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| Valls et El Khomri face aux représentants des jeunes (photo © APF), pancartes de la Nuit Debout à Paris (photo © AP/SIPA), Kerry et ses homologues du G7 au mémorial d'Hiroshima (photo © AP). |
Jeunesse : des avancées et un « malentendu ». Les annonces de Manuel Valls après sa rencontre avec les organisations de jeunesse ne sont pas négligeables. Le pouvoir a bougé devant la mobilisation en cours, à la fin d’un quinquennat qui avait fait de la jeunesse une priorité avant de tant tarder à la concrétiser. Dont acte pour cette série de mesures qui viendront en aide à un nombre appréciable de jeunes à la recherche d’une insertion professionnelle ou sociale, de la prolongation des bourses pendant quatre mois pour les jeunes diplômés d’origine modeste à la couverture sociale – CMU – des jeunes en rupture de ban familial en passant par la caution locative. Les annonces sur l’apprentissage sont en revanche plus discutables parce qu’elles confirment la propension de Matignon à renforcer le contournement de la formation scolaire commune plutôt qu’à ramener sur les bancs de l’école les jeunes concernés en considérant qu’un bagage de formation générale est indispensable pour leur insertion professionnelle et sociale future. Un « paquet jeunesse » qui devrait coûter à la collectivité entre 400 et 500 millions. C’est peu au regard de l’enjeu tant s’impose une action curative pour réparer les dégâts de la crise particulièrement catastrophiques chez les plus jeunes. Les chiffres sur la montée inexorable de la pauvreté en région parisienne le soulignent à leur manière. Mais le gouvernement fait le choix, conforme à son orientation libérale, de financer directement par l’impôt y compris ce qui relève de la protection sociale au lieu de prévoir la contribution des entreprises et de leurs salariés par le biais des cotisations sociales. L’égalité et la solidarité doivent pour être assurées de manière pérenne procéder de cette prise en charge sociale. Y déroger comme on ne l’a que trop fait sape jusqu’aux fondements du modèle social. C’est là qu’intervient la taxation des CDD. Il faut certes corriger le fait que l’écrasante majorité des embauches – 87 % – se fait sous ce statut précaire qui pénalise d’abord les jeunes salariés, mais aussi les entreprises qui y ont recours par facilité de gestion de dirigeants souvent incompétents. Le coût de ces CDD et en particulier celui des plus courts est ruineux pour la protection sociale collective. Mais une nouvelle taxation, soumise à l’arbitrage des partenaires sociaux en pleine négociation sur l’avenir de l’assurance chômage, ne résoudra pas le problème. L’expérience faite sur une partie des CDD, taxés depuis 2014, le démontre. Il faut bien plutôt interdire le recours à cette voie précaire quand des circonstances particulières, du type congé maladie, n’y contraignent pas, c’est à dire dans une très large majorité des cas. Cela relève de la loi.
Mobilisations multiformes contre la loi travail. Celles de la rue vont continuer après un 9 avril en demi-teinte, marqué par une moindre participation des jeunes mais par un ancrage territorial plus large de la contestation sociale. Le phénomène Nuit debout qui en est dérivé le confirme. L’on assiste à une reprise sous des formes particulières du cycle de politisation de secteurs de la jeunesse peu connectés au mouvement social traditionnel. L’aspiration a refaire le monde est toujours le signe que quelque chose de profond taraude la société. Toute la difficulté réside dans la rencontre, voire la fusion, de ces formes diverses de remise en cause de l’injustice. Si elle se fait, ce sera infiniment positif pour la gauche dans son ensemble qui y trouvera un moyen de se ressourcer, mais la chose est loin d’être acquise. La poursuite du calendrier des mobilisations, puisque le gouvernement s’entête, doit y contribuer avec le double objectif du 28 avril et du 1er mai. Ces journées précéderont le débat parlementaire qui doit être l’occasion de renforcer les droits des salariés et de renverser la remise en question du principe d’égalité notamment en ce qui concerne la possibilité d’un recours au licenciement économique en fonction de la « santé économique » de l’entreprise. La commission des affaires sociales de l’Assemblée a plutôt aggravé la situation qu’elle ne l’a clarifiée. La déclinaison du nombre de trimestres pris en compte pour juger de la situation réelle des entreprises en fonction de leur taille est un non sens économique et un danger social majeur. Elle doit être au centre de la bataille parlementaire et institutionnelle – recours au Conseil constitutionnel – car, si elle devait être retenue, elle porterait un coup très dur à l’égalité tout autant que l’inversion des normes par laquelle patronat et gouvernement espèrent affaiblir durablement le mouvement social au nom d’une vision d’un monde du travail le plus dérèglementé possible. L’efficacité économique comme la justice sociale commandent au contraire de renforcer les régulations garantes d’une fluidité des rapports sociaux et d’une productivité améliorée au bout du compte. La plupart des chiffres disponibles en la matière tendent à le prouver contrairement à ce que répètent le Medef et la CGPME. De la manière dont se dénouera cet affrontement sur le modèle de société dépendra en grande partie l’issue des élections générales d’avril 2017 – présidentielle et législatives. Raison supplémentaire pour la gauche de ne pas se dérober à ses responsabilités tant il est vrai qu’il ne suffira pas d’avoir engagé la bataille… il faudra l’avoir gagnée pour espérer battre la droite et l’extrême-droite.
Vers un monde plus vivable, plus sûr, plus juste. C’est le message qu’ont envoyé les ministres des Affaires étrangères du G7 au Mémorial d’Hiroshima, remettant en cause non seulement la prolifération des armements nucléaires mais aussi, indirectement, leur existence même. L’agitation belliqueuse de la Corée du nord, les prétentions criminelles de l’État islamique, cumulées au souvenir douloureux des crimes contre l’Humanité des 6 et 9 août 1945 y engagent. Naturellement, il ne peut s’agir que d’un processus long et difficile de négociations multilatérales, avec de possibles gestes unilatéraux, mais il faut se réjouir que la question du désarmement nucléaire pour un monde plus sûr revienne à l’ordre du jour des instances de la communauté internationale. Il n’en va pas de même de la démocratie quand un Premier ministre, celui de la République française, se rend à Alger en dépit du fait que la presse y soit empêchée de travailler. La démocratie n’est pas simple variable d’ajustement par rapport aux enjeux économiques. Certes, Valls ne s’est pas tu mais n’a pas été pour autant à la hauteur car la volonté de Paris de ne pas se laisser décrocher à Alger – 10,9 % des partenariats commerciaux en 2015 contre 12 % en 2012 – ne justifiait pas que Valls n’ait rien d’autre qu’une pensée pour la liberté de la presse. L’Union européenne ne saurait davantage tolérer les agissements brutaux des forces de sécurité macédoniennes à l’encontre des réfugiés à la frontière avec la Grèce. Les aides et autres facilités économiques ne sont concevables que pour autant que les partenaires de l’Union fassent preuve de retenue dans la gestion de cette crise humanitaire. Faute de quoi, les rétorsions et autres sanctions devront s’imposer pour leur faire entendre raison. Enfin, les Panama Papers continuent de livrer leur stock d’informations plus inacceptables les unes que les autres. La Croix rouge a été ainsi utilisée sans même en avoir connaissance par les fraudeurs qui s’en servaient comme destinataire supposé mais jamais vérifié de leurs transactions – la « loi » panaméenne le permettait nous dit-on ! De même, certains agents de la CIA auraient eu recours à ces montages offshore pour dissimuler leurs agissements illégaux. La Banque mondiale est, elle, soupçonnée d’avoir fermer les yeux sur les prêts au développement qu’elle accordait et qui transitaient en majorité par les paradis fiscaux afin de priver les pays destinataires des redevances fiscales dont ils avaient le plus grand besoin. De quoi éclairer le plan Schäuble qui prétend encadrer sans les supprimer les circuits du crime de détournement organisés à l’échelle planétaire par les acteurs de la finance prédatrice. Il y a mieux à faire en interdisant purement et simplement ces pratiques d’un monde invivable parce que devenu une jungle hostile pour le plus grand nombre.
Mobilisations multiformes contre la loi travail. Celles de la rue vont continuer après un 9 avril en demi-teinte, marqué par une moindre participation des jeunes mais par un ancrage territorial plus large de la contestation sociale. Le phénomène Nuit debout qui en est dérivé le confirme. L’on assiste à une reprise sous des formes particulières du cycle de politisation de secteurs de la jeunesse peu connectés au mouvement social traditionnel. L’aspiration a refaire le monde est toujours le signe que quelque chose de profond taraude la société. Toute la difficulté réside dans la rencontre, voire la fusion, de ces formes diverses de remise en cause de l’injustice. Si elle se fait, ce sera infiniment positif pour la gauche dans son ensemble qui y trouvera un moyen de se ressourcer, mais la chose est loin d’être acquise. La poursuite du calendrier des mobilisations, puisque le gouvernement s’entête, doit y contribuer avec le double objectif du 28 avril et du 1er mai. Ces journées précéderont le débat parlementaire qui doit être l’occasion de renforcer les droits des salariés et de renverser la remise en question du principe d’égalité notamment en ce qui concerne la possibilité d’un recours au licenciement économique en fonction de la « santé économique » de l’entreprise. La commission des affaires sociales de l’Assemblée a plutôt aggravé la situation qu’elle ne l’a clarifiée. La déclinaison du nombre de trimestres pris en compte pour juger de la situation réelle des entreprises en fonction de leur taille est un non sens économique et un danger social majeur. Elle doit être au centre de la bataille parlementaire et institutionnelle – recours au Conseil constitutionnel – car, si elle devait être retenue, elle porterait un coup très dur à l’égalité tout autant que l’inversion des normes par laquelle patronat et gouvernement espèrent affaiblir durablement le mouvement social au nom d’une vision d’un monde du travail le plus dérèglementé possible. L’efficacité économique comme la justice sociale commandent au contraire de renforcer les régulations garantes d’une fluidité des rapports sociaux et d’une productivité améliorée au bout du compte. La plupart des chiffres disponibles en la matière tendent à le prouver contrairement à ce que répètent le Medef et la CGPME. De la manière dont se dénouera cet affrontement sur le modèle de société dépendra en grande partie l’issue des élections générales d’avril 2017 – présidentielle et législatives. Raison supplémentaire pour la gauche de ne pas se dérober à ses responsabilités tant il est vrai qu’il ne suffira pas d’avoir engagé la bataille… il faudra l’avoir gagnée pour espérer battre la droite et l’extrême-droite.
Vers un monde plus vivable, plus sûr, plus juste. C’est le message qu’ont envoyé les ministres des Affaires étrangères du G7 au Mémorial d’Hiroshima, remettant en cause non seulement la prolifération des armements nucléaires mais aussi, indirectement, leur existence même. L’agitation belliqueuse de la Corée du nord, les prétentions criminelles de l’État islamique, cumulées au souvenir douloureux des crimes contre l’Humanité des 6 et 9 août 1945 y engagent. Naturellement, il ne peut s’agir que d’un processus long et difficile de négociations multilatérales, avec de possibles gestes unilatéraux, mais il faut se réjouir que la question du désarmement nucléaire pour un monde plus sûr revienne à l’ordre du jour des instances de la communauté internationale. Il n’en va pas de même de la démocratie quand un Premier ministre, celui de la République française, se rend à Alger en dépit du fait que la presse y soit empêchée de travailler. La démocratie n’est pas simple variable d’ajustement par rapport aux enjeux économiques. Certes, Valls ne s’est pas tu mais n’a pas été pour autant à la hauteur car la volonté de Paris de ne pas se laisser décrocher à Alger – 10,9 % des partenariats commerciaux en 2015 contre 12 % en 2012 – ne justifiait pas que Valls n’ait rien d’autre qu’une pensée pour la liberté de la presse. L’Union européenne ne saurait davantage tolérer les agissements brutaux des forces de sécurité macédoniennes à l’encontre des réfugiés à la frontière avec la Grèce. Les aides et autres facilités économiques ne sont concevables que pour autant que les partenaires de l’Union fassent preuve de retenue dans la gestion de cette crise humanitaire. Faute de quoi, les rétorsions et autres sanctions devront s’imposer pour leur faire entendre raison. Enfin, les Panama Papers continuent de livrer leur stock d’informations plus inacceptables les unes que les autres. La Croix rouge a été ainsi utilisée sans même en avoir connaissance par les fraudeurs qui s’en servaient comme destinataire supposé mais jamais vérifié de leurs transactions – la « loi » panaméenne le permettait nous dit-on ! De même, certains agents de la CIA auraient eu recours à ces montages offshore pour dissimuler leurs agissements illégaux. La Banque mondiale est, elle, soupçonnée d’avoir fermer les yeux sur les prêts au développement qu’elle accordait et qui transitaient en majorité par les paradis fiscaux afin de priver les pays destinataires des redevances fiscales dont ils avaient le plus grand besoin. De quoi éclairer le plan Schäuble qui prétend encadrer sans les supprimer les circuits du crime de détournement organisés à l’échelle planétaire par les acteurs de la finance prédatrice. Il y a mieux à faire en interdisant purement et simplement ces pratiques d’un monde invivable parce que devenu une jungle hostile pour le plus grand nombre.

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