samedi 23 avril 2016

La paralysie du pouvoir… en attendant la vacance


E. Macron en visite à la centrale de Civaux (photo © AFP), F. Hollande, L. Fabius
et Ban Ki Moon (photo © Reuters).

Après « la perte de contrôle », la difficulté de continuer à diriger le pays durant un an encore quand le sol semble se dérober sous vos pas. L’épreuve que subit François Hollande est cruelle, en serait-il le premier responsable. On l’a ainsi vu, en déplacement, essuyer les rebuffades répétées de son ministre de l’économie qui ne semblait pas pressé de reprendre « sa place dans l’équipe sous son autorité ».  Logique, ce dernier n’a sans doute guère goûté que le Président lui rappelle de manière pitoyable « il sait ce qu’il me doit » et du coup il renvoie la balle à la volée, expliquant qu’il ne se sent nullement « l’obligé » de celui qui l’a fait aspirant au premier rôle. Mais les deux hommes ne disposent pas des mêmes atouts. Brutus est jeune tandis que César, fût-il républicain, est au crépuscule de sa carrière politique. Le premier fait, pour un temps sans doute, illusion même quand il recycle, non sans talent, quelques vieilles lunes, le second peut s’échiner à convaincre, plus personne ou presque ne l’écoute. Le premier fait vendre de l’audience, le second n’y parvient plus. Le premier est encensé à droite et en partie aussi à gauche, le second est détesté par ce qui reste de la gauche et haï par une droite qui, quelle qu’ait été sa politique réelle, a tout fait pour l’abattre au nom de sa soif de revanche. Macron dispose en outre de la connivence de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général du Château, confident et ami du monarque. Toute la difficulté réside dans l’impossibilité d’en sourire  comme d’un vulgaire vaudeville car l’un est installé à Bercy tandis que l’autre préside aux destinées du pays sur un fond de scène de décors institutionnels à bout de souffle. Ce n’est donc pas sans conséquence d’autant qu’un troisième larron, installé lui à Matignon, n’entend pas se laisser exclure de la course au titre, ni en 2017, ni en 2022.

Le temps de la paralysie s’installe ainsi dans les allées du pouvoir d’un pays en perte de vitesse dans tous les classements internationaux. Qu’il s’agisse de son rang dans les principales puissances, sixième, désormais dépassé par la Grande-Bretagne, voire neuvième selon les critères retenus. Qu’il s’agisse de sa place en matière d’inégalités scolaires selon l’OCDE. Qu’il s’agisse de sa place pour ce qui concerne la liberté de la presse – 45e avec un recul de 7 places en un an – et même si dans ce cas le lâche assassinat des neuf journalistes de Charlie par les Islamistes en janvier 2015 y est bien sûr pour quelque chose. Un ensemble qui fait système, non au nom d’une vision « décliniste » de la situation mais en considérant que les ratés sont imputables à des choix politiques erronés. C’est vrai pour tout ce qui concerne la politique économique et ses conséquences sociales dont Hollande, Valls et Macron sont coresponsables. Il n’y a guère que dans les ventes d’armes que la situation apparaît enviable, du moins à ceux qui pensent que c’est là un « levier de développement » comme un autre. Aux dernières nouvelles, Le Drian et la Direction des constructions navales – DCN – pourraient décrocher un contrat de quelque 50 milliards de dollars australiens – 34,5 milliards d’euros – en Australie pour la construction d'une douzaine de sous-marins. Dans ce lourd contexte, les discussions au sommet autour d’EDF et de ses projets nucléaires somptuaires à Hinkley Point en Grande-Bretagne entrent en résonance avec le cheminement de l’accord issu de la COP21.

EDF, hier avec Proglio à sa tête, aujourd’hui avec Lévy, joue son va-tout sur ce contrat de construction de deux réacteurs nucléaires pressurisés – EPR – alors que l’entreprise publique – à 85 % – s’est déjà fourvoyée dans une opération du même ordre en Finlande et qu’elle peine dans une moindre mesure avec son projet de Flamanville. Il en résulte une fragilisation financière marquée par la perte sensible de valeur en Bourse des actions EDF et la sortie de l’entreprise du CAC 40. Le directeur financier du groupe désireux de ne pas cautionner l’aventure a même démissionné récemment. La quasi totalité des syndicats y sont formellement opposés. L’État est au pied du mur, soit il accepte le challenge risqué et accède à la demande de recapitalisation du groupe, a minima à 3 milliards, aujourd’hui ou demain, soit il dit stop. Macron est à fond derrière le PDG du groupe. Hollande hésite sous la pression de Royal et des écolos qui verraient ainsi s’évaporer dans un projet nucléaire les rares marges de manœuvre disponibles pour investir dans les énergies renouvelables où la France est à la traîne de tous ses voisins. Le débat se poursuit, sans décision à l’issue de la réunion à l’Élysée qui devait l’arbitrer, sur fond de ratification par 175 États membres de l’accord de la COP 21 à l’Onu. L’absence de décision d’ici l’élection présidentielle est évidemment impossible. Les arbitrages seront rendus, mais pas avant plusieurs mois, et il est à craindre que sur nombre de dossiers ce soit la paralysie qui s’instaure au sommet d’un État dont les instances de direction sont divisées et décrédibilisées. Il ne suffit pas en effet de jouer les premiers de la classe sur le plan diplomatique et militaire – COP 21, relance du processus de paix au Proche-Orient avec le sommet du 30 mai, interventions extérieures – si l’intendance ne suit plus en interne.


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