Au lendemain des attentats meurtriers de Bruxelles, l'Europe bégaie. La solidarité dans les mots est bien sûr au rendez-vous mais lorsqu'il s'agit d'opter pour une riposte à la hauteur de l'enjeu, plus personne ou presque ne répond présent. C'est vrai d'abord de ce gouvernement polonais du PiS, la droite extrême catholique, qui annonce sans honte à Varsovie que finalement, il n'accueillera pas les 7 000 migrants réfugiés que prévoyait le plan de répartition approuvé l'été dernier pour quelque 160 000 demandeurs d'asile. C'est à plus forte raison vrai de ce conseil des ministres de l’Intérieur et de la Justice des vingt-huit qui se révèle incapable d'adopter la moindre mesure concrète pour faire face ensemble à la vague d'attentats djihadistes. Les uns espèrent en se faisant tout petits échapper au pire. L'illusion a beau être grossière, ils la font quand même leur. Les autres, bien qu'engagés dans le combat contre la terreur islamiste continuent à refuser la mutualisation des informations, des moyens et par-dessus tout de la direction de la lutte contre la barbarie. Le réquisitoire prononcée par Hilary Clinton contre les manquements des alliés européens le confirme. Au point, dit-elle, qu'il est parfois plus simple pour Washington d'obtenir le concours de tel ou tel pays européen dans une démarche bilatérale que celui du même pays auprès d'un de ses partenaires dans un cadre communautaire, intra-européen. On l'a une fois de plus vérifié dans les prolongements du drame de Bruxelles où c'est une crise politique belge qui s'en est suivie avec la démission refusée par le chef du gouvernement de deux ministres. Il y a pourtant mieux à faire en définissant la riposte, les objectifs et les moyens de lutte directement à l'échelle européenne et non plus sur une base nationale d'évidence moins efficace parce qu'elle ne correspond pas à la menace du djihad globalisé. Certes, les différences de culture ne sont pas négligeables en Europe entre les tenants de la situation d'urgence et d'exception comme Paris et ceux qui restent attachés à faire face dans le cadre de la démocratie habituelle. Certes, la disparité des forces liée à la taille de chaque État membre et à son histoire ne peut être négligée. Mais quand il y a le feu, tous les moyens de secours doivent être rassemblés dans une logique d'intervention coordonnée et unifiée sans que les pesanteurs des souverainetés nationales ne nuisent à l'engagement collectif. Le verrou principal se situe bien là, chacun craignant de s'abandonner à un transfert de compétences sans retour. La solution réside dans le contrôle démocratique – et non national – renforcé à l'échelle de l'Union dans son ensemble bien plus qu'à celle de chaque Etat pris séparément. Le Parlement de Strasbourg et Bruxelles aurait dû montrer l'exemple avec une vraie commission d'enquête publique sur les événements tragiques de Paris et Bruxelles. La multiplication de commissions d'enquête nationales y fait obstacle sans que l'on puisse en espérer autre chose que des polémiques subalternes et la tentation de se défausser sur le voisin imprévoyant.
Il est ensuite invraisemblable que des centaines, voire plusieurs milliers, d'individus dangereux ne soient pas arrêtés à leur retour des théâtres d'opérations moyen-orientaux. Une simple surveillance ne suffit pas à déjouer les passages à l'acte d'une partie d'entre eux. Car, il faut le dire et le répéter, personne ne va sur ces théâtres de guerre dans le but d'y faire du tourisme, même « politique », ou de l'action humanitaire. Ceux qui partent pour rejoindre les rangs de l'EI-Daesh et des autres succursales de la terreur islamiste savent ce qu'ils vont y faire. Quand bien même certains feraient preuve de naïveté, leurs recruteurs se chargent de les transformer rapidement en tueurs ou les éliminent. Chaque djihadiste de retour doit être considéré comme une bombe à retardement. Naturellement, en distinguant les adultes des mineurs, conformément aux normes onusiennes, ce qui suppose un traitement évidemment différencié. L'Europe est-elle incapable d'adopter en droit une telle perspective en la mettant en œuvre avec tous les contrôles légaux souhaitables ? En tous cas, cela serait infiniment plus efficace que les mesures évoquées en terme de contrôle aérien par exemple. D'autant que la difficulté sur ce sujet réside dans l'usage disproportionné fait par la NSA américaine de la compilation des 19 données du PNR sur l'identité de tous les passagers. Là encore, la Commission et les gouvernements nationaux n'ont rien fait ou si peu pour rendre acceptable ce qui ne l'était pas, préférant toujours s'incliner plutôt que de négocier pied à pied, et pas dans le secret comme ils l'ont fait par ailleurs sur le Traité transatlantique. Combien de temps faudra-t-il encore à des gouvernants dans le déni de réalité pour comprendre que les manœuvres politiciennes de second ordre, du type déchéance de nationalité portée par Hollande et Valls ou condamnation à vie, la fameuse « guillotine sèche » portée par la droite, ne sont que diversions. En attendant, des centaines, des milliers de victimes sont atteintes sans que l'on entrevoit la possibilité de mettre un terme à la terreur. On ne le fera pas bien sûr sur les seuls territoires européens parce que dans un monde globalisé la forteresse est appelée à tomber si elle ne s'ouvre pas et ne prend pas ses responsabilités dans ce qui se passe ailleurs. L'accord entre l'UE et Ankara le prouve à sa manière, instaurant de fait un hypothétique sas entre ici et là-bas, entre une situation de paix, fût-elle précaire, et le chaos de la guerre. C'est la raison pour laquelle le complément indispensable à la politique de sécurité publique européenne réside dans l'engagement de l'Union et non pas de Paris, principalement – et d'une poignée d'autres capitales – dans une intervention au Proche-Orient visant à anéantir l'EI-Daesh et les autres groupes de criminels islamistes pour libérer les populations de la région, leur garantir la paix et le développement en les aidant à construire des sociétés enfin démocratiques et laïques. Faute de quoi d'autres, à l'image de Poutine, s'y colleront mais avec un tout autre objectif. On fait même état aux côtés des troupes d'Assad le boucher chimiste de la présence d'un contingent nord-coréen… C'est dire s'il y a urgence pour l'Union de sortir du déni tant en ce qui concerne sa politique commune de sécurité publique qu'en ce qui concerne sa politique de paix et de sécurité extérieure.
Le déni sur l'Europe affecte tout autant les politiques nationales comme l'indique la situation française à un an désormais de l'élection présidentielle et du renouvellement de l'Assemblée. Une scène nationale qui se transforme en théâtre d'illusionnistes en tout genre. Gattaz dans le rôle de Monsieur Loyal qui tirent les marrons du feu proclame sans rire que le pays après avoir connu « les trente glorieuses », puis « les trente piteuses », devra connaître « les trente audacieuses » pour peu que lui et ses semblables puissent exploiter à leur guise des millions de salariés. Myriam El Khomri, la ministre du Travail, commente comme si rien n'était la nouvelle hausse de la crue obscène du chômage – 38 400 chômeurs de plus en un mois – allant jusqu'à y voir une justification pour sa loi travail comme si elle était de nature à changer cette sinistre réalité. En attendant les jeunes comme les plus de 50 ans paient le plus lourd tribut à cette inexorable envolée des chiffres qui a plongé, depuis 4 ans, dans la réalité de tous les jours quelque 723 000 personnes dans l'une des pires incertitudes qui soient. Et l'on va rejouer la comédie au Palais Bourbon, en tenant pour quantité négligeable le refus confirmé des Français – 71 % – de voir cette loi de régression sociale régir demain les relations entre salariés et patrons dans l'entreprise. À moins que la mobilisation du 31 mars, de par son ampleur, ne vienne troubler le ronron gouvernemental. Il le faut sans quoi le scénario est écrit d'une adoption à l'arraché, peut-être même à la faveur du 49.3 antidémocratique, du texte à l'Assemblée, puis d'un retour aux sources du projet au Sénat. Si rien n'interrompt cette folle course sur fond de déni des réalités et des aspirations de la majorité des Français en général et des jeunes en particulier, alors, la gauche dans son ensemble pourra dire adieu à tout espoir de l'emporter en avril 2017. Cerise sur le gâteau, un autre ministre, Michel Sapin, fait grand cas d'un déficit public – 3,5 % – plus faible que prévu en 2015 – 3,8 % prévu dans la loi de finances. Si cela découlait d'un décollage de la croissance, il y aurait en effet des raisons de s'en féliciter mais ce n'est pas le cas comme le confirment les chiffres de celle-ci – 1,2 % – et ceux du chômage. La dette publique continue d'ailleurs de croître à plus de 95 % du Pib même si elle le fait moins vite en raison du niveau des taux. Non, en réalité et le gouvernement ne saurait l'ignorer, ces chiffres découlent pour partie d'un effet d'aubaine, avec des taux au plancher et un bon rendement de la lutte contre la fraude fiscale – près de 3 milliards récupérés sur l'année 2015. La gauche fait heureusement mieux que la droite en la matière. Mais tout cela mis bout à bout ne constitue nullement un gage d'avenir tant la situation est fragile et incertaine du point de vue de l'indicateur principal, celui de la croissance, qui ne donne à ce stade aucun signe clair sur demain, ni en France, ni en Europe, ni même dans le monde. Toutes les prévisions du FMI, de la Banque mondiale et des instituts privés insistent bien plutôt sur les lourdes menaces qui pèsent sur la croissance indispensable. Là encore, on ne peut que le regretter, les gouvernants tiennent un langage de circonstance approximatif sur les faits et chiffres, non un langage de vérité. Pour avancer les peuples ont pourtant besoin d'autres ambitions que des mirages fondés sur le déni du réel.
Il est ensuite invraisemblable que des centaines, voire plusieurs milliers, d'individus dangereux ne soient pas arrêtés à leur retour des théâtres d'opérations moyen-orientaux. Une simple surveillance ne suffit pas à déjouer les passages à l'acte d'une partie d'entre eux. Car, il faut le dire et le répéter, personne ne va sur ces théâtres de guerre dans le but d'y faire du tourisme, même « politique », ou de l'action humanitaire. Ceux qui partent pour rejoindre les rangs de l'EI-Daesh et des autres succursales de la terreur islamiste savent ce qu'ils vont y faire. Quand bien même certains feraient preuve de naïveté, leurs recruteurs se chargent de les transformer rapidement en tueurs ou les éliminent. Chaque djihadiste de retour doit être considéré comme une bombe à retardement. Naturellement, en distinguant les adultes des mineurs, conformément aux normes onusiennes, ce qui suppose un traitement évidemment différencié. L'Europe est-elle incapable d'adopter en droit une telle perspective en la mettant en œuvre avec tous les contrôles légaux souhaitables ? En tous cas, cela serait infiniment plus efficace que les mesures évoquées en terme de contrôle aérien par exemple. D'autant que la difficulté sur ce sujet réside dans l'usage disproportionné fait par la NSA américaine de la compilation des 19 données du PNR sur l'identité de tous les passagers. Là encore, la Commission et les gouvernements nationaux n'ont rien fait ou si peu pour rendre acceptable ce qui ne l'était pas, préférant toujours s'incliner plutôt que de négocier pied à pied, et pas dans le secret comme ils l'ont fait par ailleurs sur le Traité transatlantique. Combien de temps faudra-t-il encore à des gouvernants dans le déni de réalité pour comprendre que les manœuvres politiciennes de second ordre, du type déchéance de nationalité portée par Hollande et Valls ou condamnation à vie, la fameuse « guillotine sèche » portée par la droite, ne sont que diversions. En attendant, des centaines, des milliers de victimes sont atteintes sans que l'on entrevoit la possibilité de mettre un terme à la terreur. On ne le fera pas bien sûr sur les seuls territoires européens parce que dans un monde globalisé la forteresse est appelée à tomber si elle ne s'ouvre pas et ne prend pas ses responsabilités dans ce qui se passe ailleurs. L'accord entre l'UE et Ankara le prouve à sa manière, instaurant de fait un hypothétique sas entre ici et là-bas, entre une situation de paix, fût-elle précaire, et le chaos de la guerre. C'est la raison pour laquelle le complément indispensable à la politique de sécurité publique européenne réside dans l'engagement de l'Union et non pas de Paris, principalement – et d'une poignée d'autres capitales – dans une intervention au Proche-Orient visant à anéantir l'EI-Daesh et les autres groupes de criminels islamistes pour libérer les populations de la région, leur garantir la paix et le développement en les aidant à construire des sociétés enfin démocratiques et laïques. Faute de quoi d'autres, à l'image de Poutine, s'y colleront mais avec un tout autre objectif. On fait même état aux côtés des troupes d'Assad le boucher chimiste de la présence d'un contingent nord-coréen… C'est dire s'il y a urgence pour l'Union de sortir du déni tant en ce qui concerne sa politique commune de sécurité publique qu'en ce qui concerne sa politique de paix et de sécurité extérieure.
Le déni sur l'Europe affecte tout autant les politiques nationales comme l'indique la situation française à un an désormais de l'élection présidentielle et du renouvellement de l'Assemblée. Une scène nationale qui se transforme en théâtre d'illusionnistes en tout genre. Gattaz dans le rôle de Monsieur Loyal qui tirent les marrons du feu proclame sans rire que le pays après avoir connu « les trente glorieuses », puis « les trente piteuses », devra connaître « les trente audacieuses » pour peu que lui et ses semblables puissent exploiter à leur guise des millions de salariés. Myriam El Khomri, la ministre du Travail, commente comme si rien n'était la nouvelle hausse de la crue obscène du chômage – 38 400 chômeurs de plus en un mois – allant jusqu'à y voir une justification pour sa loi travail comme si elle était de nature à changer cette sinistre réalité. En attendant les jeunes comme les plus de 50 ans paient le plus lourd tribut à cette inexorable envolée des chiffres qui a plongé, depuis 4 ans, dans la réalité de tous les jours quelque 723 000 personnes dans l'une des pires incertitudes qui soient. Et l'on va rejouer la comédie au Palais Bourbon, en tenant pour quantité négligeable le refus confirmé des Français – 71 % – de voir cette loi de régression sociale régir demain les relations entre salariés et patrons dans l'entreprise. À moins que la mobilisation du 31 mars, de par son ampleur, ne vienne troubler le ronron gouvernemental. Il le faut sans quoi le scénario est écrit d'une adoption à l'arraché, peut-être même à la faveur du 49.3 antidémocratique, du texte à l'Assemblée, puis d'un retour aux sources du projet au Sénat. Si rien n'interrompt cette folle course sur fond de déni des réalités et des aspirations de la majorité des Français en général et des jeunes en particulier, alors, la gauche dans son ensemble pourra dire adieu à tout espoir de l'emporter en avril 2017. Cerise sur le gâteau, un autre ministre, Michel Sapin, fait grand cas d'un déficit public – 3,5 % – plus faible que prévu en 2015 – 3,8 % prévu dans la loi de finances. Si cela découlait d'un décollage de la croissance, il y aurait en effet des raisons de s'en féliciter mais ce n'est pas le cas comme le confirment les chiffres de celle-ci – 1,2 % – et ceux du chômage. La dette publique continue d'ailleurs de croître à plus de 95 % du Pib même si elle le fait moins vite en raison du niveau des taux. Non, en réalité et le gouvernement ne saurait l'ignorer, ces chiffres découlent pour partie d'un effet d'aubaine, avec des taux au plancher et un bon rendement de la lutte contre la fraude fiscale – près de 3 milliards récupérés sur l'année 2015. La gauche fait heureusement mieux que la droite en la matière. Mais tout cela mis bout à bout ne constitue nullement un gage d'avenir tant la situation est fragile et incertaine du point de vue de l'indicateur principal, celui de la croissance, qui ne donne à ce stade aucun signe clair sur demain, ni en France, ni en Europe, ni même dans le monde. Toutes les prévisions du FMI, de la Banque mondiale et des instituts privés insistent bien plutôt sur les lourdes menaces qui pèsent sur la croissance indispensable. Là encore, on ne peut que le regretter, les gouvernants tiennent un langage de circonstance approximatif sur les faits et chiffres, non un langage de vérité. Pour avancer les peuples ont pourtant besoin d'autres ambitions que des mirages fondés sur le déni du réel.

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