vendredi 12 février 2016

Révision constitutionnelle, remaniement : son dernier tour de piste

Photo © AFP.

Les symboles ne font pas une politique mais ils en assurent souvent la lisibilité. La réforme constitutionnelle a ainsi été votée par l'Assemblée à une majorité qualifiée des trois cinquièmes mais contre la plupart des élus de gauche tous courants confondus. Piètre victoire à la Pyrrhus de Hollande contre la gauche qui donne désormais la main à la droite au Sénat. Macron, lui-même, comprenant l'ampleur de la faute, a pris ses distances avec cette obstination qui disqualifie son auteur. Du remaniement qui, comme prévu ne change rien sur le fond, on retiendra le caractère étriqué à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle. Certes, le retour de Jean-Marc Ayrault apparaît comme un « bon » choix car il évite l'arrivée de Ségolène Royal aux Affaires étrangères. La promotion à la Culture d'Audrey Azoulay, issue du premier cercle du couple présidentiel, souligne le fait du prince, tout autant que l'hommage au cumul de la guerre et de la Bretagne réunies. L'arrivée de trois écologistes contre la volonté d'EELV signe un débauchage peu glorieux d'autant que Emmanuelle Cosse atterrit au ministère maudit du logement où les résultats sont encore pires qu'ailleurs. Celle de Jean-Michel Baylet chargé d'une improbable articulation entre aménagement du territoire et ruralité – tout un programme ! – ne change pas grand-chose non plus. Les savants dosages dans l'architecture gouvernementale dont la création d'un secrétariat à l'égalité réelle – l'aveu est de taille ! – ainsi que la liste protocolaire tendent à prouver que Hollande a repris la main contre Valls d'autant plus facilement que celui-ci, sachant la partie en passe de se terminer, ne s'est pas battu ou si peu. Voilà à quoi en est réduite la gauche de gouvernement après bientôt quatre ans d'exercice du pouvoir. Celui qu'elle a investi au sommet de l’État en 2012 n'a rien fait pour elle et pour le peuple de gauche. Il leur a même fait perdre toutes les élections et plus grave les repères et convictions les mieux établies. Il entame de ce fait un dernier tour de piste au milieu du désert des courtisans.

Les urgences politiques, sociales, écologiques, démocratiques n'ont pourtant jamais été aussi pressantes dans ce pays. Sur fond de paysage boursier chahuté, Bruxelles a redit sa conviction que Paris n'atteindrait pas ses objectifs ni cette année, ni la suivante, en matière de déficit public comme en matière d'emploi. Ce n'est pas de l'hostilité que manifeste la Commission mais une lassitude lucide. La politique économique du pouvoir, sociale libérale sans doute, inefficace assurément, vire au cauchemar et promet de nouveaux reculs. Quatre-vingts économistes l'affirment sans ambages. La crise agricole, énième du genre, connaît le débouché classique d'une baisse des charges en attendant la prochaine alerte rouge dans les campagnes. Les tensions autour de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes seront apaisées par recours au référendum parmi les populations locales. Pourquoi pas ? Mais pourquoi si tard et désormais avec cette symbolique lourde de sens où c'est le pouvoir central qui consent à l'expression démocratique locale. Quel symbole enfin que les retrouvailles de Fabius et Jospin, héritiers et enfants terribles de la Mitterrandie, sous les lambris du Conseil constitutionnel où ils veilleront au texte fondateur et antidémocratique de cette Ve République qui a fait de la France une exception en Europe. Ces nouveaux gardiens du temple se remémoreront les charges contre le coup d’État permanent au moment où ils défendront, bec et ongles, la cohérence d'institutions qui font tout dépendre d'un seul au mépris de la démocratie la plus élémentaire et qui constituent l'un des principaux obstacles sur la voie d'une Europe fédérale. Pour compléter le tableau, on se souviendra que Jean-Luc Mélenchon, autre héritier de la Mitterrandie, emprunte les accents gaulliens de Chevènement pour dire qu'il a rendez-vous avec le pays, au-dessus des partis… Triste sire.

Alors, oui, il y a des jours comme ceux-là où le malaise est si profond à gauche que l'on se demanderait presque ce que l'on y fait. Attention pourtant à la symbolique du retrait sous la tente, de l'abstentionniste en attendant des jours meilleurs parce que, sans nous, ils ne peuvent être que pires, les lendemains qui déchantent. D'abord parce que même déchirée, la droite entend gouverner dans quatorze mois avec Juppé ou un autre. Ensuite, parce que l'extrême-droite, si elle cherche son chemin pour accéder un jour au pouvoir, ne renonce ni à la haine comme la semaine dernière à Calais, ni à son programme conforme aux fondamentaux fascistes des années trente dont l'autarcie rebaptisée sortie de l'euro. Enfin, parce que ce qui se passe en France ou en Europe peut influencer sur le sort du monde, sur la guerre contre l'islamisme barbare comme sur la crise des réfugiés ou encore la possible rupture de la Grande-Bretagne d'avec l'Europe. Le réarmement unitaire de la gauche passera nécessairement par un bilan sans concession, par la définition d'autres politiques que celles qui ont échoué, mais aussi par une sorte de « moralisation » du discours et de l'action. Et qui sait, alors… il n'y aura peut-être plus une si grande distance de la coupe aux lèvres. C'est le pari raisonnable que doivent faire les hommes et les femmes de gauche en ces jours sombres. C'est celui que nous renouvelons en conscience auprès d'elles auprès d'eux. 



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