vendredi 4 mars 2016

Perte de contrôle

Photo © AFP

Le quinquennat de François Hollande peut-il seulement se terminer sans accident démocratique majeur ? La question est légitime tant la perte de contrôle du gouvernement sur la situation est flagrante. Le constat ne relève pas d'un a priori partisan mais des innombrables loupés d'une machine gouvernementale devenue folle. Ainsi en va-t-il du cheminement chaotique de la loi travail, au lendemain d'un remaniement qui aurait dû a minima ajouter un peu de cohérence et de fluidité dans l'action gouvernementale. Rien de tel pourtant. Cafouillage et provocation sur le recours au 49.3, avant même l'adoption du texte en Conseil des ministres… sauf à les expliquer par une conscience aigüe du caractère sacrilège du brulot pour la gauche.  Et désormais, la prouesse consistant à réaliser l'unanimité des acteurs sociaux et de ceux de la jeunesse pour exiger que le texte soit significativement amendé, voire qu'il soit purement et simplement retiré. Les 9, 12 et 31 mars marqueront les étapes de la retraite puisque Hollande, plus impopulaire que jamais 17 % d'opinions favorables , tente de passer malgré tout, contre les siens et une  large majorité de l'opinion. Comment un exécutif qui ne serait pas « déconnecté » aurait-il pu se laisser enfermer dans cette aventure à 13 mois de l'élection présidentielle ?

Le détour par l'Assemblée n'est pas plus réjouissant. N'a-t-on pas vu un amendement gouvernemental déposé et retiré précipitamment parce qu'il remettait en cause le principe pollueurs-payeurs, si chèrement acquis après le naufrage de l'Erika. Qui croira l'explication embarrassée de la numéro trois du gouvernement et ministre de l'écologie attribuant la responsabilité de l'infamie « aux services » de son ministère sous-entendu sans qu'elle en soit informée, la secrétaire d'État à la biodiversité Pompili, avec le zèle de la promue, s'essayant à la justification maladroite de l'indéfendable. Le débat sur l'aspect pénal de la lutte contre le terrorisme donne lieu à une surenchère sécuritaire inquiétante et partagée, à quelques très rares exceptions près. Instauration d'une détention administrative de fait pendant 4 heures après un simple contrôle d'identité. Limitation supplémentaire du rôle du juge cantonné par la prééminence policière. Armement des agents des sociétés privées de sécurité. Mise en place d'une perpétuité incompressible, la fameuse
« guillotine sèche », qui revient symboliquement sur l'abolition de la peine de mort  en 1981 par Mitterrand et Badinter dont la gauche pouvait encore se prévaloir. Cet enfermement dans le tout sécuritaire mise sur la peur comme le dit Pouria Amirshahi et non sur la riposte d'une société démocratique toujours plus forte face aux terroristes.

En matière de politique européenne, le gouvernement ne fait pas mieux. Imaginez la crédibilité du Président français au Conseil européen sur la question des réfugiés après avoir laissé son Premier ministre déraper à Munich d'autant que les chiffres concernant l'accueil des réfugiés relocalisés font éclater la supercherie. L'objectif officiel est de 30 000, déjà sans rapport ni avec la situation, ni avec l'effort d'autres États membres. En réalité, la France aurait accueilli à ce jour tout au plus quelques centaines de ces malheureux ! Sans compter, le feuilleton calaisien dans lequel le Président français est humilié par un Cameron qui affecte quelque vingt-deux millions à la sous-traitance, Hollande se contentant de menacer de ne plus faire le job en cas de
« Brexit » ! Et puis, où est la solidarité avec Athènes en compagnie de la Chancelière allemande ? Dans de pauvres mots quand on était en droit d'attendre des actes. En Europe, Hollande est désormais sans voix porteuse. Tout cela ne peut pas s'expliquer ni par des considérations conjoncturelles, ni même quatre ans après par l'inexpérience. Le droit à l'erreur ne saurait être davantage invoqué pour ce qui relève d'une politique délibérée qui tourne le dos aux valeurs de la gauche.

Tout n'est pas aussi noir, tenteront les derniers obligés de cet exécutif en perdition. La preuve, nous aurons récupéré plus de 21 milliards sur la fraude fiscale en 2015 dont près de 6 milliards auprès des grands groupes tricheurs. Sans doute, mais il aurait mieux valu tarir à la source ces pratiques délinquantes qui plombent la crédibilité de l'économie française en matière de transparence, ses comptes et la cohésion sociale qui découle d'une juste et équitable imposition. Il n'en va pas différemment de l'espoir d'un déficit public moins élevé que prévu en 2015 voire en 2016 car, quoiqu'en dise Sapin, si la nouvelle devait se confirmer, ce serait avant tout à l'atonie de la croissance et à la faiblesse persistante de la consommation qu'on le devrait comme le laissent penser les chiffres des échanges intracommunautaires et extérieurs. Qui plus est, au moment où le risque déflationniste se fait plus pressant en France comme dans toute la zone euro, il conviendra d'y regarder de près car une apparente bonne nouvelle en ce domaine peut annoncer une vraie catastrophe en matière d' investissement et d'activité. En tous cas, la proclamation de François Hollande, se déclarant toujours « socialiste » au magazine Elle résonne bien étrangement quand elle est mise en rapport avec ses actes et son bilan. 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire