mardi 29 mars 2016

Parti pris du 29 mars 2016

Tarik Ramadan (photo © AP/SIPA) ; l'extrême-droite à Bruxelles le 27 mars (photo © Reuters) ; Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances (photo © ZUM/REA).

Une résilience de masse qui se cherche encore. Huit jours après les attentats islamistes de Bruxelles, les Belges et tous les Européens récupèrent difficilement tant le choc et son onde ravageuse mettent de lourdes questions à l’ordre du jour. À Bruxelles où les évènements de dimanche engagent la responsabilité d’un gouvernement de droite qui a pesé pour empêcher la tenue d’une « marche contre la peur », mais a laissé se dérouler une provocation raciste de plusieurs centaines de hooligans d’extrême-droite, place de la Bourse. Folie de prime abord tant la mobilisation massive constitue et de loin la meilleure riposte après un traumatisme de ce genre. On l’avait vu à Paris le 11 janvier 2015 après les attentats contre Charlie du 7 janvier. Mais l’explication est un peu courte parce que les nationalistes flamands du N-VA, dont le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, portent une responsabilité écrasante dans cette affaire qui pourrait relancer la crise entre Flamands et Wallons dans la région capitale où le bourgmestre socialiste de Bruxelles, Yvan  Mayeur, ne décolère pas. À Paris, c’est le ministre de la Ville, des Sports et de la Jeunesse, Patrick Kanner, qui a cru utile d’assimiler une centaine de quartiers dits « sensibles » à autant de Mollenbeek en puissance, du nom de la commune belge d’où sont partis les commandos du 13 novembre et du 22 mars. Propos insensés parce que provocateurs et stigmatisants qui n’auront rencontré que l’approbation du FN et d’Éric Ciotti pour la droite extrémisée. La lutte contre la menace islamiste est trop sérieuse pour se satisfaire de misérables opérations de com’ de ce genre. On a pu le constater à Bordeaux où Alain Juppé et avec lui divers élus de tout bord ont manifesté leur impuissance à l’occasion de la venue du prédicateur islamiste Tariq Ramadan. Il n’est pas « le bienvenu », ont-ils proclamé. Ramadan, on le sait, électrise ses auditoires, les jeunes principalement, en leur expliquant que jamais ils ne pourront et ne devront s’intégrer dans les territoires où ils vivent parce qu’ils sont musulmans. Et lorsqu’il les invite habilement à respecter les règles et les lois qui y ont cours, c’est au nom du seul rapport des forces… par définition provisoire. Cela relève évidemment d’une propagande de division, de haine contenue, contre le « vivre ensemble » à la faveur d’une maîtrise rare du double langage. Les droits démocratiques sont ainsi utilisés à dessein pour saper leurs fondements mêmes. Qu’attend donc le ministre de l’Intérieur Cazeneuve, comme ses homologues européens, pour interdire ce genre de manifestation qui ruine bien souvent en quelques heures le travail patient et de longue haleine des services publics et des associations ? Parallèlement, la promotion de Pâques de la Légion d’honneur honore le recteur de la mosquée de Villeurbanne, réputé être l’un des plus « ouverts » des tenants de l’Union des organisations islamistes de France – UOIF. Autant de signes qu’une partie au moins de l’appareil d’État joue avec le feu. Sans compter les propos « munichois » de Mélenchon estimant qu’il suffirait de cesser les bombardements contre Daesh pour que les attentats s’arrêtent… Sans compter le voyage à Damas et la rencontre de la honte avec Bachar el-Assad de Mariani et de quatre autres parlementaires de droite, financés et organisés par l’extrême-droite. Tout cela prouve combien, au-delà des opérations militaires ou policières, la lutte idéologique contre l’islamisme est à la fois nécessaire et compliquée dans un contexte de grande confusion où l’on nous ressort, c’est vrai, moins souvent le joker de l’islamophobie mais où une partie de l’appareil d’État, des forces politiques et du corps social est prête à se compromettre.

Un front économique et social en effervescence.
Outre-Rhin en premier lieu dans la mesure où les prévisions budgétaires 2016-2020, concoctées par le sinistre Schäuble, équivalent à porter un coup majeur à toute perspective de relance de la croissance à l’échelle de l’Union. Certes, les dépenses augmenteront bien d’environ 30 milliards mais resteront contenues en fonction de la progression des recettes. Cela signifie que l’Allemagne qui en a largement les moyens n’assumera pas ses responsabilités communautaires ni au niveau fédéral ni même au niveau des Lands dont les budgets cumulés sont eux aussi désormais excédentaires. De quoi ne pas assumer aussi vite que souhaitable l’intégration de plus d’un million de réfugiés. De quoi ne pas assumer les investissements devenus nécessaires dans des infrastructures vieillissantes. De quoi laisser perdurer un déséquilibre inacceptable dans les échanges avec ses partenaires, l’excédent des uns se traduisant par les déficits de tous les autres. De quoi ne pas accompagner les tentatives de Draghi et de la BCE pour relancer l’inflation et éviter une spirale déflationniste. Signe que le repli national est toujours facteur de plus grandes difficultés pour celui qui s’y abandonne comme pour tous les autres. Les perspectives économiques européennes s’assombrissent ainsi par la responsabilité de Berlin. En France spécialement, en raison du niveau des échanges, c’est une fort mauvaise nouvelle. Mais il est vrai que le gouvernement a perdu une part appréciable de son influence dans l’Union et que, pour l’heure, il préfère s’adonner à des jeux politiciens dont il aura le plus grand mal à se défaire. Avec la loi Sapin, deuxième du genre, par laquelle le pouvoir prétendait introduire une « transaction pénale » au profit des entreprises convaincues de « corruption » et de « blanchiment », en pratique l’amende contre l’amnistie. Heureusement, le Conseil d’État a cassé cette disposition contraire à la justice. Avec la loi d’El Khomri qui débarque à l’Assemblée où elle devrait être logiquement recalée à moins d’une nouvelle utilisation du 49.3 par Valls. La gauche parlementaire est en effet tenue par l’opinion dont tous les sondages soulignent l’opposition très majoritaire au texte après les derniers aménagements à la marge. La droite et le patronat veulent le retour à la case départ et à la formulation la plus rétrograde. Le mouvement social sera dans la rue ce jeudi avec la jeunesse. Une impasse pour le pouvoir qui s’est engagé dans une épreuve de force dont il n’a pas vraiment les moyens sauf à prendre tous les risques, de celui d’un dérapage policier à la perte avant l’heure des élections de l’an prochain. Raison de plus pour arrêter les frais avant qu’il ne soit trop tard. Le retrait du texte El Khomri est la seule option raisonnable qui reste sur la table. Il doit intervenir le plus tôt possible, faute de quoi, le pays irait à l’embardée par la seule obstination irresponsable de ses dirigeants, celle de Valls et Hollande.   



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