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| Frauke Petry, présidente de l'AfD (photo © AFP), Valls et Gattaz (photo © AFP), à Grand-Bassam (photo © AFP) |
Un scrutin régional inquiétant en Allemagne qui met en lumière une résistible ascension de l’extrême droite, anti-réfugiés et anti-européenne. Trois lands, trois contextes économiques et politiques bien différents et pourtant une même poussée. Que de Dessau (Saxe-Anhalt) à Stuttgart (Bade-Wurtemberg) en passant par Mayence (Rhénanie-Palatinat), on retrouve l’AfD – Alternative pour l’Allemagne – à de tels niveaux, toujours au-dessus de 10 % des suffrages exprimés, jusqu’à 24,2 % en Saxe-Anhalt, est plus qu’inquiétant. D’autant que le taux de participation est élevé. La politique d’accueil des migrants-réfugiés, voulue par la Chancelière et soutenue en dépit de quelques dissidences par la grande coalition CDU-SPD, est bien sûr contestée mais les candidats de la CDU qui avaient pris leur distance avec cette politique ne s’en sortent pas mieux. Et même dans le riche et innovant Bade-Wurtemberg, dirigé par un ministre-président vert reconduit, Winfried Kretschmann, l’AfD talonne le SPD qui, il est vrai, s’écroule – 12,5 %. Le signal est donc clair et affecte l’aile droite du paysage politique allemand où on ose à nouveau pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale voter pour une extrême droite dirigée par Frauke Petry qui ne se dissimule pas derrière les convenances. Aucune des expériences antérieures du genre n’avait été jusqu’alors couronnée de succès. Cette fois l’AfD entre dans les trois parlements régionaux et promet de faire mieux la prochaine fois, en septembre, dans le Mecklenburg et à Berlin. Les temps forts, fondateurs, de la République allemande contemporaine sont remis en cause par l’extrême droite et cela fait une grande différence avec d’autres poussées populistes et identitaires ailleurs en Europe. En Allemagne, c’est vraiment un « tabou » qui saute là où l’histoire a marqué le pays plus qu’ailleurs. Les forces de l’arc démocratique de la CDU/CSU à Die Linke en passant par le FDP (Libéraux), le SPD et les Verts l’ont souvent exprimé avec force et clarté. Mais aujourd’hui, on peut être à nouveau d’extrême droite et le revendiquer haut et fort. Voilà la nouveauté. La poussée de l’extrême droite est bien nationale au-delà des situations locales. Elle ne relève pas d’une crise conjoncturelle. Elle n’est pas davantage l’expression d’une crise territoriale où les campagnes et banlieues se distingueraient des centres urbains. Elle est tout simplement l’affirmation d’un courant politique d’extrême droite qui trouve les moyens de s’enraciner, probablement durablement, dans le paysage. Pour autant, ce courant reste globalement minoritaire d’autant que jusqu’alors toutes les forces de l’arc démocratique se refusent à travailler avec lui. Mais le signal est suffisamment audible pour que l’on s’en alarme car désormais l’AfD donne une perspective, fut-elle illusoire dans un avenir prévisible, aux « braillards » selon l’expression de Merkel qui criaient leur haine des réfugiés à Dresde comme aux abords des foyers d’accueil. L’extrême-droite n’est jamais qu’un problème local ou national. Avec ce scrutin inquiétant du 13 mars, elle devient un problème européen qui doit être mis à l’ordre du jour de la Commission comme du Conseil et du Parlement, pour a minima que s’exprime une claire volonté d’en finir avec ses résurgences nauséabondes dans toute l’Europe, y compris en son cœur géographique et politique. Cela indépendamment d’ailleurs des solutions qui pourront être trouvées à la question de l’accueil des migrants-réfugiés. Une parole forte et unifiée pour défendre la démocratie est plus que jamais nécessaire.
Des attentats qui ébranlent l’Union européenne. Celui de Grand-Bassam replonge Abidjan dans l’incertitude économique et au-delà l’ensemble de l’Afrique de l’ouest dans la crainte d’une généralisation d’attaques islamistes particulièrement déstabilisantes. Le décollage, le retour à une phase de croissance, sera difficile dans ces circonstances. Cet attentat sera probablement plus lourd de conséquences que les précédents. La cible française et par voie de conséquence européenne n’est pas en reste. Non seulement par le symbole du territoire attaqué, haut lieu de la France coloniale et post-coloniale, mais surtout en ce qu’il démontre les capacités maintenues de nuisance meurtrière d’un groupe – Al Mourabitoune, franchise d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) – activement combattu par plusieurs États avec l’aide des forces françaises sur le terrain. En vain, sans doute pas mais au moins sans les résultats escomptés. Tout simplement parce que la poussée islamiste multiforme est favorable à l’action des groupes terroristes, avant tout l’EI et AQ, dans une surenchère sanglante et expansionniste. Tout le problème réside donc dans les moyens de la riposte pour espérer éradiquer leurs bases nombreuses et disséminées sur de très larges territoires. Les forces françaises, en coordination avec les forces spéciales américaines et la plupart des États de la région, n’y suffisent d’évidence pas. L’Europe dans son ensemble est donc interpellée. La coopération économique avec l’Afrique suppose un engagement militaire conséquent pour faire sauter ce verrou à tout développement. Telle est la principale leçon politique de ce nouvel attentat en terre africaine.
Celui d’Ankara est de nature différente, ne serait-ce que parce qu’il intervient dans un État structuré, dans une capitale particulièrement militarisée et surveillée. Il serait la conséquence directe des affrontements entre la Turquie qui les bombardent et les forces kurdes sous la direction du PKK combattant au nord de la Syrie avec en ligne de mire la constitution d’un Kurdistan indépendant dans le chaos ambiant. Pour Erdogan et son gouvernement islamiste cette perspective constitue une ligne rouge. De son côté, le PKK est prêt à casser l’orientation de conquête pacifique des droits démocratiques portée par une majorité des Kurdes de Turquie au profit de son dessein « historique ». La « sale guerre » comme l’on dit sur place est repartie avec des actions d’autant plus meurtrières et répétées qu’elles sont sans la moindre perspective politique réelle. C’est pourquoi, les Européens ne peuvent qu’être effectivement « intraitables » comme le dit Hollande avec les Islamo-conservateurs d’Ankara dans l’exigence que les droits démocratiques de tous, dont ceux des Kurdes en Turquie, soient enfin respectés. Des pas appréciables en ce sens avaient été faits avant le tête-à-queue provoqué par Erdogan. Dans le même temps, aucune forme de complaisance, d’explication à défaut de justification, de la fuite en avant du PKK et de ses dissidences ne saurait faire avancer la solution du conflit interne en Turquie et c’est bien de lui que dépend un début de solution à la question kurde dans toute la région. D’autant que si ce n’était pas le cas au moment où s’ouvre une phase de contacts et éventuellement de négociations sur la Syrie, la question des droits démocratiques et nationaux des Kurdes dans la région en serait exclue. En travaillant avec Ankara à trouver une solution pour l’accueil des migrants-réfugiés, Bruxelles se doit non pas de privilégier ses intérêts immédiats bien compris mais ceux de tous les peuples de la région, qui passent sans doute par l’intégration future de la Turquie à l’Union, à la condition qu’elle respecte et partage les valeurs démocratiques essentielles des pays européens, en matière notamment de droits démocratiques et de laïcité.
Une France en « stand-by » sur la loi Travail. Valls, comprenant sans doute en quoi un refus d’entendre les Français – 70 % d’opposition – en général et les jeunes – 78 % – en particulier risquait de le conduire dans une impasse dangereuse, a bougé, cherchant à rejouer le film sur un nouveau scénario. Sa restitution de ses négociations du week-end avec Laurent Berger et la direction de la CFDT l’a conduit à annoncer des changements qu’il présente comme substantiels sans d’ailleurs en fournir la preuve puisque le texte du « nouveau » projet de loi El Khomri n’est toujours pas disponible. Changements revendiqués donc sur plusieurs points, certes non négligeables, mais qui n’étaient pas au cœur de la philosophie générale de ce texte qui, elle, demeure. Valls mécontentera un peu les petits patrons de la CGPME qui crient à la mauvaise manière mais n’a pas « déçu » plus que cela le Medef qui savait en demandant énormément pouvoir obtenir beaucoup. C’est toujours le cas, car quand bien même le barème des coûts des licenciements abusifs ne serait-il qu’indicatif, il n’en constituerait pas moins une « référence » qui ne manquerait pas d’être invoquée systématiquement devant les prud’hommes. Il en va de même pour l’inversion des normes réaffirmée même si l’on irait par étapes. On ne voit pas non plus en quoi la limitation de la toute-puissance du chef d’entreprise qui ne pourrait pas décider d’imposer à un salarié le forfait jours corrigerait significativement la dissymétrie des pouvoirs dans l’entreprise. Beaucoup de communication pour peu d’effets pratiques en effet. Que l’on prenne enfin cette garantie jeune présentée comme un droit nouveau pour les « jeunes sans », sans formation, sans emploi, sans revenus. Elle revient à leur promettre un quasi demi-seuil de pauvreté et une formation dont tout indique à ce stade qu’elle est loin d’être acquise, tant en ce qui concerne son financement que les structures chargées de la dispenser. La Fage et la CFDT ont beau crier victoire, ce ne sont que deux pauvres doigts au fond d’un verre qui est loin, objectivement, d’être à moitié rempli. Mais cela devrait semer le trouble et c’est le but de la manœuvre parmi les opposants à la loi El Khomri, chez les jeunes qui s’apprêtent à redescendre dans la rue le 17, chez les adhérents de la CFDT qui commençaient à contester leur direction, chez les députés socialistes enfin. Dans l’opinion de manière plus large encore, la bataille de communication est relancée. Il faut la gagner avec des arguments incontestables en se référant aux réformes du marché du travail conduites ailleurs. Ainsi, en va-t-il de l’argument qui souligne qu’une fois appliquées ces réformes libérales et l’inversion des normes qu’elles introduisent aboutissent à ce que moins, voire beaucoup moins de salariés, ne soient couverts par des conventions collectives. En France, plus de 90 % des salariés disposent de cette garantie acquise de hautes luttes dont 36 et 68… Que 20 ou 30 % d’entre eux, voire davantage à terme, la perdent serait un progrès ou une formidable régression sociale ? Autrement dit, comme les forces sociales progressistes l’ont toujours défendu, la négociation dans l’entreprise commence au-delà de ce qui est acté dans la branche et toute négociation sociale ne saurait déroger par principe à la loi qui élimine la disparité des rapports de forces sectoriels ou locaux. Avec cette mouture new-look, mieux ficelée que la précédente, Valls poursuit un objectif politique qu’il ne cache plus, casser la gauche politique et syndicale en deux camps « irréconciliables » comme il le dit pour pouvoir travailler et s’accorder si ce n’est avec toute la droite, du moins avec une partie d’entre elle. Il ne fait que poursuivre la logique de cette troisième voie défendue en leur temps par Schröder ou Blair. Toute l’histoire du mouvement ouvrier français dans sa dimension politique comme dans sa dimension sociale s’y oppose. Toutes les avancées sociales et démocratiques comme la conjuration de périls majeurs ont été obtenues dans l’unité. En outre, la même question taraude l’Europe progressiste. La réunion, à l’initiative de François Hollande, à l’Élysée des dirigeants sociaux-démocrates européens, samedi dernier, le prouve. Alexis Tsipras, le chef du gouvernement grec de Syriza, était présent « au titre d’observateur ». Avec lui, le Portugais Costa procède lui aussi d’une volonté unitaire et elle est décisive si la gauche veut peser en Europe. Valls lui envisage de s’en émanciper comme il vient de le faire plus ou moins subtilement sur la loi travail El Khomri avec la complicité de Laurent Berger. C’est le dessous politique des cartes et il importe que ces apprentis sorciers de la division soient battus partout, dans la rue bien sûr, mais aussi à gauche et dans le parti socialiste dans la perspective de son congrès. Sinon, le processus de primaire à gauche, serait mort-né et la candidature de Hollande ne serait que le faux nez pour un temps de celle de son premier ministre demain. Lui n’a rien dit en effet des conditions qui le lui permettraient - l’inversion de la courbe du chômage, il prétend la préparer pour après 2017. La gauche, par-delà tout ce qui sépare ses composantes, vaut mieux que cela sans aucun doute.
Des attentats qui ébranlent l’Union européenne. Celui de Grand-Bassam replonge Abidjan dans l’incertitude économique et au-delà l’ensemble de l’Afrique de l’ouest dans la crainte d’une généralisation d’attaques islamistes particulièrement déstabilisantes. Le décollage, le retour à une phase de croissance, sera difficile dans ces circonstances. Cet attentat sera probablement plus lourd de conséquences que les précédents. La cible française et par voie de conséquence européenne n’est pas en reste. Non seulement par le symbole du territoire attaqué, haut lieu de la France coloniale et post-coloniale, mais surtout en ce qu’il démontre les capacités maintenues de nuisance meurtrière d’un groupe – Al Mourabitoune, franchise d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) – activement combattu par plusieurs États avec l’aide des forces françaises sur le terrain. En vain, sans doute pas mais au moins sans les résultats escomptés. Tout simplement parce que la poussée islamiste multiforme est favorable à l’action des groupes terroristes, avant tout l’EI et AQ, dans une surenchère sanglante et expansionniste. Tout le problème réside donc dans les moyens de la riposte pour espérer éradiquer leurs bases nombreuses et disséminées sur de très larges territoires. Les forces françaises, en coordination avec les forces spéciales américaines et la plupart des États de la région, n’y suffisent d’évidence pas. L’Europe dans son ensemble est donc interpellée. La coopération économique avec l’Afrique suppose un engagement militaire conséquent pour faire sauter ce verrou à tout développement. Telle est la principale leçon politique de ce nouvel attentat en terre africaine.
Celui d’Ankara est de nature différente, ne serait-ce que parce qu’il intervient dans un État structuré, dans une capitale particulièrement militarisée et surveillée. Il serait la conséquence directe des affrontements entre la Turquie qui les bombardent et les forces kurdes sous la direction du PKK combattant au nord de la Syrie avec en ligne de mire la constitution d’un Kurdistan indépendant dans le chaos ambiant. Pour Erdogan et son gouvernement islamiste cette perspective constitue une ligne rouge. De son côté, le PKK est prêt à casser l’orientation de conquête pacifique des droits démocratiques portée par une majorité des Kurdes de Turquie au profit de son dessein « historique ». La « sale guerre » comme l’on dit sur place est repartie avec des actions d’autant plus meurtrières et répétées qu’elles sont sans la moindre perspective politique réelle. C’est pourquoi, les Européens ne peuvent qu’être effectivement « intraitables » comme le dit Hollande avec les Islamo-conservateurs d’Ankara dans l’exigence que les droits démocratiques de tous, dont ceux des Kurdes en Turquie, soient enfin respectés. Des pas appréciables en ce sens avaient été faits avant le tête-à-queue provoqué par Erdogan. Dans le même temps, aucune forme de complaisance, d’explication à défaut de justification, de la fuite en avant du PKK et de ses dissidences ne saurait faire avancer la solution du conflit interne en Turquie et c’est bien de lui que dépend un début de solution à la question kurde dans toute la région. D’autant que si ce n’était pas le cas au moment où s’ouvre une phase de contacts et éventuellement de négociations sur la Syrie, la question des droits démocratiques et nationaux des Kurdes dans la région en serait exclue. En travaillant avec Ankara à trouver une solution pour l’accueil des migrants-réfugiés, Bruxelles se doit non pas de privilégier ses intérêts immédiats bien compris mais ceux de tous les peuples de la région, qui passent sans doute par l’intégration future de la Turquie à l’Union, à la condition qu’elle respecte et partage les valeurs démocratiques essentielles des pays européens, en matière notamment de droits démocratiques et de laïcité.
Une France en « stand-by » sur la loi Travail. Valls, comprenant sans doute en quoi un refus d’entendre les Français – 70 % d’opposition – en général et les jeunes – 78 % – en particulier risquait de le conduire dans une impasse dangereuse, a bougé, cherchant à rejouer le film sur un nouveau scénario. Sa restitution de ses négociations du week-end avec Laurent Berger et la direction de la CFDT l’a conduit à annoncer des changements qu’il présente comme substantiels sans d’ailleurs en fournir la preuve puisque le texte du « nouveau » projet de loi El Khomri n’est toujours pas disponible. Changements revendiqués donc sur plusieurs points, certes non négligeables, mais qui n’étaient pas au cœur de la philosophie générale de ce texte qui, elle, demeure. Valls mécontentera un peu les petits patrons de la CGPME qui crient à la mauvaise manière mais n’a pas « déçu » plus que cela le Medef qui savait en demandant énormément pouvoir obtenir beaucoup. C’est toujours le cas, car quand bien même le barème des coûts des licenciements abusifs ne serait-il qu’indicatif, il n’en constituerait pas moins une « référence » qui ne manquerait pas d’être invoquée systématiquement devant les prud’hommes. Il en va de même pour l’inversion des normes réaffirmée même si l’on irait par étapes. On ne voit pas non plus en quoi la limitation de la toute-puissance du chef d’entreprise qui ne pourrait pas décider d’imposer à un salarié le forfait jours corrigerait significativement la dissymétrie des pouvoirs dans l’entreprise. Beaucoup de communication pour peu d’effets pratiques en effet. Que l’on prenne enfin cette garantie jeune présentée comme un droit nouveau pour les « jeunes sans », sans formation, sans emploi, sans revenus. Elle revient à leur promettre un quasi demi-seuil de pauvreté et une formation dont tout indique à ce stade qu’elle est loin d’être acquise, tant en ce qui concerne son financement que les structures chargées de la dispenser. La Fage et la CFDT ont beau crier victoire, ce ne sont que deux pauvres doigts au fond d’un verre qui est loin, objectivement, d’être à moitié rempli. Mais cela devrait semer le trouble et c’est le but de la manœuvre parmi les opposants à la loi El Khomri, chez les jeunes qui s’apprêtent à redescendre dans la rue le 17, chez les adhérents de la CFDT qui commençaient à contester leur direction, chez les députés socialistes enfin. Dans l’opinion de manière plus large encore, la bataille de communication est relancée. Il faut la gagner avec des arguments incontestables en se référant aux réformes du marché du travail conduites ailleurs. Ainsi, en va-t-il de l’argument qui souligne qu’une fois appliquées ces réformes libérales et l’inversion des normes qu’elles introduisent aboutissent à ce que moins, voire beaucoup moins de salariés, ne soient couverts par des conventions collectives. En France, plus de 90 % des salariés disposent de cette garantie acquise de hautes luttes dont 36 et 68… Que 20 ou 30 % d’entre eux, voire davantage à terme, la perdent serait un progrès ou une formidable régression sociale ? Autrement dit, comme les forces sociales progressistes l’ont toujours défendu, la négociation dans l’entreprise commence au-delà de ce qui est acté dans la branche et toute négociation sociale ne saurait déroger par principe à la loi qui élimine la disparité des rapports de forces sectoriels ou locaux. Avec cette mouture new-look, mieux ficelée que la précédente, Valls poursuit un objectif politique qu’il ne cache plus, casser la gauche politique et syndicale en deux camps « irréconciliables » comme il le dit pour pouvoir travailler et s’accorder si ce n’est avec toute la droite, du moins avec une partie d’entre elle. Il ne fait que poursuivre la logique de cette troisième voie défendue en leur temps par Schröder ou Blair. Toute l’histoire du mouvement ouvrier français dans sa dimension politique comme dans sa dimension sociale s’y oppose. Toutes les avancées sociales et démocratiques comme la conjuration de périls majeurs ont été obtenues dans l’unité. En outre, la même question taraude l’Europe progressiste. La réunion, à l’initiative de François Hollande, à l’Élysée des dirigeants sociaux-démocrates européens, samedi dernier, le prouve. Alexis Tsipras, le chef du gouvernement grec de Syriza, était présent « au titre d’observateur ». Avec lui, le Portugais Costa procède lui aussi d’une volonté unitaire et elle est décisive si la gauche veut peser en Europe. Valls lui envisage de s’en émanciper comme il vient de le faire plus ou moins subtilement sur la loi travail El Khomri avec la complicité de Laurent Berger. C’est le dessous politique des cartes et il importe que ces apprentis sorciers de la division soient battus partout, dans la rue bien sûr, mais aussi à gauche et dans le parti socialiste dans la perspective de son congrès. Sinon, le processus de primaire à gauche, serait mort-né et la candidature de Hollande ne serait que le faux nez pour un temps de celle de son premier ministre demain. Lui n’a rien dit en effet des conditions qui le lui permettraient - l’inversion de la courbe du chômage, il prétend la préparer pour après 2017. La gauche, par-delà tout ce qui sépare ses composantes, vaut mieux que cela sans aucun doute.

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