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| Trump (photo DR) ; Macron, El Khomri, Valls (photo © AFP) ; Erdogan (photo © Reuters). |
Les vents mauvais d'une « non-clarification » dans la gauche française parce que les termes du choix en sont faussés tandis que se lèvent les espoirs timides d'une mobilisation sociale dans la jeunesse et dans le monde du travail, les 9 et 31 mars. Aubry, Hamon, Paul et les autres ont bien fait de mettre les pieds dans le ragoût gouvernemental. Le texte mort-né d'El Khomri ne méritait rien d'autre en effet qu'un enterrement discret. Hollande préfère jouer la montre et laisse annoncer par Valls un évitement d'obstacle de deux petites semaines. Vaine tactique quand personne à gauche ou presque ne veut de ce texte entièrement dédié dans sa logique à Gattaz, Asselin et consorts. Il faut donc renforcer la mobilisation autour de la pétition – un, deux, trois millions – et des initiatives annoncées. Valls, Macron et Hollande, par-delà leurs rivalités, entonnent le crédo libéral selon lequel il n'y aurait que le marché « émancipé » de toute contrainte et en particulier des « rigidités » du code du travail, qui pourrait créer des emplois et nous sauver du chômage de masse. Funeste aveuglement quand tout indique au contraire à quel point le monstre marchand est devenu fou faute d'avoir été entravé par de solides régulations. C'est si vrai que les estimations de croissance sont partout revues à la baisse, que le G20 finance lui-même crie casse-cou, que la Chine s'inquiète de voir fondre ses réserves pour le sauvetage incertain de sa monnaie, que l'Europe se demande toujours comment éviter la spirale déflationniste et que l'Amérique latine s'enfonce dans la dépression. Cela, nous sommes majoritaires à gauche à le penser, à le dire mais sans que tous en tire les conclusions qui s'imposent. Aubry se lance par exemple dans une bataille désarmante visant à empêcher une éventuelle candidature de Valls à une possible primaire à la faveur d'un soutien à une improbable candidature de Hollande. La clarification sur le fond, elle, attendra. Valls et Macron pourront, dans leur style respectif, continuer à « provoquer » le peuple de gauche et le Président se livrer à de subtils calculs politiciens en attendant le miracle sur le front de l'emploi, qui ne viendra pas bien entendu.
Il n'en va pas différemment des résultats électoraux dans plusieurs États. En Iran d'abord où les « réformateurs » alliés du Président Rohani l'emportent haut la main dans la jeunesse et dans les centres urbains, à Téhéran en particulier, mais n'obtiennent pas la majorité absolue parce que les campagnes ont voté pour les plus fous des fous de Dieu. Mieux sans doute qu'hier mais insuffisant pour respirer enfin plus librement en songeant à l'étape suivante de la libération. Le Parlement européen a lui adopté un souhait d'embargo non contraignant sur les ventes d'armes en direction du Royaume Wahabite des Saoud où prospère une autre faction de fous d'Allah. Ce sera en vain tant les intérêts marchands bien compris des pays concernés, France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas s'y opposent. Les Islamistes montrent par ailleurs avec Erdogan le peu de cas qu'ils font des droits démocratiques et du respect des décisions de justice y compris quand elles proviennent de la Cour suprême turque. Les journalistes emprisonnés le resteront en dépit de la décision de les libérer prise par la plus haute instance du pays. On a également voté en Irlande, en sanctionnant les fauteurs d'austérité dont ceux qui disaient que la reprise était de retour mais qu'il faudrait encore attendre pour en sentir les effets. À gauche, l'éparpillement et l'absence d'un programme d'urgence social partagé conduisent même à un tassement par rapport aux intentions de vote à la veille du scrutin. Tout reste à faire. En Pologne enfin, plus de 80 000 manifestants ont continué à défier à Varsovie le pouvoir des populistes catholiques du PiS – Parti droit et justice –, mais sans trouver pour l'heure les voies et moyens pour faire tomber l'un des gouvernements les plus réactionnaires de l'Union. Restera donc à attendre les résultats probablement sans surprise du « Super Tuesday » des primaires américaines à l'issu duquel les jeux sont généralement faits sur qui seront les candidats des deux grands partis à la finale. Trump candidat probable ! Même s'il n'est pas élu en novembre, quel signe inquiétant qu'une partie des Américains puissent se jeter dans les bras d'un fol admirateur de Mussolini refusant de condamner le Ku Klux Klan... En attendant le 23 juin le référendum cameronesque sur le « Brexit »…
Et pendant ce temps, la petite politique intérieure en profite pour faire valoir ses « vilénies » à peu de frais. Autour de la Grèce, les uns et les autres maintiennent hermétiquement closes leurs frontières d'un autre temps dans une posture qui plaît sans doute à leurs nationalistes respectifs mais qui étrangle Athènes dans un isolement mortel qui ne lui permet plus de faire face à l'afflux des réfugiés. Avec Merkel cette fois et contre Valls, il faut imposer que le sommet européen de la mi-mars ouvre la route vers le centre de l'Union aux dizaines de milliers de migrants-réfugiés coincés dans le nord de la Grèce, que les fonds de secours parviennent sans tarder à Athènes et que tous, à commencer par la France, prennent enfin leur part à l'accueil sur leurs territoires, ailleurs que dans de nouvelles « jungles » indignes. À Paris, où les écologistes ralliés au gouvernement pour un maroquin contre la volonté de leur parti sont cruellement remerciés et humiliés par le sacrifice de la loi de transition énergétique (LTE) sur l'autel des prétentions d'EDF, avec Royal dans le rôle de l'exécutrice des basses œuvres, pressée d'annoncer que les vieilles centrales nucléaires ne sont pas près d'être admises à la retraite après quarante ans de contribution… Il leur faudra attendre le demi-siècle. On n'arrête plus le « progrès » en matière de vieillissement des installations et matériaux non plus quitte à prendre de sérieux risques. Sans compter ce salon de la caricature de l'agriculture où la colère des campagnes, légitime sans doute, se manifeste de la pire manière qui soit dans l'insulte de plus basse inspiration à l'encontre des pouvoirs publics et de ses représentants – Président ou ministre de l’Agriculture – et bien sûr envers l'Europe, bouc-émissaire des explosions paysannes. Dans le même temps, la FNSEA, le syndicat agricole premier responsable de ce formidable gâchis, continue à parader sous la direction d'un grand industriel de l'agroalimentaire prêt à jouer sur tous les tableaux pour en tirer profit et enfoncer davantage ceux qui ont l'immense tort de toujours lui faire confiance. Tristes errements, triste époque où les vents mauvais se renforcent sans qu'apparaissent dans les campagnes un vrai espoir de renouvellement qui mettrait à l'ordre du jour l'abandon d'un modèle productif failli de longue date. Combien de temps faudra-t-il pour que les yeux s'ouvrent enfin ?

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