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| Hollande hier soir sur France 2 (photo © S. de Sakutin/POOL/AFP) |
Il parle, « bien », comme le reconnaît Raffarin. Presque deux heures durant, François Hollande a égrené ses vérités. Il choisit ses mots avec précision pour assumer son bilan et marteler que « ça va mieux pour la France ». Et pourtant, tout nous dit que ça ne passe pas, au point où ce sont moins de trois millions et demi de citoyens qui auront fait le choix de l’écouter. Un fiasco d’audience sans aucun doute même au regard de ses prestations antérieures comme en février où il avait pu s’adresser alors à près de neuf millions de ses concitoyens. La ligne entre le Président et les Français est tout simplement en dérangement. Trop de demi-vérités, trop de renoncements, trop de reniements même qui font que, quoi qu’il dise, plus personne ou presque ne l’écoute et ceux qui y consentent encore n’entendent rien à son verbe. Terrible sentiment d’incommunicabilité de la pensée si ce n’est de l’action.
Une sorte de non événement si Hollande n’était pas Président. Or, il l’est et cela change tout, contraignant à prendre en compte ce qu’il dit. D’autant que sauf accident, il sera candidat à sa succession. Il annonce d’ailleurs qu’il prendra sa décision ou plus exactement qu’il la rendra publique en décembre, précisément pour « tuer » le processus d’une primaire à gauche, prévue le 9 décembre, si les conditions en étaient réunies. Lui Président a ce pouvoir extraordinaire d’écarter de sa route un exercice démocratique voulu par une grande majorité des électeurs de gauche. De quoi en tirer la même conclusion qu’Anne Hidalgo considérant que « sauf miracle, il y aura bien alternance l’an prochain ». Mais l’histoire retiendra que François Hollande est sorti de la scène par la porte de service sans jamais avoir été en mesure de s’élever au-dessus de son ambition et des dires de sa Cour.
En connaisseur de la vie politique, il sait que pour gagner il faut préalablement rassembler « son » camp. Il joue donc la partie formellement à gauche, allant jusqu’à assumer une continuité imaginaire avec le principal discours de sa campagne de 2012, celui du Bourget. Habile, il dit avoir voulu « moderniser » tout en « protégeant le modèle social » quitte à enfiler quelques perles. Il aurait ainsi décidé le CICE et le Pacte de compétitivité non au profit des patrons mais à celui des salariés. Les femmes et les hommes de gauche ne peuvent ressentir qu’indignation devant un tel propos. Et quand on lui fait remarquer que cela porte le coût de chaque emploi marchand pour les finances publiques à 250 000 euros, il écarte une considération qui n’aurait selon lui aucun sens. C’est faire mine d’oublier la hargne de la droite contre la création des emplois « jeunes » et des « contrats aidés » dans le secteur public pourtant infiniment moins coûteux.
Le chômage et il le sait constitue sa principale faiblesse, celle qui résume toutes les autres en matière économique et sociale. Il décrit donc la situation comme marquée par « plus de croissance, moins de déficits, moins d’impôts et plus de pouvoir d’achat », sans y ajouter « plus de chômage ». Il s’accroche à « la politique de l’offre », n’en démord pas, redisant que jusqu’au dernier jour de son quinquennat il réformera pour « libérer l’emploi ». Méthode Coué en singulier décalage avec ce que prévoient les organisations économiques multilatérales à commencer par le FMI et la Banque Mondiale qui revoient à la baisse leurs prévisions de croissance un peu partout – 3,2 % pour l’un et 2,5 % pour l’autre désormais au plan mondial. Or, malgré les dizaines de milliards accordées sans la moindre contre-partie à la trésorerie des entreprises et les dérégulations à venir du code du travail, sans croissance l’emploi ne sera pas au rendez-vous. Il persiste et signe pourtant dans l’erreur du premier jour, sur le conseil de Macron.
La jeunesse devait être la priorité de son quinquennat. Il lui a en effet sacrifié quelques mesures – bourses au-delà de l’obtention du diplôme, garanti locative, CMU pour les « sans-famille », augmentation des apprentis… – mais tout récemment parce qu’il ne pouvait pas faire autrement pour tenter de désamorcer les mobilisations jeunes contre la loi EL Khomri. Plus tôt, le bilan est à peu près inexistant et c’est d’autant plus indigne et critiquable que le diagnostic sur les inégalités est posé depuis fort longtemps. Le classement de l’Unicef le souligne, la France étant classée 35e sur 37 pour les inégalités scolaires par exemple. François Hollande peut prétendre « changer la vie dans les quartiers », « corriger les excès du capitalisme », « combattre la précarité au-delà du chômage », qui peut être dupe de cet exercice imposé pour dégager la piste du futur candidat ?
On l’aura encore vu se prêter à un dialogue de sourds avec cette cheffe d’entreprise qui lui réclame de « lever les freins » à l’emploi de salariés kleenex, ceux que l’on prend et que l’on jette. Il rétorque mollement qu’il faut un point d'équilibre. On l’a vu écouter longuement un électeur du FN à qui il conseille de ne pas choisir « un médecin qui tuerait le malade », reconnaissant sa part de responsabilité dans la montée de l’extrémisme lepéniste. On l’a vu, face à une mère de djihadiste mort en Syrie, échanger quelques banalités et surtout redire son refus d’interdire le voile islamique à l’Université. On l’a vu, face à un jeune désirant un autre avenir, s’en tenir à quelques « lapalissades » sans contenu. Bilan, ce qui était présenté comme le cadre d’un dialogue avec les colères des Français a sonné faux d’un bout à l’autre. Le choix des interlocuteurs n’étaient pas le bon mais au-delà, enfermé dans ses certitudes, Hollande n’entend plus rien ni personne.
Et pour finir, il nous a livré « sa » vérité sur la principale qualité d’un Président à ses yeux. Non « l’indifférence » comme la revendiquait l’archétype du monarque républicain, Mitterrand, mais le « courage »… celui de ne rien faire, de ne rien entreprendre qui bouscule par trop l’ordre établi. Le « courage » d’être lui-même enfermé dans les jeux subtils de l’inaction équilibrée. Le « courage » de faire perdre son camp en l’empêchant de se reconstruire et de se ressourcer dans un cadre unitaire. Le « courage » de réaffirmer son autorité par rapport au jeune ambitieux qu’il a placé à Bercy, sur un mode désagréable : « il sait ce qu’il me doit ». Bref, un « courage » qui aura sans doute satisfait le cercle des derniers courtisans, mais conforté tous les autres dans la conviction qu’il faut impérativement tourner la page et que le plus tôt sera le mieux. Sans lui Président, sans lui candidat !

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