expédié rejoindre un membre de sa famille en France. Il est sans papier au regard de la loi. Personne ne semble avoir trouvé une solution humaine pour ce gamin, retenu « avec des jouets » ose-t-on nous dire. Cazeneuve manque-t-il à ce point d’imagination humanitaire ? Bravo ensuite à Laurence Rossignol pour avoir pris au sérieux son titre de ministre des droits des femmes et s’être inquiétée de la propension de certaines grandes enseignes à faire du fric avec la « mode » islamiste qui constitue en effet une négation idéologique et culturelle du droit des femmes à disposer de leur corps dans le domaine vestimentaire. Lorsqu’elle pointe le fait que nous sommes confrontés chez la plupart des femmes voilées à une militance qui vise les libertés démocratiques universelles, la ministre énonce une évidence, hélas dans le silence assourdissant de ses consœurs. Enfin, preuve par les faits que le gouvernement a tout faux sur le plan économique. Les chiffres de la consommation en France en février – + 0,6 % – résultant d’un gain de pouvoir d’achat sur le trimestre de 0, 8 % – baisse du coût du pétrole et hiver doux – démontrent comment on pourrait s’y prendre pour relancer enfin pratiquement la croissance, à l’opposé du projet El Khomri.

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