L’Autrichien Hofer (photo © ORF), les ministres du gouvernement en meeting (photo © Reuters)
Menace brune sur Vienne et l‘Europe. Le candidat du FPÖ, formation d’extrême-droite alliée du FN au Parlement européen, Norbert Hofer, est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle autrichienne avec 36,4 % des suffrages exprimés. Il devance nettement le second, l’écologiste Alexander Van der Bellen - 20,4 % - tandis que le candidat du parti conservateur et celui du parti social-démocrate sont éliminés avec un score à peine supérieur à 10 %. La pression de l’extrême-droite, jusqu’alors contenue, se traduit ainsi par un dynamitage de l’ensemble du champ politique. C’est à ce titre une première inquiétante quand bien même une majorité d’Autrichiens écarterait Hoffer de la Présidence en votant massivement pour son adversaire écologiste au second tour. Les deux partis traditionnels qui se sont partagé le pouvoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale, faute de renouvellement et parce qu’ils sont perçus comme des institutions étouffant toute vie démocratique, représentent de moins en moins les électeurs. La question des migrants réfugiés a dans ces conditions pris un tour explosif. Faute d’y avoir fait face au plan européen avec une solution de répartition équilibrée, de quotas entre les différents territoires, l’on a pris le risque de voir l’extrême-droite s’emparer du sujet sur une thématique nationaliste de fermeture des frontières. Cela s’est traduit non seulement par le non respect du premier accord d’accueil de 170 000 réfugiés par plusieurs États membres dont les gouvernements sont a minima de droite extrême mais avec des glissements de plus en plus marqués de gouvernements qui n’avaient aucune raison de se retrouver de ce côté-là de l’échiquier politique. Le Chancelier Faymann et le gouvernement de coalition autrichien - sociaux-démocrates conservateurs - en fermant les frontières, en paraissant accéder aux « arguments » des extrémistes, se sont mis en situation de perdre la partie même si aucun sondage ne prévoyait que ce serait avec une telle ampleur. La leçon doit porter ailleurs en Europe faute de quoi ce type de catastrophe surprise se répétera avec un effet cumulatif. Ne rien céder ni sur le fond ni sur la forme aux populistes, néo-fascistes et autres nostalgiques des pages les plus sombres de l’histoire européenne est indispensable en tout temps en tous lieux. Mais il faudra davantage pour voir reculer la marée noire et se ressourcer une conscience européenne autour d’une politique porteuse d’avenir susceptible d’emporter une adhésion majoritaire. La prochaine étape dans ce long chemin de reconquête démocratique se jouera en Grande-Bretagne le 23 juin avec le référendum sur le « Brexit » et la sortie éventuelle du Royaume-uni de l’UE. L’engagement très ferme d’un Obama en fin de mandat peut contribuer à écarter la menace. Les Etats-Unis ont en effet tout intérêt à travailler avec l’Union plutôt qu’avec des pays enfermés dans leur isolement. Le Président américain l’a dit et répété à Londres sans ménagement insistant en particulier sur les conséquences négatives d’un « Brexit » pour Londres en termes d’échanges avec Washington. Mais le même Obama, en compagnie de Merkel sur la même longueur d’onde que lui, s’est fourvoyé en prétendant faire adopter d’ici la fin de l’année l’accord de libre échange transatlantique. Non que par principe un tel accord ne soit pas souhaitable mais parce que tel qu’il a été négocié par la Commission avec la partie américaine, dans l’opacité la plus totale, celui-ci n’a aucune raison d’être soumis à ratification. Il doit être considéré comme sans valeur en terme de droit aussi longtemps que l’ensemble des clauses ne seront pas portées à la connaissance du public permettant enfin l’ouverture de vraies négociations transparentes. D’autant que le rejet de ces procédures secrètes suscite le refus de l’opinion d’y souscrire de part et d’autre de l’Atlantique. Ainsi, selon une étude de la Fondation Bertelsmann, les Allemands qui y étaient les plus favorables - 55 % il y a deux ans - ne sont plus que 17 % à approuver la démarche. Ainsi les Américains qui étaient majoritairement favorables - 53 % en 2014, ne sont plus que 15 % à la soutenir. Les dizaines de milliers de manifestants réunis en Allemagne contre le TTIP ne disaient pas autre chose. En cultivant le secret et les coups tordus en tout genre, la Commission a joué avec le feu sur le sujet mais plus généralement sur les peurs et angoisses de l’opinion, à chaque fois pour le seul bénéfice de l’extrême-droite. Cela doit cesser sans délai. Il est heureux dans ce contexte que le gouvernement français ait dit non à cette fuite en avant suicidaire, parrainée par la Chancelière allemande et le Président américain. Restera à vérifier le respect de la parole donnée et sa traduction en engagements pratiques demain.
Une folle semaine parisienne. Chômage, élection partielle, contrat, annonces et initiative pro Hollande se sont succédés sur un rythme soutenu les derniers jours. Du recul des chiffres du chômage - 60 000 sur un mois et surtout 50 000 sur un trimestre - l’on retiendra pour la première fois depuis longtemps un tassement réel du nombre de chômeurs en ligne avec les prévisions de plusieurs instituts qui envisagent une baisse de l’ordre de 20 000 par mois tout au long de l’année. C’est à la fois peu et beaucoup, peu parce que ce n’est pas de nature à résoudre le problème du chômage de masse en France et à faire oublier les quelque 630 000 chômeurs supplémentaires depuis que Hollande est entré en fonction. Beaucoup parce que si elle devait se confirmer au second et troisième trimestres, l’on assisterait à une inversion de tendance. Encore, faut-il souligner que pour ce qui concerne les chiffres du mois, les radiations et les entrées en stage sont pour beaucoup dans l’ampleur du phénomène. Du côté des élections, cela fait longtemps que la gauche n’avait pas gagné une partielle, serait-ce sur fond de désaffection - 74,23 % d’abstention - et avec un score en net recul par rapport à ceux d’Ayrault dans la 3e circonscription de Loire Atlantique. Karine Daniel y est élue face à son adversaire de droite. Seul bémol inquiétant, la forte poussée d’EELV au premier tour sur fond de débat sur le site du futur aéroport a largement profité à la droite au second, notamment dans les communes limitrophes de Notre-Dame-des-Landes et en l’absence de consigne de vote des écologistes. Il est à souhaiter que cette embardée ne se répète pas. « Contrat du siècle » ensuite, même si comme toujours l’épithète est sans doute excessif, le gain du marché du renouvellement des sous-marins hauturiers australiens par la DCNS, face à ses concurrents japonais et allemand est appréciable. Il relève cependant de ces énormes contrats - comme ceux de l’aéronautique ou de l’armement - dits de créneaux dans lesquels le pays peut exceller sans que ce soit représentatif d’un dense tissu industriel. Les retombées n’en seront pas négligeables tant pour la balance des échanges commerciaux que pour la région et les sous-traitants de la DCNS tant en matière de visibilité de long terme que d’emploi. Du côté des annonces, l’on a appris à la Conférence environnementale, la dernière du quinquennat, que cette fois la fermeture de Fessenheim, la plus vieille et aussi la plus dangereuse des centrales nucléaires, allait être actée. Le décret devrait tomber d’ici la fin de l’année avant que ne soit envisagé à proprement parler le démantèlement du site. Avec entre autres un problème sérieux à la clé, celui de « l’indemnisation » d’EDF et de ses actionnaires, l’allemand enBW et les suisses Alpiq, Axpo et BKW. Ce n’est évidemment pas acceptable car si cette centrale qui leur a tant rapporté est fermée par décision de l’Etat, c’est parce qu’elle représente un danger. Mais il est vrai que Macron veille au grain estimant que « L’État aurait prélevé trop de dividendes chez EDF » oubliant que depuis deux ans, l’Etat actionnaire est rémunéré en « monnaie de singe », autrement dit en actions qui ont chuté en Bourse et non en cash. La bataille de l’énergie entre l’intérêt public et ceux du secteur privé ne fait que commencer. Elle sera longue et difficile, ne serait-ce qu’en raison des possibles arbitrages, mais elle doit être engagée au bon niveau par la puissance publique et comment le faire quand le patron de Bercy n’a de cesse de soutenir les grands intérêts privés. Et puis, l’on a assisté, quelque peu médusé, à cette initiative baroque de Le Foll et des « Amis de Hollande », comme dit Sapin. « Hé oh la gauche » donc où plus de la moitié du gouvernement a fait le déplacement à l’Université Descartes pour louer les mesures de gauche prises depuis quatre ans. Avec Lui Président… nous avons fait ceci, cela… a-t-on psalmodié sans jamais donner une vison d’ensemble cohérente de l’action gouvernementale et en particulier de son volet économique dans toutes ses implications. Original sans doute comme entrée en campagne pour la réélection de Hollande mais probablement assez inefficace pour mobiliser la base socialiste dont une enquête souligne qu’elle aussi est tentée par le rejet de la politique. La gauche dans son ensemble est encore moins susceptible de se reconnaître dans ce bilan tronqué qui enjolive beaucoup et oublie davantage encore. Car, si la direction du PS et la majorité du gouvernement espèrent faire taire toute aspiration démocratique à une primaire, répétant à l’envi que seul Hollande peut rassembler la gauche, alors qu'en fait il ne peut que la mener à la défaite. Pour gagner, c'est sans attendre qu'il faut construire et porter un projet unitaire de transformation sociale.

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