vendredi 26 février 2016

Hollande doit retirer le projet de loi travail condamné !

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Rentrant d'un trop long voyage, parfois « surréaliste » en Polynésie et plus « classique » en Amérique latine, le Président de la République, dont tout ou presque découle sous cette Ve République antidémocratique, n'a pas vraiment le choix à sa descente d'avion. Soit il persiste et s'embourbe aux côtés d'une ministre du Travail déjà « débranchée » aux yeux de l'opinion, des organisations sociales, de la gauche et d'un Premier ministre qui a tenté le « coup » de force de trop contre les siens, soit il sauve la face en retirant sans plus tarder le projet de loi de M. El Khomri. Plus vite il s'y résoudrait, s'il doit y consentir, mieux ce serait pour le pays comme pour la gauche. La crise politique ouverte par cette provocation invraisemblable est dangereuse si elle devait s'éterniser à la faveur d'un entêtement comme celui de Villepin sur le CPE. Ce serait hypothéquer plus qu'elles ne le sont les chances de la gauche de l'emporter l'an prochain. Plus de 600 000 citoyens, à raison de 73 000 signatures par jour en moyenne, ont paraphé la pétition « Loi travail : non, merci ! ». Ils doivent être entendus parce qu'il ne fait aucun doute que nous serons des millions si Hollande devait s'obstiner, dans le sillage de Valls. Les syndicats de salariés ont jeté les bases d'une mobilisation interprofessionnelle unitaire dans la même éventualité. Toute la gauche ou presque, sous des formes et dans des termes certes divers, a dit son aversion pour cette loi de régression sociale. Jacques Attali juge « qu'elle ramène les travailleurs au XIXe siècle », c'est dire si même lui… Il n'y a que la droite qui annonce être prête à « voter ce texte en l'état », comme dit Juppé, en laissant entendre qu'il ne le ferait pas s'il devait être amendé. Les mâchoires du piège se refermeraient sur le gouvernement si Hollande n'avait pas la sagesse de battre en retraite avant que ne s'enclenche une sorte de Khomrithon comme celui qui avait poussé l'actuel meilleur atout de la droite vers la sortie de Matignon en 1995.

La plus grave crise du quinquennat intervient en plein paradoxe. Les Français broient du noir devant ce qu'ils considèrent comme une indifférence des gouvernants à leurs difficultés et souvent à leurs souffrances. Comment ont-ils pu, se demandent-ils, nous faire ça après tant et tant d'engagements sociaux non tenus ? D'autant que l'on aurait tort de croire qu'il n'y a que les salariés en révolte. Les campagnes grondent d'une sourde colère face à une crise agricole dont personne ne voit la fin faute de l'avoir traitée à temps. L'austérité, contrairement à ce que l'on voudrait laisser croire, n'est pas seulement un mauvais souvenir. Les collectivités locales sont aux abois au point où Valls  propose aux départements que l’État reprenne la gestion financière du RSA. Beau tête-à-queue après la proclamation des vertus de la décentralisation et une réforme territoriale qui a conservé cet échelon départemental suranné et coûteux. Bercy serait même à la recherche de quelque 8 milliards d'économies pour boucler le projet de Loi de finances 2017. Tout ne va pas si mal pourtant si l'on en juge par les annonces des résultats de la plupart des grands groupes. Peugeot ne fait pas exception. En dehors d'Areva, Engie, Veolia, Axa, Safran, Solvay ou Seb cette semaine et bien d'autres de moindre envergure atteignent leurs objectifs. L'occasion de se pencher sur la « représentativité » patronale inscrite également au menu de la loi travail. Les artisans de l'UPA et les professions libérales de l'UNAPL refusent le mix qui établirait la représentativité de chaque organisation sur la base de la raison sociale pour 20 % et du nombre de salariés pour 80 %. Ils exigent sans crainte du ridicule que chaque entreprise soit considérée à part égale indépendamment du nombre de ses salariés.  On en est effectivement encore à ce stade dans l'organisation du travail quand la question a été réglée depuis longtemps dans d'autres pays européens. Tout l'indique, pour circonscrire le feu, il faut retirer rapidement le texte incendiaire d'El Khomri.

Au plan politique, la crise est lourde d'enseignements. Nul ne peut plus gouverner durablement contre ceux qui l'ont élu. La vieille tactique consistant à se faire élire à gauche pour gouverner à droite a fait son temps. Les citoyens sont probablement moins désarmés qu'on ne le prétend quand justement « trop c'est trop ». La tribune d'Aubry, Hamon, Paul a le mérite de globaliser le problème sans se perdre dans le détail de propositions de modification d'un texte dont la cohérence s'articule aux exigences de Asselin et Gattaz, soulignant en outre que ce n'est pas la première fois que le gouvernement agit de la sorte. La condamnation, comme nous l'avions fait, du discours de Munich par lequel Valls s'en prenait à Merkel sur la question des réfugiés honore ses signataires. Chacun sait au fond que sans des mots aussi forts, la gauche dans son ensemble exige le retrait d'un texte  que personne, horsmis Valls et une poignée d'obligés, n'imagine passer à la faveur de l'inique 49.3. Celui qui fut toujours minoritaire dans son camp – 5% dans la primaire de 2012 – et qui prétend désormais « casser » toute perspective d'unité de la gauche doit perdre la partie. Cela ne règlera pas tout. Cela n'exonérera pas Hollande en particulier de ses responsabilités. N'a-t-il pas « arbitré » les propositions de sa ministre du Travail ? N'a-t-il pas imposé ce Premier ministre depuis deux ans parce qu'il le savait avoir les faveurs de la droite ? Sans compter que le fil rouge, du Pacte de responsabilité à la loi Khomri en passant par la déchéance de nationalité, et les lourdes défaites électorales de la gauche l'accusent. C'est la raison pour laquelle le ralliement d'Aubry après Cambadélis à des primaires même si Hollande devait être à nouveau candidat – le chiffre de 500 000 chômeurs de moins n'est guère crédible même avec quelques arrangements statistiques... – ne trompe personne. Une page est en train de se tourner pour la gauche. Une autre, unitaire, sur un programme de changement social et démocratique, doit s'écrire avant la double échéance – élections présidentielle et législatives – de 2017. Aux armes de la critique, amis et camarades !

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