mardi 19 avril 2016

Parti pris du 19 avril 2016

Dilma Rousseff (photo © Reuters), le pape François et Alexis Tsipras sur l'île de Lesbos (photo © Reuters),
Mahmoud Abbas (photo DR).

Des économies menacées par une faible croissance. Les prévisions de croissance pour 2016 et 2017, qu’elles émanent du FMI ou de la Banque mondiale, soulignent a minima la probabilité d’un gros « coup de mou », chiffré à 3,2 % seulement de progression cette année pour le premier et à 2,5 % pour la seconde au plan mondial. Il s’agit cependant de chiffres globaux qui ne rendent pas vraiment compte des difficultés à venir des économies nationales ou régionales d’autant qu’aucune intervention politique n’est vraiment envisageable au plan planétaire pour contrecarrer la tendance. L’échec de la réunion des producteurs de pétrole à Doha qui les réunissait au-delà du cartel de l’OPEP mais sans l’Iran est à ce titre une mauvaise nouvelle qui illustre tous les dangers de l’heure. Car bien sûr une nouvelle baisse des prix de « l’or noir » sera la bienvenue pour nombre d’économies importatrices de pétrole. Cela servira dans un premier temps à réduire les déficits budgétaires et commerciaux. L’aéronautique y trouvera tout autant matière à redresser les comptes des compagnies aériennes. Mais les économies émergentes qui se financent par la production et l’exportation des produits pétroliers vont y laisser des plumes avec l’envolée des déficits et pour plusieurs d’entre elles de la dette. Les désordres macroéconomiques pèsent de plus en plus lourd dans un paysage mondial en grand chambardement entre économies développées et économies émergentes. Ces dernières – avant tout la Chine et dans une moindre mesure le Brésil, l’Inde ou la Russie – ont tiré l’ensemble vers le retour à la croissance après la grande crise de 2008-2009. Le retour du balancier est plus incertain d’autant que dans les pôles développés, l’Europe peine à rejoindre les pays d’Amérique du nord pour tirer l’attelage. Les crises politiques qui affectent plusieurs pays, si elles ont leurs coordonnées spécifiques, renvoient aussi à cette dure réalité économique. La contraction de l’économie brésilienne est attendue à près de 3 % en fin d’année, celle de la Russie à prés de 2 % et la Chine a bien du mal à tenir le taux de croissance affiché de 6,5 % retenu comme objectif par les autorités et qui se situe loin de la moyenne de long terme antérieure. Résultat, les arbitrages politiques et sociaux pour répartir les manques à gagner n’en sont que plus durement ressentis par les populations. C’est précisément ce qui se passe au Brésil où l’âpre lutte pour le pouvoir met en lumière des intérêts antagoniques entre les couches sociales qui ont le plus profité de la période de croissance et celles qui n’en ont eu que les retombées indirectes, même si elles furent appréciables grâce à l’action du PT. La destitution probable de Dilma Rousseff serait vécue comme une catastrophe par les plus défavorisés et dans les territoires les plus en difficulté tandis que ses adversaires répondent à la volonté d’un autre Brésil d’alléger ce qu’ils perçoivent comme un fardeau qui les empêche d’avancer. La corruption bien réelle et partagée – les mises en examen l’attestent – se greffe sur ce soubassement d’inégalités sociales qui pour avoir été réduites n’en constituent pas moins le vécu du plus grand nombre au Brésil comme dans beaucoup d’autres pays. Là réside le fil rouge d’un monde en pleine folie inégalitaire, des Panama Papers à l’adoption des budgets qui font toujours davantage la part plus belle à une minorité. La crise de 2008-2009 a accéléré la tendance et cela se paie et se paiera au prix fort partout dans les économies émergentes comme dans les économies développées. La tentation autoritaire, et il y a bien une dimension de « coup d’État institutionnel » à Brasilia, en est le pendant. Raison de plus pour articuler dans les programmes de transformation sociale, la solidarité la plus égalitaire possible et souhaitable avec la démocratie la plus large.

Un Proche et Moyen-Orient en ébullition diplomatique. « Ça bouge enfin », comme si la communauté internationale, confrontée à la multiplication des attaques terroristes barbares avait enfin compris la nécessité de faire face tout en s’attaquant parallèlement au terrain sur lequel l’EI-Daesh et les autres succursales terroristes ont pu voir le jour et se renforcer. L’État islamique serait ainsi en difficulté économique avec une contraction de ses recettes de l’ordre de 30 % qu’il s’efforce de compenser par le racket des populations sous son joug. Cela résulte pour partie des succès de la lutte contre la contrebande de pétrole que Damas et Moscou ne contredisent plus pour l’instant. Au point où l’on évoque déjà, même si la perspective est encore lointaine, la libération de Mossoul après celle de Raqqa. Toutes les initiatives fondées sur ce seul objectif de libération sont utiles et nécessaires. Qu’il s’agisse de l’annonce américaine de l’envoi de 200 soldats supplémentaires – plus de 4 000 seront ainsi positionnés en Irak – et du déploiement des hélicoptères Apache de transport de troupes. Qu’il s’agisse des annonces faîtes par François Hollande d’aide de la France au Liban et à la Jordanie en faveur des réfugiés syriens et irakiens afin que demain, réinstallés, ils puissent œuvrer à la reconstruction des territoires dont ils ont été chassés par la guerre. Qu’il s’agisse des tentatives européennes de stabilisation en Libye – voyages à Tripoli des ministres français et allemand, suivis de leur homologue britannique. Qu’il s’agisse de la relance de l’initiative française, portée en son temps par Fabius, pour tenter de sortir de l’impasse entre Israéliens et Palestiniens. Mahmoud Abbas souligne à cette occasion avec une grande lucidité que « la question palestinienne est l’alibi de tous les fanatiques, si nous arrivions à la résoudre, cela pourrait les freiner sérieusement. C’est aujourd’hui et pas plus tard. Il faut arriver à calmer toutes ces braises que nous voyons rougeoyer dans la région et aussi en Europe ». Ces initiatives diplomatiques et militaires positives sont à distinguer des contrats d’armement récoltés par la France en Égypte – autour de 2 milliards d’euros au total – qui alimentent la poudrière bien plus qu’ils ne concourent au développement et à la démocratie, même si Hollande a évoqué sans s’attarder les droits de l’Homme au Caire. Pour renaître enfin, la perspective d’une attitude responsable de la communauté internationale au Proche et Moyen-Orient ne se heurte pas moins à de considérables obstacles au premier rang desquels l’attitude provocatrice et irresponsable de Netanyahu prétendant annexer à jamais le plateau du Golan syrien occupé par Israël. L’attitude de la délégation du régime de Damas aux pourparlers de paix sous l’égide de l’ONU s’inscrit dans une logique tout aussi irresponsable lorsqu’elle refuse, parce que son protecteur russe le lui permet, de voir figurer à l’ordre du jour le sort d’Assad. Il y a également cette conférence de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) dans laquelle l’Arabie saoudite a imposé ses vues notamment face au pays hôte, la Turquie, sur une base confessionnelle en désignant l’Iran comme le fauteur de troubles et de déstabilisation de toute la région. C’est naturellement absurde sans que l’on doive exonérer Téhéran de ses responsabilités mais cela sonne surtout comme un avertissement solennel à la communauté internationale invitée à ne pas se faire d’illusions sur le projet de la coalition dirigée par les Saoud qui agiront en fonction de leur seuls objectifs contradictoires terme à terme à ceux d’une reconstruction de sociétés démocratiques et laïques. Cette réunion précédait, il est vrai, celle de Doha sur les cours du pétrole qui est de nature à calmer quelque peu la folle arrogance de Ryad.

L’Europe au pied du mur de ses responsabilités.
Sur l’île de Lesbos en Grèce d’abord où le contraste était saisissant entre un Pape « sans divisions » mais doté d’une intelligence certaine de la situation et de l’autre des instances européennes en perdition aussi bien « morale »  que politique. La question des réfugiés demeure brûlante parce que non résolue. Ils sont encore des dizaines de milliers à frapper à la porte. Les renvoyer en Turquie, outre la difficulté de l’opération, ne résoudra rien. Berlin apporte la preuve avec les mesures adoptées par la coalition – CDU/CSU SPD – qu’un accueil durable et responsable est possible et que ce n’est pas forcément « la mer à boire » sur le plan financier. Alors, si le « coup » de com’ papal peut contribuer à mettre Bruxelles et les capitales européennes devant leurs responsabilités humanitaires, tant mieux. On pense en particulier à ces gouvernements où les Catholiques ne sont pas en reste pour  refuser l’accueil des réfugiés, comme en Pologne. À Varsovie et dans tout le pays, le gouvernement de droite-extrême du PiS fait d’ailleurs face à une contestation croissante pour une autre de ses spécialités, l’interdiction de l’avortement pour plaire à l’épiscopat du cru. À Londres ensuite où les espoirs des Européens se trouvent quelque peu renforcés, du moins pour ceux qui se revendiquent de cette appartenance au-delà des identités nationales. L’opposition – 53 % – au « Brexit » grandit, semble-t-il, avec le début de la campagne officielle. On le doit en partie à l’orientation du Labour et de Corbyn, critiques sur les institutions communautaires et leurs politiques mais insistant sur le fait que pour les changer il faut y participer et le faire de l’intérieur. À mille lieues des arguments alambiqués de Cameron, confronté le 16 avril à une manifestation de 70 000 participants conspuant sa politique d’austérité qui n’a même pas l’alibi d’une croissance atone. À Madrid où l’on s’oriente tout doucement vers de nouvelles élections générales faute d’avoir trouvé une possible équation gouvernementale entre les tentations droitières du PSOE et les exigences de Podemos sur les questions nationales, catalane et basque, sur fond de crocs-en-jambe réciproques. Il n’est pas sûr que les gauches soient gagnantes dans ce bras de fer qui souligne leur incapacité à gouverner ensemble au risque de laisser la voie libre au PP et à un toujours possible revirement des centristes de Ciudadanos. À Paris enfin où l’opposition majoritaire des Français à la loi El Khomeri s’accompagne d’une énorme provocation du Medef pour la défendre dans sa version initiale, Gattaz menaçant tout simplement de se retirer de la négociation sur la convention de l’assurance chômage. Parallèlement le congrès de la CGT s’ouvre dans un climat malsain où certains, y compris à gauche, rêvent d’isoler la première centrale syndicale et où celle-ci tombe dans le piège d’une provocation inutile de l’un de ses syndicats à propos des agissements policiers en marge des manifestations jeunes. Sans compter, le mélodrame autour de Finkielkraut qui ne mérite pas que l’on en fasse tout un « fromage ». L’académicien de droite, très en cour, s’est rendu place de la République pour humer l’air du temps autour de Nuit debout. C’était son droit. Il a pu déambuler sur place pendant près d’une heure sans encombre avant d’être insulté et de faire l’objet de crachats pour l’en expulser. C’est évidemment regrettable mais à l’évidence la tentative de « lynchage » qu’il dénonce est pour le moins excessive. Une polémique très française, pour ne pas dire très parisienne, sans rapport avec les enjeux autrement plus décisifs de la situation sociale – grève à l’appel de tous les syndicats cheminots le 26 – et politique du pays où le rejet du président, du gouvernement Valls et du projet de loi travail ne se dément pas à l’avant-veille des manifestations du 28 avril et du 1er mai. Pour finir, avec le sens du timing qui lui est propre, le Parlement de Strasbourg a osé ratifier à une très large majorité une directive de la Commission organisant « le secret des affaires » quand il s’agirait de s’assurer de la transparence des actes de gestion comme des transactions commerciales. La plupart des sociaux-démocrates, dont tous les députés socialistes français présents, y ont souscrit. C’est en raison de ce type de pratiques contraires à l’intérêt général que « la primaire à gauche a du plomb dans l’aile », comme on le dit du côté de la rue de Solférino pour en attribuer la responsabilité à d’autres.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire